Six jours après l’incendie de l’hôtel de ville, Sébastien Lecornu et plusieurs ministres se sont rendus vendredi dans la capitale limousine. Face à un maire qui les attendait de pied ferme, le Premier ministre a promis une reconstruction en procédure « Notre-Dame ».
Il y a d’abord ces longs silences. Vendredi soir, à Limoges, Sébastien Lecornu fait face aux sapeurs-pompiers qui ont combattu le brasier de l’hôtel de ville le 17 octobre, puis aux agents de la police municipale. Le Premier ministre s’approche d’une policière. « Ça va ? » « On est là », répond-elle, la voix nouée. Autour d’elle, ses collègues ne cachent pas davantage leur émotion. « Ils ont été extrêmement courageux », glisse Guillaume Guérin. Le maire, visiblement très affecté, échange quelques mots en murmurant avec le chef du gouvernement.
Six jours après l’incendie qui a ravagé la mairie en marge de la mobilisation contre la vie chère, c’est tout l’exécutif qui se presse au chevet de Limoges. Plusieurs ministres sont arrivés dès l’après-midi pour travailler avec la municipalité. Sébastien Lecornu, lui, a atterri en fin de journée. Il ne cache pas sa colère, rappelle avoir lui-même porté l’uniforme « en d’autres circonstances » et concède une « visite un peu entre deux eaux ». Il faut à la fois panser les plaies d’une ville meurtrie et préparer une journée de samedi qui s’annonce à haut risque.
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Guillaume Guérin l’attendait pourtant de pied ferme. Toute la semaine, le maire LR a accusé l’État d’avoir laissé reculer la police, réclamé un plan calqué sur celui de Notre-Dame de Paris et menacé de démissionner avec son conseil municipal si la reconstruction n’était pas intégralement financée. Vendredi soir, le ton s’est radouci. L’élu dénonce encore « une armée de fous furieux », avant de se tourner vers son hôte : « On rebâtira cette mairie, monsieur le Premier ministre, en grande partie grâce au soutien de l’État. Merci d’être venu ce soir. »
Procédure « Notre-Dame »
Les ruines, elles, resteront hors champ. Ni caméras ni journalistes n’accompagnent le Premier ministre dans les décombres de l’édifice inauguré en 1883, dont le campanile s’est effondré sous les flammes. Le message, Sébastien Lecornu le délivre ailleurs. Ceux qui ont voulu incendier la préfecture puis la mairie ont selon lui adressé « un message politique de radicalité, qui cherche justement à nous faire mal ». La riposte tient en quelques mots : « relever la tête, ne pas se diviser ».
Au chevet de la ville, l’État arrive avec son ordonnance. L’hôtel de ville sera reconstruit en procédure « Notre-Dame ». Le bâtiment, dont seules les façades et les toitures étaient inscrites, sera classé monument historique. La maîtrise d’ouvrage sera confiée à l’OPPIC, l’opérateur de l’État pour les grands chantiers patrimoniaux, et un amendement « Limoges » sera glissé dans le projet de loi sur le logement. Les dons seront défiscalisés à 75 % en 2027 et l’État réunira une conférence des financeurs. Les Limougeauds ne débourseront rien. Le Premier ministre dit avoir travaillé toute la semaine pour que les habitants, « qui sont aussi des contribuables communaux, ne soient pas lésés ».
L’exécutif veut aussi montrer que la ville ne se résume pas à ses cendres. Remise en service des caméras de vidéoprotection détruites, soutien à la liaison aérienne Limoges-Paris et au quartier Carnot-Marceau, formation de vétérinaires dès 2027 : le paquet dépasse la seule mairie. « Ce n’est pas parce qu’un drame vous arrive que le mandat doit être planté », insiste celui qui reste premier adjoint dans sa commune.
Solidarité nationale
Reste la détresse des commerçants pillés, à quelques semaines des fêtes. Sébastien Lecornu promet la solidarité nationale, sans chèque en blanc, car « il n’y a pas de raison que le contribuable paie tout ». Reste surtout samedi. Rassemblements de plus de dix personnes interdits, couvre-feu dans plusieurs rues du centre : Limoges se met en état d’alerte. « Il y a une volonté chez certains de provoquer l’État de droit et la République. Donc on va y faire face », prévient le Premier ministre.
Les deux suspects interpellés cette semaine, âgés de 34 et 66 ans, ont été mis en examen vendredi, notamment pour tentative d’homicide sur personne dépositaire de l’autorité publique, et placés en détention provisoire. L’enquête, prédit Sébastien Lecornu, montrera que tout cela est « beaucoup plus grave que ce qui a pu être dit ici ou là ».
Source: Le Figaro · Alix Vermande
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