La Bibliothèque d'État de Russie, à deux pas du Kremlin, plus connue sous le nom de Bibliothèque Lénine s'est transformée samedi 31 octobre en discothèque. De mémoire de Moscovite, on n'avait jamais vu ça, et on n'est peut-être pas près de le revoir. Mais l'événement n'a pas donné à tout le monde l'envie de danser.
Publié le : 03/11/2026 - 11:07Modifié le : 03/11/2026 - 11:07
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De notre correspondant à Moscou,
Musique électronique, projecteurs de lumière rouge sur les hauts plafonds à moulure : des centaines de personnes se déhanchent dans la salle principale de la Leninka, entre les tables de lecture, devant une célèbre statue de l'ancien dirigeant soviétique. Les images diffusées sur les réseaux sociaux ont lancé la polémique en Russie.
De l’électro à Pouchkine
La rave party était pourtant autorisée, gratuite sur inscription, l'organisateur identifié, et la consommation d'alcool interdite. L'une des participantes de la soirée, une jeune femme d'une trentaine d'années, raconte : « C'était vraiment extraordinaire : l'association entre la musique et les jeux de lumière a complètement transformé la bibliothèque. Tout avait été pensé pour mettre en valeur son architecture. Et ce n'était pas juste une rave party : il y avait aussi des installations artistiques, des performances et même une scène ouverte où chacun pouvait venir réciter des poèmes. J'ai l'impression que ce genre de fête n'avait encore jamais été organisé dans des lieux aussi prestigieux, avec une telle dimension officielle ou institutionnelle. Peut-être que j'aurais pu imaginer ça il y a quelques années, mais dans le contexte du moment, ça sort vraiment de l'ordinaire ». Sur un média local, des représentants de la Bibliothèque se sont félicités de cette initiative, qui disent-ils : « permet de parler à la nouvelle génération dans sa langue, afin de l'amener à celle de Tolstoï, Dostoïevski et Pouchkine ».
L’indignation des conservateurs
Mais l'événement a aussi ses détracteurs. Lundi 2 novembre, la polémique n'était pas retombée. Entre-temps, les images ont fait le tour du pays, suscitant des commentaires indignés chez une partie des voix conservatrices de la société russe. La médiatique Ekaterina Mizoulina, directrice de la Ligue pour un Internet sûr, un organisme de surveillance des contenus web, parle d'un « chaos postmoderne » et s'inquiète pour les livres historiques qui auraient pu être volés. Les puristes peuvent pourtant être rassurés : les ouvrages ne sont pas directement accessibles et conservés dans des réserves.
Le mouvement nationaliste Rousskaia Obshchina (Communauté russe) regrette que la Leninka soit devenue le lieu « de danses démoniaques » et un célèbre présentateur télé demande carrément le limogeage de toute la direction de la Bibliothèque.
Danser dans un pays en guerre
D'autres figures conservatrices, minoritaires, ont plutôt validé l'idée de cet événement qui s'est tenu au moment où, dans d'autres rues de Moscou et des grandes villes de Russie, la fête d'Halloween était aussi particulièrement suivie. Bien plus que d'habitude, disent ceux qui vivent à Moscou depuis longtemps. Et dans le climat lourd, tendu actuel, cela montre que les gens ont envie de se déguiser, de danser, de faire la fête, de sortir d'un quotidien morose.
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Source: RFI · Thomas-Sean de Saint Leger
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