Après plusieurs semaines de contestation en France, la mobilisation contre la vie chère entend franchir les frontières. Syndicats et associations de sept pays européens appellent à manifester les 20, 21 et 22 novembre, avec l’ambition de rassembler «des millions» de personnes dans les rues.

L’«acte VI» de la mobilisation contre la vie chère devrait prendre une tournure internationale d’une rare ampleur. Des «manifestations coordonnées» se tiendront fin novembre dans sept pays européens, marquant un «moment crucial» de crise du pouvoir d'achat en Europe, ont annoncé des syndicats et associations de droit au logement. Après des rassemblements dans plusieurs pays européens, des représentants d'organisations belges, britanniques, espagnoles, françaises, grecques, italiennes et portugaises, réunis à Paris le mardi 3 novembre, ont dit espérer réunir «des millions» de personnes dans les rues les 20, 21 et 22 novembre.

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«Nous avons décidé de nous coordonner pour avancer ensemble», a déclaré lors d'un point presse Carme Arcarazo, porte-parole de la Confédération des syndicats de locataires espagnols, à l'origine de cette rencontre. Leurs principales revendications concernent une «garantie du droit au logement» et «le contrôle des prix du logement, de l'alimentation et de l'énergie». Elles comprennent aussi des demandes sociales et politiques plus générales comme l'augmentation des salaires et des pensions de retraite. Le mouvement réclame également une taxation accrue des plus riches et s’oppose aux politiques d’austérité et de réarmement.

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Il s'agit de «garantir des services publics, notamment l'éducation, la santé et des logements publics», le «droit au travail» sans «exclure les migrants», de promouvoir «la taxation des riches» et de réclamer «la fin des politiques de réarmement» et de développement «des énergies fossiles», a énuméré Carme Arcarazo, assise derrière une table décorée des affiches de grève et manifestations passées ou futures des différentes organisations.

«Par millions, nous allons prendre les rues et montrer que les peuples doivent diriger et non les milliardaires», a lancé Benjamin Ball, membre de la coordination des gilets jaunes, également présent à la réunion. Le militant explique au Figaro espérer que la coordination française s’«élargisse» et que chaque pays prenne «le relais». Car l’objectif est d’empêcher les gouvernements «d’éteindre le soulèvement». En plus des gilets jaunes, les syndicats CGT et Solidaires participent à l'appel, tout comme l'association Droit au logement (DAL).

Un mouvement parti d’Espagne

À l'issue de leur réunion dans les modestes locaux du DAL à Paris, les organisations européennes dénoncent une «hausse effrénée du coût de la vie» et un manque de mesures prises de la part des gouvernements. En Espagne, l'expulsion en septembre de Maricarmen Abascal, une retraitée madrilène de 87 ans décédée quelques jours plus tard, a suscité une importante vague de manifestations et a remis la crise du logement au centre du débat public. Au point de pousser le premier ministre socialiste Pedro Sánchez à convoquer des élections législatives anticipées le 29 novembre. Les principaux syndicats du pays ont appelé à la grève générale le 11 novembre pour faire avancer leurs revendications sur le logement et les salaires avant les législatives.

Des équipes de nettoyage retirent les tentes et autres débris après que la police a expulsé les manifestants et démantelé un vaste campement installé dans le cadre de manifestations contre la crise du logement en Espagne, sur l’emblématique place de la Puerta del Sol, à Madrid, le 3 novembre 2026. PAUL HANNA / AFP

En écho aux protestations espagnoles, des campements ont fleuri en octobre dans les villes portugaises de Lisbonne et Porto. En France, ce sont les lycéens qui ont lancé la mobilisation pour demander plus de moyens dans l'éducation et dénoncer le système d'orientation Parcoursup, avant des manifestations contre la vie chère regroupant aussi des syndicats et des gilets jaunes. Le 20 novembre connaîtra par ailleurs une «grève de la jeunesse» dans vingt pays, coordonnée par une association portugaise d'étudiants contre les énergies fossiles.

«L’espoir est dans la lutte des peuples»

Le mouvement des lycéens français a résonné dans plusieurs autres pays européens : en Grèce par exemple, plus de 10.000 personnes ont manifesté dans plusieurs villes, certains arborant des banderoles en grec et en français proclamant «L'espoir est dans la lutte des peuples».

Des manifestants bloquent une rue avec des tentes devant le Colisée lors d’une manifestation organisée dans le cadre d’une journée nationale de grèves et de manifestations, à Rome, le 30 octobre 2026. FILIPPO MONTEFORTE / AFP

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Samedi, des dizaines de milliers de jeunes Allemands sont aussi descendus dans la rue. La veille, des manifestations réunissaient aussi des centaines de milliers d'Italiens. De l’autre côté des Alpes, le mouvement réunit des étudiants, des travailleurs portuaires, des chauffeurs routiers, des agriculteurs et «le gouvernement ne donne de réponse à personne» a déploré mardi Chiara Capretti du syndicat italien USB, à l'initiative d'une grève générale le 30 octobre.

Le logement fait partie des revendications des manifestants de différents pays, car central dans les problèmes de coût de la vie. Dans l'Union européenne, les prix des logements ont bondi de plus de 60% entre 2010 et 2025 et ceux des loyers d'environ 29%. Plus de 16,5 millions de ménages européens dépensaient en 2024 plus de 40% de leurs revenus dans leur logement (seuil appelé taux d'effort excessif), soit 8,2% des ménages de l'UE.

Source: Le Figaro · Le Figaro avec AFP

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