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Tribune
Adrien Bilal
Economiste
Les dommages du réchauffement climatique sont considérables : ils rognent la croissance et, avec elle, les marges budgétaires de la France. Réduire nos émissions de CO₂ reste pourtant rentable, même sans la coopération du reste du monde, plaide le lauréat du Prix du meilleur jeune économiste 2026, dans une tribune au « Monde ».
Publié aujourd’hui à 09h30 Temps de Lecture 3 min.
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La tempête Austen a privé d’électricité plus de 100 000 foyers bretons dans la nuit du 22 au 23 octobre. Cet été, le plus chaud depuis 1900, les canicules ont causé près de 8 000 décès supplémentaires et coûté plus d’une dizaine de milliards d’euros [16 milliards d’euros, selon une enquête parlementaire]. Aussi lourds soient-ils, ces chiffres ne rendent qu’imparfaitement compte du coût de l’inaction climatique.
Les avancées récentes de la science économique montrent que ce coût est considérable. Un degré Celsius de réchauffement mondial réduit le produit intérieur brut (PIB) par habitant de 20 % à 30 % à long terme, en France comme ailleurs. Si la température gagnait encore 2 °C d’ici à 2100, le pouvoir d’achat serait inférieur de moitié à ce qu’il aurait été sans réchauffement. Ces pertes reflètent les effets néfastes des événements météorologiques extrêmes qui se multiplient à mesure que la planète se réchauffe, tels que les tempêtes côtières, les vagues de chaleur et les sécheresses.
Les effets sur la santé suivent le même schéma. Chaque degré Celsius de réchauffement mondial entraîne plus de deux décès supplémentaires par an pour 1 000 habitants. Bien que la France semble mieux protégée que les pays où la dépense publique de santé est faible, cet été nous a rappelé qu’elle est loin d’être à l’abri des effets du changement climatique.
Des coûts climatiques de cette ampleur retirent près d’un point de croissance annuelle aux économies mondiale et française, dégradant ainsi le pouvoir d’achat. Dans un contexte budgétaire serré, où l’écart entre taux d’intérêt et croissance détermine si la dette reste stable ou s’emballe, la France n’a pas un dixième de point de croissance à perdre.
La croissance n’est pourtant pas l’adversaire de la politique climatique. C’est même l’inverse. L’analyse économique montre qu’une politique mondiale bien conçue limite le réchauffement à 0,5 °C par siècle et évite l’emballement des dommages climatiques. Cela permet d’accélérer la croissance de près d’un point. Cependant, il faut s’armer de patience : cette reprise de la croissance met plusieurs décennies à apparaître en raison de l’inertie du système climatique. Les jeunes générations sont ainsi les plus dépendantes des décisions prises aujourd’hui.
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Source: Le Monde · Adrien Bilal
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- Topic
- Climate
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