Les avocats de la famille réclament que l’affaire soit jugée aux assises, estimant que les faits revêtent un caractère criminel. La défense a également demandé un délai supplémentaire pour étudier leurs conclusions.
Le procès de trois policiers jugés pour l’homicide involontaire de Cédric Chouviat à la suite d’un contrôle routier a été renvoyé lundi par le tribunal correctionnel de Paris, son président estimant qu’il fallait «du temps» pour juger cette affaire, reprogrammée sur trois jours en juin prochain. Initialement prévu sur une journée et demie, le procès se déroulera sur trois journées pleines du 21 au 23 juin.
Les avocats de la famille de Cédric Chouviat contestent la qualification des faits, qu'ils estiment criminels, et plaideront «l'incompétence» du tribunal. Comment «le fait d'avoir étouffé un homme procéderait d'une qualification involontaire?», a demandé Maître Vincent Brengarth, l'un des avocats de la famille de Cédric Chouviat, dénonçant «une anomalie procédurale». Le 3 janvier 2020, le livreur de 42 ans est contrôlé par quatre policiers alors qu'il circule à scooter, dans le 7e arrondissement de Paris.
Les policiers «ont agi dans le cadre d’une interpellation difficile»
Très vite, la situation s'envenime : sur la vidéo qu'il a lui-même filmée de son interpellation, le père de famille, plaqué au sol sur le ventre, casque sur la tête, répétera neuf fois «j'étouffe», sans réaction des policiers. D'abord verbalisé, le livreur, traite les policiers de «clowns» et de «pauvres types», avant d'être arrêté pour «outrage». «Je vais porter plainte contre vous», répète-t-il, et «je vais gagner mon procès.» L'un des principaux prévenus, Michaël P., alors âgé de 33 ans, l'amène au sol après une clé d'étranglement, une technique depuis proscrite dans la police à la suite de cette affaire.
Les policiers assurent ne pas avoir entendu ses supplications, qui rappellent la mort de George Floyd, un Afro-Américain étouffé par un policier blanc en mai 2020 à Minneapolis, devenue un symbole des violences policières. La mort de Cédric Chouviat est constatée le 5 janvier 2020 à 03h31 à l'hôpital européen Georges-Pompidou, où il avait été transporté en urgence vitale. Les policiers «ont agi dans le cadre d'une interpellation difficile sur un axe de grande circulation», avait précisé à l'AFP Maître Pauline Ragot, l'une des avocates de deux des policiers mis en cause, Michaël P. et Arnaud B, en amont du procès.
Cette interpellation était «légitime», selon elle. «À aucun moment, ils n'ont pu percevoir sa détresse physique ; à défaut, le policier qui tentait de le maîtriser aurait évidemment relâché sa prise», avait-elle fait valoir. À l'inverse, la Défenseure des droits avait estimé, dans une décision rendue publique en avril 2026, que les policiers avaient eu un «comportement non adapté, négligent et imprudent».
Une demande de report de l’audience
Comment penser qu'«étrangler, (...) étouffer à 4 personnes (trois policiers seulement comparaissent sur les quatre présents sur place, ndlr), peut constituer un acte involontaire», s'est interrogé devant le tribunal Maître Arié Halimi, l'un des trois avocats de la famille, qui plaidera l'incompétence du tribunal en juin. Cette demande pourra être plaidée, a indiqué le président du tribunal, Thierry Donard, jugeant «difficile» de s'y pencher sans d'abord «examiner cette affaire au fond», tant «tout (...) semble imbriqué».
«Je suis saisi d'un drame et on veut en faire un crime», a estimé de son côté Maître Laurent-Franck Liénard, l'avocat d'un des principaux mis en cause, ajoutant, avant de demander le report de l'audience, qu'il avait besoin de temps «pour répondre aux conclusions qui sont denses». Vendredi, lors d'une conférence dans les locaux de la LDH, le père de Cédric avait exprimé «une colère envers ces quatre individus (trois des quatre policiers sur place sont poursuivis, NDLR)». «Elle n'engage que moi et elle ne s'arrêtera jamais. Et je mourrai avec.» Les violences policières se sont reproduites «encore et encore» depuis la mort du livreur, selon sa fille, Sofia Chouviat, qui espère faire de cette affaire un «symbole de réconciliation».
Source: Le Figaro · Le Figaro avec AFP
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