Pour le troisième week-end consécutif, des syndicats de salariés, de lycéens et d'étudiants, ainsi que la coordination des Gilets jaunes, appellent à manifester samedi 31 octobre, notamment contre la vie chère. L'appel des Gilets jaunes, relayé sur un site Internet, recense quelque 600 mobilisations dans toute la France, dont de nombreux sit-in.
Cette journée est organisée sur fond de climat social et politique tendu, à six mois de la présidentielle. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, évoque un risque "très élevé" de troubles à l'ordre public. Les autorités redoutent des violences à la fois lors de cette journée de mobilisation et pendant la soirée d'Halloween.
• Un parcours contesté
À Paris, le tracé du parcours a de nouveau été l'objet d'une bataille judiciaire. La préfecture avait rejeté cette demande et autorisé un parcours en périphérie, entre la porte de Bagnolet et la porte de Charenton, par les boulevards des Maréchaux, avec un départ du cortège à 14 h. Samedi dernier, les syndicats s'étaient déjà vu imposer un parcours similaire, en lisière de la capitale, entre les portes d'Italie et de Vincennes.
Le parcours de la porte de Charenton à la porte de Bagnolet "permet d'éviter le centre-ville, d'éviter aussi la casse et donne une grande visibilité aux manifestants", avait justifié le préfet de police de Paris Patrice Faure dans une interview au Parisien publiée jeudi soir sur le site du quotidien.
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L'intersyndicale dont font partie la CGT, la FSU, Solidaires et FO ont contesté l'arrêté au nom du "droit fondamental de manifester" et de celui du "choix du parcours". Le tribunal administratif de Paris lui a finalement donné raison, autorisant le parcours Bastille-Nation.
"Victoire, on a gagné au tribunal", a clamé l'Unef, une des organisations appelant à cette manifestation avec la CGT et les Gilets jaunes notamment. Une source proche du dossier a précisé à l'AFP que la préfecture de police pouvait saisir le Conseil d'État contre la décision du tribunal administratif rejetant l'interdiction du préfet.
En réaction, le préfet de police de Paris a d'ores et déjà annoncé faire appel de la décision.
À Lyon, un parcours reliant la Manufacture des tabacs à la place Jean Macé, hors de l'hypercentre, a été autorisé. En revanche, à Bordeaux, le cortège aura accès au centre-ville. Il partira de la place de la Bourse et évitera la rue Sainte-Catherine, touchée par les pillages du 17 octobre. La préfecture anticipe néanmoins une journée "difficile". Des manifestations sont aussi annoncées à Nice, Caen et Besançon.
• Sit-in et "Nuit des ténèbres"
Une deuxième manifestation est organisée samedi à Paris, cette fois à l'initiative des Gilets jaunes, qui estiment que leur "colère n'est pas entendue" et que "le pouvoir [y] répond par le mépris, le refus d'écouter, le mensonge et la répression". La coordination souhaitait manifester samedi de la place de la Bastille jusqu'à la place de la Concorde, face à l'Assemblée nationale. Mais la préfecture de police a imposé que le parcours des Gilets jaunes et celui des syndicats "convergent" en un seul rassemblement, "afin de préserver la liberté de manifester dans le cadre de cette mobilisation sociale tout en prenant en compte les impératifs de l'ordre public et la nécessité de prévenir les débordements et les exactions".
La coordination appelle également à une multitude d'actions en France, dont de nombreux sit-in et des blocages. Dès vendredi, les Gilets jaunes comptaient organiser une "casserolade" devant l'Assemblée nationale, de 18 h à 21 h. Une manifestation interdite par la préfecture devant le Palais Bourbon, mais autorisée aux Invalides.
D'autres organisations militantes appellent sur les réseaux sociaux à des rassemblements nocturnes samedi à 20 h sur les places de France, à l'occasion d'Halloween, sous l'appellation "Nuit des ténèbres", en référence à "Bismillah, c'est les ténèbres", un slogan scandé dans les manifestations lycéennes.
• Surveillance accrue des forces de l'ordre
Dans un document adressé à tous les préfets, Laurent Nuñez alerte "du début de soirée jusque tard dans la nuit" sur "le risque très élevé de violences urbaines". Lors d'une conférence de presse, le ministre a fait état de nombreux appels de la part de "mouvances radicalisées" à "faire dégénérer ces rassemblements publics".
Ce samedi encore, quelque 70 000 gendarmes et policiers seront mobilisés. Parmi les forces en présence, le ministère de l'Intérieur recense aussi "des forces mobiles disponibles ainsi que tous les services spécialisés", tels que la BRI, le Raid, le GIGN, mais aussi les drones, les hélicoptères, les brigades équestres, les unités cynophiles et les 26 Centaure, les véhicules blindés de la gendarmerie.
