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Le gardien de la paix âgé de 38 ans était jugé pour des violences infligées à deux frères mineurs, en avril 2019. Après l’interpellation, il avait porté plainte contre l’aîné pour outrage et menaces aggravées.

Un policier a été condamné, mardi 3 novembre, à un an de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Paris pour des violences aggravées sur deux mineurs, plus de six ans après le récit d’un journaliste infiltré dans le commissariat parisien où ils travaillaient.

Dans son livre Flic, paru en 2020, Valentin Gendrot décrit les « tabassages », les insultes racistes et homophobes, mais aussi le manque de moyens, les suicides et le mal-être des policiers dans un commissariat de l’Est parisien, où il a passé six mois en tant qu’adjoint de sécurité.

Tout est « brodé », « romancé » dans cet ouvrage, qui donne « l’impression qu’on est tous des racistes, misogynes, (…) violents, ce qui n’est pas le cas », a expliqué en préambule le policier, Marc F., qui a décrit une brigade « colorée » et reconnaît simplement un « jargon » et « des blagues ».

Le gardien de la paix âgé de 38 ans était jugé pour des violences infligées à deux frères, en avril 2019. Les « petites claques humiliantes » données au cadet lors d’un contrôle vont déclencher la colère du grand frère, qui est interpellé pour s’être interposé, a relaté la présidente. Selon la procureure, il a ensuite reçu, dans la voiture, « coup de poing sur coup de poing », puis un nouveau à son arrivée au commissariat. « On retrouve un œuf sur le visage du garçon », a rappelé la présidente.

« Venez en police secours avec nous, lui a rétorqué le policier, désormais pilote de drone à la Préfecture de police de Paris. Je ne suis pas sur un ring de boxe, si une personne ne veut pas se faire interpeller, on s’y met à quatre, cinq (…) C’est de l’action réaction, c’était proportionné. »

« Faux » procès-verbal

Les violences n’ont pas été consignées dans le procès-verbal d’intervention, qualifié de « faux » par Valentin Gendrot, qui a assisté à sa rédaction. Après l’interpellation, le gardien de la paix avait porté plainte contre l’aîné des deux frères pour outrage et menaces aggravées. Le jeune homme reconnaît avoir injurié le policier, en réponse aux insultes et aux coups reçus, selon sa déposition lue au tribunal.

Plusieurs épisodes de violences racontés au fil des pages de Flic n’ont pas pu être corroborés par l’enquête, « faute d’identification » des personnes concernées, des migrants le plus souvent, mais intéressent néanmoins les trois juges.

« Embarquer quelqu’un » puis « le relâcher » au milieu de nulle part pour « lui donner une leçon », c’est une pratique que vous avez reconnue, a souligné la présidente, s’adressant au policier, en référence à la scène d’ouverture de Flic, où un migrant violenté est relâché à quelques kilomètres du lieu de son interpellation. « Vous avez dérapé, ou [la question] vous paraît hors sol ? », lui demande la magistrate, se disant consciente que le métier est « extrêmement difficile ».

Né de parents chinois, le policier, « engagé dans la police pour remercier le pays » d’avoir accueilli sa famille, explique ne plus vouloir travailler sur le terrain, après être passé pour une « crapule » dans cette affaire. « Est-ce que cela empêche de se remettre en question ? », l’interroge la présidente. « Absolument pas, mais il y a une différence entre se faire critiquer et se faire planter dans le dos », juge-t-il, évoquant le journaliste infiltré. « Je ne suis pas rentré dans la police pour qu’on me crache dessus. » Le journaliste « est dans la salle », « avez-vous quelque chose à lui dire ? », lui demande l’une des juges. « Rien à dire », tranche-t-il.

« J’ai appris par hasard la tenue de cette audience, a expliqué Valentin Gendrot à l’Agence France-Presse. Malheureusement, jamais la parole ne m’aura été donnée. Je le regrette. »

« En résumé, même quand il y a des preuves d’une bavure policière – enregistrements, témoignages circonstanciés… –, la justice fait tout pour éviter la sanction pourtant prévue la loi », déplore-t-il.

« Tout ce que je veux, c’est que les enfants soient protégés par la police », explique la mère des deux frères, absents de l’audience car ils ne souhaitaient pas, selon elle, se replonger dans cette histoire.

Le Monde avec AFP

Source: Le Monde · Le Monde avec AFP

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