La manifestation parisienne a agrégé une multitude de revendications et s’est déroulée dans le calme, en dépit du contexte sécuritaire après les violences du 17 octobre et un changement de parcours de dernière minute. Quelques tensions ont été signalées en fin de journée.

France Télévisions

Publié le 24/10/2026 20:12

Temps de lecture : 3min

Sur les pancartes de Morgane (à droite) et ses amies, le 24 octobre 2026, des références aux interdictions de manifester décidées par les autorités ces derniers jours. (PAOLO PHILIPPE / FRANCEINFO)
Sur les pancartes de Morgane (à droite) et ses amies, le 24 octobre 2026, des références aux interdictions de manifester décidées par les autorités ces derniers jours. (PAOLO PHILIPPE / FRANCEINFO)

Après des pillages de commerces et une atmosphère de chaos, il y a une semaine, la manifestation contre l'action du gouvernement s'est déroulée dans le calme, samedi 24 octobre à Paris. La préfecture de police s'est félicitée du dispositif, alors qu'elle a recensé 110 000 manifestants entre les portes d'Italie et de Vincennes, comme la semaine dernière, contre 250 000 pour la CGT.

A l'opposé, le chef de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a salué la "magnifique discipline pour la plus grande manif depuis le début du mouvement", estimant que la "manœuvre de Macron est déjouée". Une référence au changement de parcours, après que la préfecture de police a modifié tard vendredi soir le tracé défini avec l'intersyndicale, d'abord prévu entre Bastille et Nation.

Le changement de dernière minute a d'ailleurs amplifié le mécontentement de manifestants déjà furieux des couvre-feux et des interdictions de rassemblement à Lyon, Marseille, Bordeaux, ou encore Grenoble. "Je suis en colère, très en colère et s'il le faut, je manifesterai tous les samedis jusqu'à ce qu'il parte", a expliqué Morgane, mère de deux collégiennes "révoltée" contre Emmanuel Macron.

Elle a brandi tout l'après-midi une pancarte sur laquelle le chef de l'Etat défend, dans un tweet, la "liberté de manifester". "On a tous mieux à faire que manifester, mais c'est précisément cette interdiction qui m'a poussé à sortir aujourd'hui." Longtemps, elle s'est désintéressée des mobilisations, jusqu'à ce qu'elle voie à la télévision les scènes de violences sur des lycéens à peine plus âgés que ses deux enfants. A ses yeux, "interdire, c'est faire l'amalgame entre les manifestants et les casseurs. Vouloir qu'on se taise, en fait".

"C'est notre liberté qui a été attaquée, et elle traduit une dérive autoritaire", avait dénoncé en début de journée Benjamin Ball, porte-parole de la coordination des gilets jaunes et croisé sur la place de la Bastille. Là-bas, les forces de l'ordre avaient déployé les gros moyens. Sur le parcours en revanche, peu de policiers visibles, au cours d'une manifestation hétéroclite, où étaient présents des députés LFI, des figures des gilets jaunes comme Jérôme Rodrigues et même la militante écologiste suédoise Greta Thunberg. Outre la liberté de manifester les "violences policières" depuis le début de la crise sociale, la "vie chère" et les conditions d'enseignement des lycéens figuraient parmi les revendications.

Les pillages du 17 octobre, qui ont occulté la colère sociale une semaine auparavant, étaient parfois relativisés et souvent contextualisés par les participants rencontrés dans le cortège. Pour Sandro, un architecte parisien, il s'agit d'une réponse, certes violente, à des maux plus profonds, regrettant que les "jeunes de banlieue", qu'il côtoie dans son travail et son engagement associatif, aient été souvent pointés du doigt depuis une semaine. "Ces jeunes souffrent, ont vu leurs parents se faire avilir."

Parfois "la violence est le seul moyen de se faire entendre", a affirmé Sabine, tout en estimant que la société a "besoin de calme". Elle a pu se féliciter, à l'arrivée du cortège porte de Vincennes, d'une manifestation "heureuse". Seules quelques tensions ont été observées en fin de journée.

Check et David, dans le cortège parisien le 24 octobre, n'avaient jamais manifesté avant le début du mouvement lycéen. (PAOLO PHILIPPE / FRANCEINFO)
Check et David, dans le cortège parisien le 24 octobre, n'avaient jamais manifesté avant le début du mouvement lycéen. (PAOLO PHILIPPE / FRANCEINFO)

Les jeunes étaient présents par milliers dans le cortège, avec leurs pancartes et slogans parfois provocateurs. Ou simplement leur envie "d'un avenir meilleur". Ce sont les mots de Check, 18 ans. Cet étudiant en BTS est venu des Mureaux, dans les Yvelines. "Au début, j'ai manifesté en soutien avec les lycéens. On n'avait ni psychologue, ni infirmière, et des profs absents. J'ai longtemps cru que c'était normal, mais en fait, non." Ce jeune homme n'avait jamais manifesté avant l'émergence de cette crise sociale. S'il le faut, il reviendra lui aussi la semaine prochaine.

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Source: Franceinfo · Paolo Philippe

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