La protection des commerces sera également renforcée. "On ne tolérera aucun débordement", a averti le ministre.
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Parallèlement ont été détectés sur les réseaux sociaux de "nombreux appels à rassemblements" dans la soirée pour la fête d'Halloween "qui émanent de la mouvance d'ultragauche, l'extrême gauche radicalisée et de certains sites de Gilets jaunes radicalisés" dans "de nombreuses villes de France".
Ces appels sont accompagnés de "messages qui appellent à faire la révolution, à mettre en place l'insurrection" et "qui incitent très clairement à la commission de troubles graves" ainsi qu'à des "pillages" et des "saccages", a détaillé Laurent Nuñez. "Ces rassemblements seront interdits par les préfets."
• Masques interdits et couvre-feux
Concernant les déguisements liés à Halloween, le ministre a déclaré que "depuis une loi de 2019, le fait de se dissimuler le visage dans une manifestation au cours de laquelle sont commis les troubles à l'ordre public ou au cours de laquelle on a de bonnes raisons de penser que des troubles à l'ordre public seront commis constitue un délit".
"Dissimuler son visage dans l'espace public est une infraction passible de 150 euros d'amende. Être porteur d'une arme, même factice, est passible de trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende", a prévenu la préfecture de police de Paris sur X. Une affirmation en réalité à nuancer, comme l'explique France Info dans un article sur le sujet.
On peut, par exemple, dissimuler son visage "dans le cadre de pratiques sportives, de fêtes ou de manifestations artistiques ou traditionnelles". Fêter Halloween rentre tout à fait dans cette définition, précise France Info.
Sur France Info, Agathe Foucault, porte-parole de la Police nationale, rappelle que les policiers devront "faire preuve de discernement" pour distinguer les manifestants potentiellement violents des simples passants. Elle souligne notamment que des enfants déguisés pour Halloween ne seront pas considérés comme des individus présentant de mauvaises intentions.
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À Paris, un couvre-feu est aussi instauré place de la République et dans le secteur de Châtelet-Les Halles, de 23 h à 6 h, et ce durant deux nuits, de samedi soir à lundi matin. À Bordeaux, les mineurs non accompagnés ne pourront pas circuler dans le centre-ville après 20 h.
De son côté, le garde des Sceaux Gérald Darmanin a demandé aux procureurs une réponse pénale "ferme et rapide" et préconisé le bannissement des réseaux sociaux ou l'interdiction de manifester.
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• Des milices d'ultradroite
Après le passage à tabac de manifestants par des miliciens de l'ultradroite dans plusieurs villes de France samedi dernier, des attaques sont redoutées par les manifestants.
À Montpellier, lors de la manifestation du 24 octobre, des hommes portant un foulard blanc autour du bras ont affirmé vouloir "protéger les commerçants". Selon une enquête de Libération, ces individus ont agressé des manifestants, sous les yeux de policiers qui ne sont pas intervenus et ont même félicité certains membres du groupuscule.
Lundi, le ministre de l'Intérieur a fermement démenti les accusations de connivence entre policiers et militants d'ultradroite.
D'après Libération, ces hommes ont répondu à l'appel d'un influenceur qui avait lancé une mobilisation nationale, relayée notamment par CNews. Certains sont membres du groupuscule d'extrême droite Jeunes d'Oc, groupe issu notamment de Génération identitaire.
Des agressions ont également été signalées à Rouen. À Clermont-Ferrand, des individus ont fait des saluts nazis sur la terrasse d'un café. À Nice, onze militants d'ultradroite ont été interpellés.
Pour ce week-end, plusieurs initiatives de l'extrême droite radicale ont été interdites. Un colloque organisé samedi sur la "remigration" et une manifestation dimanche à l'appel du collectif Objectif remigration n'ont pas été autorisés. Ce terme de "remigration" est employé par l'extrême droite pour définir sa politique d'expulsion de masse des personnes d'origine étrangère.
Ces décisions interviennent quelques jours après l'attentat raciste survenu à Trappes et alors que des organisations de gauche et des syndicats ont appelé à contrecarrer ces rassemblements de l'extrême droite par des mobilisations antifascistes.
Le préfet des Hauts-de-Seine, où devait se tenir le colloque, a invoqué une idéologie "xénophobe et raciste, fondée sur la conviction que les immigrés sont tous, par essence, constitutifs d'une menace pour l'avenir des pays européens et n'ont pas vocation à séjourner en Europe".
Polémia, cercle de réflexion d'extrême droite à l'initiative du colloque, a indiqué dans un communiqué maintenir l'évènement "tant que toutes les voies de recours n'auront pas été épuisées". L'organisation a engagé un référé-liberté – une procédure d'urgence – pour obtenir l'annulation de la décision du préfet.
Source: France 24 · Bahar MAKOOI
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