Trois ans après le traumatisme des attaques terroristes du 7-Octobre perpétrées par le Hamas, les Israéliens se rendent aux urnes le 27 octobre pour des législatives qui s'annoncent serrées. Face à Benjamin Netanyahu et sa coalition de partis religieux et d'extrême droite, les ténors de l'opposition avancent en ordre dispersé. Selon les sondages, aucun bloc n'est en mesure d'obtenir une majorité de 61 sièges à la Knesset, laissant présager d'intenses tractations politiques en vue de la formation d'une coalition.

Tour d'horizon des principaux candidats qui tenteront d'empêcher un septième mandat de l'actuel Premier ministre.

Gadi Eisenkot, le général anti-Netanyahu

Gadi Eisenkot, dirigeant du parti centriste Yashar lors du lancement de la campagne électorale de son parti.
Gadi Eisenkot, dirigeant du parti Yashar ("Honnête"), lors du lancement de la campagne électorale de son parti, le 30 juin 2026. © AP, Ariel Shalitt

Parti : Yashar ("Droit", "Honnête")

Nombre de sièges actuel : 0

Positionnement : centre droit.

Slogan : "Israël doit gagner." Gadi Eisenkot promet aussi d'être "le Premier ministre de tous les citoyens israéliens" et de faire à nouveau d'Israël "un État juif, démocratique, progressiste et libéral".

Carrière politique : Ancien chef d'état-major de 2015 à 2019, il entre en politique en 2022 aux côtés du centriste Benny Gantz. Après le 7-Octobre, il rejoint le gouvernement d'urgence de Netanyahu et son cabinet de guerre. Mais en juin 2024, l'union sacrée vole en éclats sur fond de désaccord sur la conduite de la guerre menée à Gaza et le sort des otages. Il claque la porte du gouvernement et s'émancipe de Benny Gantz en créant Yashar en 2025. Il est aujourd'hui considéré comme le principal challenger de Benjamin Netanyahu. Son profil de militaire expérimenté et pragmatique lui permet de séduire une large frange de l'électorat de droite.

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Conflit israélo-palestinien : sur le plan militaire, Eisenkot est un faucon. Partisan de la ligne dure, il participe à théoriser la doctrine "Dahiya", du nom de la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah, massivement bombardée en 2006 par l'armée israélienne. Cette doctrine non officielle plaide pour un usage disproportionné de la force pour dissuader les ennemis d'Israël, quitte à cibler des infrastructures civiles. Il estime que la solution à deux États est impossible dans le contexte actuel mais rejette une politique de colonisation à outrance, en particulier le projet E1, un vaste projet d'extension coloniale près de Jérusalem-Est. L'ancien militaire se montre également très critique de l'influence des alliés d'extrême droite et religieux de Netanyahu sur la politique sécuritaire d'Israël en Cisjordanie occupée, où les colons multiplient les actes de violence contre les Palestiniens.

Perspective électorale : entre 22 et 25 sièges, selon les derniers sondages*.

Bennett-Lapid, le duo des ex-Premiers ministres

L'actuel chef de l'opposition israélienne, Yair Lapid (à gauche), et l'ancien Premier ministre israélien Naftali Bennett posent côte à côte lors de la conférence inaugurale de leur parti "Ensemble" en
L'actuel chef de l'opposition israélienne, Yair Lapid (à gauche), et l'ancien Premier ministre israélien Naftali Bennett posent côte à côte lors de la conférence inaugurale de leur parti BeYachad ("Ensemble") en vue des prochaines élections législatives, à Tel-Aviv, le 12 mai 2026. © Jack Guez, AFP

Parti : BeYachad ("Ensemble"), une référence à un slogan central de la résilience de la société israélienne au lendemain des attaques terroristes du 7 octobre 2023.

Nombre de sièges actuel : 24 sièges à travers le parti de Yaïr Lapid, Yesh Atid ("Il existe un avenir").

Positionnement : union entre la droite nationaliste de Bennett et le centre libéral et laïque de Lapid. En difficulté dans les sondages, Yaïr Lapid tente ainsi de séduire un électorat plus à droite. Le ciment de leur alliance repose avant tout sur le rejet de Benjamin Netanyahu.

Slogan : "Réparer ce qui est cassé en Israël." BeYachad défend l'idée d'une alliance de deux politiques expérimentés, prêts à gouverner et à réconcilier une société israélienne divisée.

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Carrière politique : ancien entrepreneur dans la tech et chef de cabinet de Netanyahu, Naftali Bennett a dirigé le mouvement des colons et fondé plusieurs formations de droite. De son côté, Yaïr Lapid est un ancien journaliste et présentateur vedette de la télévision israélienne, il est le chef de l'opposition à la Knesset depuis janvier 2023. Les deux hommes ont déjà gouverné ensemble : en 2021, Bennett était devenu Premier ministre et Lapid ministre des Affaires étrangères, avant de lui succéder à la tête du gouvernement en 2022. 

Conflit israélo-Palestinien : Yaïr Lapid défend la solution à deux États, tandis que Naftali Bennett s'y oppose fermement. C'est leur principale différence. Cependant, les deux hommes se sont accordés dans leur programme commun sur une ligne ferme contre le Hamas, le Hezbollah et l'Iran, promettant une "victoire décisive". Ils défendent également la conscription universelle, mettant fin aux exemptions accordées aux ultra-orthodoxes. Sur le plan géoplitique, le parti propose de "nouer des alliances régionales avec des États modérés" et de poursuivre "la normalisation de nos relations avec des pays clés".

