Un appel téléphonique entre le président finlandais Alexander Stubb et le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Store d'un côté, et Vladimir Poutine de l'autre a créé des frictions mardi 27 octobre entre pays nordiques. Le Danemark reproche à Helsinki et Oslo d'avoir joué "solo".

Les dirigeants finlandais et norvégien disent avoir pris l'initiative de l'appel pour assurer le suivi des discussions entre Volodymyr Zelensky et les émissaires américains la semaine dernière à Oslo et pour préparer le terrain avant une possible rencontre entre Russes et Ukrainiens en novembre.

L'échange, d'environ 90 minutes, a été "franc et substantiel", selon le président finlandais, et a mis en lumière "de grandes divergences de vues" avec le président russe, a précisé le Premier ministre norvégien.

Toutes deux voisines de la Russie, la Finlande et la Norvège comptent parmi les principaux soutiens à l'Ukraine.

À lire aussiLe Starlink militaire bridé en Ukraine : l'art du chantage selon Donald Trump ?

"Je suis très sceptique à l'égard de cette initiative"

L'appel, réalisé en consultation avec Kiev selon Alexander Stubb et Jonas Gahr Store, n'a pas été du goût de tous les dirigeants réunis le même jour à Helsinki pour une rencontre des pays nordiques.

Les deux responsables disent s'être exprimés en leur nom propre – pas en celui des Européens dans leur ensemble. La cheffe du gouvernement danois, Mette Frederiksen, leur a reproché de l'avoir joué "solo".

"Je suis très sceptique à l'égard de cette initiative prise par les Norvégiens et les Finlandais de leur propre chef. Elle n'a été coordonnée avec aucun d'entre nous", a-t-elle déclaré au média public DR, depuis la capitale finlandaise.

Des critiques balayées par Jonas Gahr Store, qui a affirmé que tous les partenaires avaient été informés en amont, puis avaient reçu un compte-rendu après l'échange téléphonique.

"Il ne faut pas que l'administration américaine soit la seule à disposer d'un canal de communication avec les dirigeants russes. Des pays européens doivent eux aussi pouvoir le faire", a-t-il insisté.

C'était, a-t-il dit, son premier échange téléphonique avec Vladimir Poutine depuis avril 2022, quelques semaines après le début de l'invasion russe à grande échelle de l'Ukraine.

"Ouvrir un canal de communication"

Les deux dirigeants nordiques se sont entretenus "de façon approfondie" avec Volodymyr Zelensky lundi, avant leur appel avec le président russe, et encore mardi, pendant une demi-heure, pour lui rendre compte de leur discussion, a ajouté Jonas Gahr Store.

S'adressant aux journalistes, Alexander Stubb a précisé que "les Américains comme les Ukrainiens ont estimé qu'il serait bon de prendre contact" et que l'Ukraine souhaitait que les pays nordiques l'aident à "ouvrir un canal de communication".

Si l'idée d'ouvrir un dialogue avec la Russie était débattue depuis un certain temps, "la situation plutôt tendue entre les États-Unis et l'Ukraine" est ce qui a fait pencher la balance, a-t-il précisé.

À Oslo, le directeur de l'Institut Fridtjof Nansen, Iver Neumann, s'est dit "surpris" de voir "à quel point (Mette Frederiksen) faisait fausse route". "Primo, elle doit un grand merci à l'Europe car les Européens sont montés au front quand elle en avait le plus besoin sur la question du Groenland" convoité par Donald Trump, a-t-il déclaré au micro de la chaîne publique NRK. "Secundo, il est clair qu'un pays comme le Danemark qui s'est brouillé avec les États-Unis n'a pas sa place en tant que facilitateur" dans ce contexte.

Selon le Kremlin, les trois dirigeants ont convenu de poursuivre leurs "contacts directs par téléphone".

Lors de leur appel, Vladimir Poutine a affirmé que l'Union européenne et l'Otan pratiquaient une "politique de confrontation" qui, selon lui, entraîne la "prolongation" des combats en Ukraine, a indiqué de son côté le Kremlin.

Jonas Gahr Store et Alexander Stubb avaient accueilli Volodymyr Zelensky mardi dernier à Oslo. Le président ukrainien s'y était entretenu avec les émissaires américains Steve Witkoff et – à distance – Jared Kushner en vue d'évoquer une sortie du conflit en Ukraine.

À l'issue de ces discussions, Steve Witkoff s'était rendu à Saint-Pétersbourg pour une rencontre avec Vladimir Poutine.

Selon le Kremlin, des négociations directes entre la Russie et l'Ukraine, sous médiation américaine, sont "prévues" en novembre à Abu Dhabi aux Émirats arabes unis.

Des négociations directes avaient déjà eu lieu en 2025 sans aboutir à un règlement du conflit, les deux camps insistant sur leurs conditions.

Avec AFP

Source: France 24 · FRANCE 24

At a glance

Topic
World
Country
🇫🇷 FR
Publisher language
FR
Added to Allnira