Ce mardi après-midi, dix individus "susceptibles d'appartenir à la mouvance d'ultradroite" selon le procureur de Nice ont été présentés à la justice en comparution immédiate. Poursuivis pour association de malfaiteurs en vue de la commission de faits de violences volontaires, ils seront sous contrôle judiciaire jusqu'à leur procès, fixé au 26 novembre. Qui sont-ils ?

Jean, t-shirt noir, brassard blanc, cagoule. Samedi 24 Octobre, le code vestimentaire a été respecté par une centaine de personnes venues en marge de la manifestation contre la vie chère. Qualifié de "mouvance d'ultradroite" par le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, le groupe arborait une bannière "Touche pas à ma ville" au cours de l'après-midi, avant de se retrouver au cœur d'affrontements violents avec un groupe de manifestants. Onze d'entre eux ont été interpellés. Les dix majeurs étaient présentés en comparution immédiate à Nice ce mardi après-midi. Le onzième, mineur, ayant déjà été présenté au juge des enfants.

Dans le box, les huit hommes en détention provisoire depuis samedi sont toujours en jean et t-shirt noir, sauf un, en blanc. Les deux derniers, placés sous contrôle judiciaire, sont présents à la barre et ont pu se changer.

Aucun n'est jugé sur le fond ce mardi. Un par un, ils réclament un délai pour préparer leur défense. L'audience se tiendra le 26 novembre. Aujourd'hui, il s'agit pour le tribunal de décider si les onze hommes doivent être placés en détention provisoire en attente de leur jugement.

"Vous avez le droit de garder le silence. Vous n'êtes pas obligés de répondre au tribunal. Je l'indique une bonne fois pour toutes parce que vous êtes nombreux", indique la présidente avant d'égrainer les faits qui sont reprochés à chaque prévenu : association de malfaiteurs en vue de commettre des violences volontaires aggravées par trois circonstances et port d'armes de catégorie D pour au moins deux d'entre eux.

Mais aucune question ne portera sur leur implication dans les faits qui leur sont reprochés. Qui sont-ils ?

Ils ont entre 18 et 29 ans. Tous habitent à Nice ou les alentours, à Contes, Cagnes-sur-Mer, Saint-Laurent-du-Var. Comment vous connaissez-vous ?" demande la présidente. "La moitié je les connais depuis l'enfance", explique Anthony P. Ils sont barman, ambulancier, taxi, travaillent dans la restauration, gérant de pizzeria, commercial dans le bâtiment. Deux ont monté une affaire ensemble et gèrent trois restaurants à Nice.

La moitié d'entre eux ont un casier judiciaire avec une ou plusieurs mentions. Violence, conduite sans permis ou alcoolisé, usage de stupéfiant, violence aggravée, violence conjugale, dégradation de biens d'autrui. Des faits qui pourraient jouer dans la balance quand il s'agira de décider s'ils doivent ou non rester en détention, souligne la procureure.

Ils étaient huit dans le box ce mardi, accusés d'association de malfaiteurs suite aux violences en marge de la manifestation du 24 octobre à Nice. Deux autres prévenus comparassaient libres. • © E.Arnau/FTV

L'examen des personnalités terminé, la présidente du tribunal déroule les faits qui précèdent l'interpellation du groupe à 17h26. Elle rappelle les deux arrêtés préfectoraux interdisant les manifestations. Les quelque 2 000 personnes qui parcourent la ville "de manière anarchique", les sommations des forces de l'ordre. L'arrivée du groupe d'une centaine de personnes, la barrière "Touche pas à ma ville", l'escalade des tensions et les bombes lacrymogènes, les grenades de désencerclement et la dizaine d'individus qui s'engouffrent dans une Porsche et une Golfe, interpellés sur l'avenue Desambrois. À bord, des gants, des cagoules, de l'argent liquide, des cache-cols, et un étui pouvant contenir une matraque.

Pour la procureure il s'agit bien d'une "expédition punitive".

Nous ne sommes pas là pour faire de la politique, pas de l'idéologie mais du droit, uniquement du droit. Mais il faut parler de l'intention (...) ces personnes participaient bien à une entente.

Maud Marty, procureure de la République adjointe

à l'audience

Pour la procureure, la seule question à se poser : "Y a-t-il un risque majeur de renouvellement des faits pour décider que la détention provisoire ?" Elle requiert le placement sous contrôle judiciaire de cinq d'entre eux et la détention provisoire pour les autres. Les dix hommes sont présumés innocents.

Après délibération, les dix hommes repartent libres, tous placés sous contrôle judiciaire avec interdiction de manifester, de rentrer en contact avec les autres protagonistes, interdiction de sortir du territoire national, de détenir une arme, et obligation de répondre aux convocations.

Sollicités par ICI Côte d'Azur TV lors de la manifestation, aucun des hommes au brassard blanc n'avait alors accepté de s'exprimer à notre micro. Ce mardi, ils prennent la parole via un compte tout juste crée sur Instagram intitulé : touche.pas.a.ma.ville. Relatant heure par heure la journée de samedi, le groupe s'explique sur sa présence en ville lors de la manifestation interdite :

(...) notre groupe a fait un choix simple : se tenir aux côtés de ces commerçants. Ce choix nous vaut aujourd'hui d'être qualifiés de "nervis d'extrême droite", de "néonazis" de violents "venus pour en découdre". Nous rejetons ces étiquettes

Compte touche.pas.a.ma.ville

post instagram

Le communiqué assure que le groupe a été agressé par des manifestants armés de couteaux qui auraient lancé des projectiles dans leur direction. "Nous avons fait face jusqu'à l'arrivée des forces de l'ordre puis nous nous sommes retirés".

La justice tranchera.

Source: Franceinfo · Emma Arnau

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