Publié le03/11/2026 à 06h00
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Ce samedi 31 octobre, alors que des violences éclatent entre des groupes de manifestants et les forces de l’ordre au niveau de la Plaine, à Marseille, Rémi Aubert ne faisant pas parti de ce groupe, se dirige vers son vélo pour rentrer chez lui. Il raconte son calvaire : les CRS le voyant courir , l'attrapent et le rouent de coups. Résultat : un nez cassé, sept dents arrachées et six points de suture. Une plainte a été déposée.
En commençant sa journée samedi 31 octobre 2026, Rémi Aubert, 39 ans, ne s’attendait pas à finir aux urgences avec sept dents en moins, un nez cassé et six points de suture.
Plus tôt, en début de soirée, ce podologue de Marseille assure avoir été frappé par plusieurs policiers qui chargeaient des manifestants aux abords du boulevard Chave. Contacté par ICI Provence-Alpes TV, le jeune homme explique bien avoir participé à la manifestation mais précise qu’il n’y était plus lorsque l’agression s’est produite.
"On a participé à la manifestation de 14 heures à 17 heures, dans la bonne humeur. Quand elle s’est terminée, on est allés sur le cours Julien pour boire des coups et manger. Aux alentours de 20 heures/20 heures 30, j’étais très fatigué, alors je suis parti avec un ami pour aller récupérer mon vélo rue Saint-Pierre et rentrer chez moi", raconte-t-il, difficilement.
Seulement, arrivés aux abords du boulevard Chave, les deux amis voient un groupe de manifestants courir vers eux, en direction de la plaine. "On a entendu beaucoup de bruit et des gens sont arrivés de la plaine, où il y a eu une grosse charge des CRS. Il y avait des cordons de CRS dans les rues autour de nous et on s’est retrouvé coincé. J’ai paniqué et j’ai couru pour échapper à la charge, d’autant que je n’étais pas concerné. Donc j’étais derrière, tranquille", précise-t-il.
À ce moment précis, Rémi Aubert reçoit ce qu’il pense être une "balayette". "Je les ai vus me charger avec leur matraque. Ils m’ont attaqué pendant 15 ou 20 secondes à plusieurs. La plupart me frappaient le visage, ils se sont acharnés sur mon visage. J’essayais de me protéger comme je pouvais", se souvient-il, encore choqué.
Un acte d’autant plus incompréhensible pour le jeune homme que ce dernier a tenté de prévenir les forces de l’ordre qu’il n’avait rien à voir avec ce qui se passait. "Je leur ai expliqué que j’étais juste allé chercher mon vélo, je leur disais : "Je ne suis pas un gars méchant." Je les vois encore au-dessus de moi alors que je les supplie d’arrêter. Eux, ils rigolaient, ils m’insultaient en me disant : "T’en as assez, t’en veux encore ?". Ils s’acharnaient et prenaient du plaisir, c’était impressionnant", confie-t-il.
Après la charge, Rémi Aubert se retrouve seul, au sol : "J’étais en sang. Je cherchais mes dents, en vain". Une agression ultra-violente qui vaut au jeune homme une incapacité totale de travail initiale de 10 jours avec un nez cassé, sept dents arrachées, et six points de suture, dont trois au crâne et trois aux lèvres. "J’étais terrorisé et dans l’incompréhension. J’ai eu peur pour ma vie. Quand on voit entre cinq et dix CRS au-dessus de nous en train de nous matraquer, on a peur pour sa vie et on se demande quand ça va s’arrêter", lance-t-il.
Pour son avocate, Mathilde Lanté, qui défend aussi le jeune Enzo, un lycéen de 17 ans blessé le 7 octobre dernier lors d’une charge des forces de l’ordre en marge du blocage de son établissement, le lycée Saint-Exupéry, cette agression est un cas de violence policière : "Depuis le début du mouvement lycéen, les violences policières se multiplient. Il a vécu une violence extrême alors qu’il allait juste chercher son vélo. Rien ne vient justifier ce type de violence".
Un acte inacceptable selon l’avocate qui se traduit par une plainte déposée pour violences volontaires avec armes en réunion entraînant une ITT de plus de huit jours par personne dépositaire de l’autorité publique. "Nous, on veut une enquête de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) et que les personnes mises en cause soient jugées pour ces faits-là ", martèle Mathilde Lanté.
Le jeune homme est resté par terre, en sang avant d'être pris en charge et transporté aux urgences. • © Rémi Aubert
Si peu de témoins ont pu voir la scène, elle précise qu’une caméra de vidéosurveillance était à proximité de l’agression : "J’ai demandé de l’exploiter rapidement. Ma plus grande crainte, c’est que les images ne soient pas exploitables ou que l’on nous dise que ça ne filmait pas à ce moment-là".
Contacté, le parquet de Marseille n'a, pour l'heure, pas répondu à nos sollicitations.
Rémi Aubert prévoit également de déposer plainte contre les pompiers. Alors qu’il était au sol, les premiers témoins ont appelé les pompiers qui lui ont, selon lui, simplement donné deux sachets de compresses et un tube de sérum physiologique avant de repartir. "Je n’ai pas trop compris. J’étais par terre, en sang. Deux amis qui nous avaient rejoints ont rappelé le Samu qui nous a dit qu’il fallait rappeler les pompiers et m’amener aux urgences immédiatement. Quand les pompiers m’ont vu à nouveau, ils m’ont dit : "Encore vous ? On n’a pas que ça à faire", en soufflant sans même descendre du camion", explique le jeune homme.
Après avoir insisté, les pompiers lui proposent de monter dans le camion d’une façon virulente. "J’ai eu peur, j’ai décidé que je ne monterais finalement pas avec eux au vu de leur attitude", précise le podologue qui est arrivé aux urgences en taxi. "Je ne réalise toujours pas ce qu’il m’est arrivé. Quand j’en parle autour de moi, tout remonte, j’ai envie de pleurer. Au réveil, je me dis que c’est un cauchemar, puis je passe la langue dans ma bouche et je me rends compte que non", confie-t-il, attristé.
Rémi Aubert compte déposer une plainte aussi contre les pompiers pour non-assistance à personne en danger dans les prochains jours. Pour l’heure, le jeune homme, qui exerce une profession libérale, s’attelle à décommander les rendez-vous de ses patients. Il ne sait pas quand il pourra reprendre son activité.
Source: Franceinfo · Hélène Geoffroy
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