Perspective électorale : 13 à 15 sièges.

Yaïr Golan, l'espoir de la gauche 

Yair Golan, chef du parti "HaDemokratim" ("Les Démocrates"), à son arrivée au domicile de l'ancien Premier ministre israélien et chef de l'opposition Yair Lapid, à l'approche des élections législative
Yair Golan, chef du parti HaDemokratim ("Les Démocrates"), à son arrivée au domicile de l'ancien Premier ministre israélien et chef de l'opposition Yair Lapid, à l'approche des élections législatives israéliennes, à Tel-Aviv, le 26 septembre 2026. © Jack Guez, AFP

Parti : HaDemokratim ("Les Démocrates"), fusion entre le Parti travailliste et le parti de gauche Meretz

Nombre de sièges actuel : 4

Positionnement : social-démocratie, gauche sioniste. Il s'oppose à la dérive illibérale impulsée par le Premier ministre et ses alliés d'extrême droite. Il prône un renforcement de l'appareil judiciaire et des institutions, la recherche de solutions diplomatiques et l'intégration des partis arabes au sein d'un futur gouvernement, comme le Ra'am de Mansour Abbas.

Slogan : le parti articule sa communication autour de plusieurs messages clés : "Sans les Démocrates, pas de démocratie", ou encore "Israël va aller mieux et nous allons nous battre pour cela." 

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Carrière politique : ancien général et vice-chef d'état-major, Yaïr Golan devient député en 2019, puis prend la tête du Parti travailliste en 2024, avant d'orchestrer la fusion avec Meretz. Le 7 octobre 2023, il s'illustre en organisant le sauvetage de civils pris au piège sur le site du festival Nova attaqué par les combattants du Hamas. Un acte héroïque célébré dans tout le pays. Depuis, il est régulièrement conspué par la droite israélienne, qui l'accuse de trahir Israël en raison de ses propos critiques de la politique du gouvernement. Parmi ses promesses phares : l'abolition de "la loi État-nation juif", adoptée en 2018, qui ancre l'identité juive de l'État d'Israël dans la loi fondamentale. Un texte qu'il juge discriminatoire vis-à-vis des minorités non juives, composées en majorité des citoyens arabes (21 % de la population israélienne) ou encore des Chrétiens ou des Druzes. 

Conflit israélo-palestinien : Yaïr Golan plaide explicitement pour la poursuite du processus d'Oslo et la solution à deux États. Il veut stopper l'annexion de facto de la Cisjordanie et promet de couper les financements à la colonisation. En mai 2025, il estimait que la guerre menée à Gaza était en train de faire d'Israël "un État paria" sur la scène internationale. Il est toutefois très ferme sur le plan militaire défend une politique de sécurité musclée. 

Perspective électorale : entre 8 et 10 sièges.

Avigdor Liberman, le vieux routier

L'ancien ministre des Finances israélien, Avigdor Lieberman, prend la parole lors d'une séance à la Knesset, le Parlement israélien, à Jérusalem, le 20 mars 2023
L'ancien ministre des Finances israélien et fondateur du parti Yisrael Beiteinu ("Israël, notre maison"), Avigdor Lieberman, prend la parole lors d'une séance à la Knesset, le Parlement israélien, à Jérusalem, le 20 mars 2023. © Gil Cohen-Magen, AFP

Parti : Yisrael Beiteinu ("Israël, notre maison")

Positionnement : droite ultranationaliste et laïque.

Nombre de sièges actuel : 6

Slogan : "remplacer le gouvernement du 7-Octobre." Sa ligne politique inclut une politique de sécurité stricte, un libéralisme économique prônant la réduction du rôle de l'État et le refus des concessions religieuses, plaidant pour la fin des exemptions de service militaire ou civil.

Carrière politique : né en Moldavie soviétique en 1958, Avigdor Lieberman arrive en Israël en 1978. Ancien proche de Netanyahu, dont il a été conseiller, puis directeur général du Likoud, ce champion de la communauté russophone fonde Yisrael Beiteinu en 1999. Il a été ministre des Affaires étrangères, de la Défense et des Finances. En 2018, il claque la porte du gouvernement Netanyahu, évoquant "une capitulation devant le terrorisme" après un accord conclu avec des groupes armés palestiniens sur un cessez-le-feu dans la bande de Gaza.  

Conflit israélo-palestinien : hostile à toute forme de compromis, il réclame le démantèlement de l'Autorité palestinienne et l'abrogation des accords d'Oslo. Il propose de confier la gestion administrative des Palestiniens à la Jordanie dans les zones A et B de la Cisjordanie, tandis qu'Israël conserverait le contrôle sécuritaire des Territoires occupés. À Gaza, il préconise d'éradiquer le Hamas et de confier la gestion du territoire à un tiers accepté par les pays arabes et la communauté internationale.

Perspective électorale : 8 à 9 sièges.

* Les sondages électoraux en Israël offrent une photographie du climat politique à un instant T, mais la complexité du système proportionnel et des échantillons restreints de population réduisent leur fiabilité.

Source: France 24 · Grégoire SAUVAGE

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