À sept ans d'intervalle, le long-métrage embarque le spectateur sur les traces d'une quête obsessionnelle, mais légitime, en convoquant la pugnacité de l'enfance.

France Télévisions - Rédaction Culture

Publié le 28/10/2026 06:00

Temps de lecture : 4min

Une scène du film "Quelques mots d'amour" avec les comédiennes Hafsia Herzi, à gauche, et Nour Salam. (AD VITAM)
Une scène du film "Quelques mots d'amour" avec les comédiennes Hafsia Herzi, à gauche, et Nour Salam. (AD VITAM)

Fillette recherche papa. C'est le fil rouge de Quelques mots d'amour de Rudi Rosenberg qui sort en salles mercredi 23 octobre. Le cinéaste raconte, avec une candeur qui sied à son héroïne, la quête parfois désespérée du père. L'enfant s'appelle Abigaëlle, Abi à la maison : elle est jouée par deux jeunes comédiennes, Ella Bedoucha et Nour Salam, qui interprètent avec ce qu'il faut d'entêtement, respectivement la fillette et l'adolescente.

Sa maman, c'est Erika qu'incarne Hafsia Herzi avec cette subtilité que la comédienne apporte toujours à ses personnages, souvent sur le fil. Il y a aussi le facétieux Yoni, le demi-frère, à qui Aïdan Djouadi (enfant) et Mateo Danila (adolescent) prêtent leur visage.

Dès les premières minutes du film, on sait d'emblée que ce père, nommé Antoine, ne souhaite pas la rencontre. Alors qu'elles retournent dans leur banlieue de Sarcelles, la mère et la fille, évidemment dépitées, aperçoivent un chien perdu. Elles le recueillent avant de finalement l'adopter et de le baptiser Vanille. Comme Erika a cédé sur le chien, elle cèdera aussi sur cette quête du père qui est émotionnellement éprouvante.

Mais comme toutes les mères, la jeune femme veut que la souffrance de son enfant trouve une forme d'apaisement même si elle n'est pas dupe. Erika accepte de jouer la carte de l'espoir pour sa fille. D'autant que cette dernière pense que sa maman entrave la rencontre tant attendue parce qu'elle "crie" beaucoup alors même que l'on sait, comme le rappelle Chloé, que "tous les pères aiment leurs filles".

Rudi Rosenberg a écrit une intrigue dont les enjeux sont connus d'avance, mais il parvient, à chaque scène, à relancer l'intérêt du spectateur. D'abord grâce à toutes les histoires parallèles créées autour du cœur de son récit, puis grâce à une galerie de seconds personnages si naturels et spontanés qu'ils en deviennent fantasques. À l'instar du couple ami à Erika que forment Brigitte et David, incarnés par Paulette Chetrit et Jacques Sebban, ou encore son psychologue, Jean-Pierre Lahmi. ll y a aussi Chloé, l'amie intrépide d'Abi interprétée par Charlie Lugassy et Eden Sarfati.

Ces acteurs, non-professionnels, ont composé des personnages denses qui apportent la légèreté nécessaire pour contrebalancer la souffrance qui ronge Abigaëlle. Il faut entendre ce thérapeute évoquer les Daddy Issues (les problèmes de père) et Brigitte sermonner son mari David, qui n'en rate pas une, quand elle ne prend pas la défense de son amie Erika. Ces situations, qui arrachent un demi-sourire, racontent une vie faite de petits rien et de grands drames.

Le temps n'a rien changé au mal de père d'Abi que le scénario révèle, au fur et à mesure et par bribes, le contexte originel. Avec l'adolescence, il va même s'intensifier : on la rencontre à 7 ans, au début du film, et on la retrouve sept ans plus tard face à son obsession dévorante, mais éminemment légitime. C'est cette légitimité qu'embrasse toujours le personnage d'Erika qui veille aussi bien à préserver sa fille. Mais aussi son petit frère, car c'est toute la famille et l'entourage qui sont embarqués dans la quête d'Abi, avec la souffrance qu'elle implique, par ricochet, pour eux aussi.

La gravité, inhérente à ce long-métrage, est atténuée par une mise en scène qui fait du bloc d'immeubles, où habitent Abi et sa famille, un refuge où les tensions restent palpables, mais un refuge tout de même. Ce qui est d'ailleurs rare dans l'imagerie associée ces dernières décennies aux quartiers populaires. Ses plans d'ensemble font respirer un récit qui est une succession de sorties voire d'opérations, pour retrouver ce fameux père, dont on revient souvent bredouille.

Le film, qui démarre en 1995, inspire l'air de rien beaucoup de nostalgie : ses décors font renouer avec des objets qui ont, en trois décennies, disparu ou presque du quotidien comme l'iconique voiture d'Erika, le Minitel, l'annuaire téléphonique, la cabine qu'utilise Abi, ses cartes France Telecom (que l'on collectionnait pour leurs visuels) ou encore le chat MSN. Le film de Rudi Rosenberg raconte une quête existentielle et la mystérieuse alchimie de la filiation saupoudrée de cette fantaisie, parfois inhérente au drame. Ce dosage équilibré a tout pour faire succomber à ces Quelques mots d'amour.

Affiche du film "Quelques mots d'amour". (AD VITAM)
Affiche du film "Quelques mots d'amour". (AD VITAM)

Genre : Comédie dramatique
Réalisation : Rudi Rosenberg
Avec : Hafsia Herzi, Nour Salam, Ella Bedoucha, Aïdan Djouadi, Mateo Danila, Charlie Lugassy, Eden Sarfati, Paulette Chetrit, Jacques Sebban et Stephan Chargeboeuf
Pays : France
Durée : 1h37
Sortie : 28 octobre
Distributeur : Ad Vitam
Synopsis : Sarcelles, 1995. Erika élève seule ses deux enfants. Sa fille Abigaëlle se persuade que son père, qu'elle n'a jamais connu, l'aime en silence quelque part. Lorsqu'elle se met en tête de le retrouver, Erika se sent obligée de l'aider, tout en cherchant à la protéger. En grandissant, la quête d'Abigaëlle se transforme en obsession, entraînant avec elle sa mère, sa meilleure amie, et tous ceux qui comptent.

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Source: Franceinfo · Falila Gbadamassi

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