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Manhattan, Upper West Side, Robert Caro photographed in his home on September 14, 2026.
Ike Edeani pour M Le magazine du Monde

Par Valentine Faure

Publié aujourd’hui à 06h00

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PortraitMonument littéraire de plus d’un millier de pages et lauréat du prix Pulitzer en 1975, cette biographie fleuve de l’urbaniste Robert Moses, maître d’œuvre de la transformation radicale de New York, par l’écrivain américain Robert Caro est une source d’inspiration pour de nombreux politiciens des Etats-Unis, comme Barack Obama. Traduit en français, l’ouvrage sort le 29 octobre aux Editions du Cherche Midi.

Dans son bureau de l’Upper West Side, à quelques pas de Central Park, tout près de là où il a grandi et vit encore, Robert Caro, 90 ans, très élégant dans un impeccable costume, montre réglée dix minutes en avance, accent new-yorkais comme on ne l’entend plus beaucoup, nous l’assure : « J’ai longtemps pensé que personne ne lirait jamais ce livre. » Ce livre, The Power Broker (que l’on pourrait traduire par « Le baron du pouvoir »), en est pourtant à sa 77e impression. Depuis sa sortie, en 1974, il a acquis un statut de légende dans le paysage littéraire américain.

On aimerait pouvoir évacuer les basses questions de longueur (près de 1 300 pages dans sa version originale), de poids (2,2 kilos) et l’investissement de son auteur (522 entretiens, sept ans d’écriture), mais le gigantisme du travail de « Bob » Caro, qui, comme William Faulkner (1897-1962) ou John Updike (1932-2009), a gagné deux prix Pulitzer et deux National Book Awards, est indissociable de son mythe. Finir de lire The Power Broker, c’est parvenir au sommet d’un monument littéraire et y planter fièrement son drapeau « I finished The Power Broker » – le Musée de l’histoire de New York vend des mugs marqués de cette phrase statutaire.

C’est aussi suivre l’ascension et la chute du personnage dont il raconte la vie, Robert Moses, réformateur idéaliste devenu tyran, raciste et cruel, fonctionnaire dont les titres bureaucratiques (président du conseil des parcs, de la commission des travaux publics d’urgence, de l’autorité des ponts et tunnels de Triborough, etc.) contrastent avec la démesure de ses réalisations. En quarante ans, du milieu des années 1920 à la fin des années 1960, ce Machiavel moderne a transformé New York, fait raser des quartiers entiers, déplaçant un demi-million d’habitants parmi les plus pauvres, et changé jusqu’aux limites géographiques de la ville. Une épopée urbanistique et administrative dont Robert Caro a réussi à tirer un improbable récit épique sur le pouvoir.

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Source: Le Monde · Valentine Faure

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