Dans un rare procès sur les coulisses de l'industrie de la fraude fiscale internationale, treize personnes sont jugées à Paris pour avoir animé entre 2007 et 2018 une organisation considérée par le parquet comme une « officine de fraude fiscale et de blanchiment à grande échelle ». Au deuxième jour d'audience, le président Djamel Caillet débute l'examen des faits en appelant à la barre Henri de Croÿ, intrigant fiscaliste belge aux cheveux blanc neige coiffés en arrière, regard perçant.
Publié le : 04/11/2026 - 23:55
3 min Temps de lecture
« Trouver un système pour éviter l'impôt » : au procès des « Dubaï Papers » à Paris, le prince Henri de Croÿ, qui dirigeait l'organisation incriminée, a reconnu mercredi 4 novembre son rôle central dans la mise en place d'une fraude fiscale d'ampleur, se présentant en homme acculé.
Ce juriste pointu qui jonglait avec les sociétés et les millions se présente aux juges comme étant aux abois, hébergé chez sa sœur en banlieue parisienne, assiégé par ses problèmes judiciaires et personnels, laissé sans le sou par les saisies de la justice.
« Tout est pris, partout », déclare celui qui risque à ce procès des amendes et saisies faramineuses. L'accusation estime le manque à gagner pour le fisc français à au moins 54 millions d'euros, sur 200 millions d'euros d'actifs gérés Jawer/Helin, basés aux Émirats arabes unis.
-
« Les enquêteurs ont estimé que vous avez touché douze millions d'euros entre 2011 et 2018, il en reste quelque chose ? », veut savoir le président face à une telle « impécuniosité ».
-
« Je pense qu'il y a des confusions », conteste M. de Croÿ.
-
« C'était pas le souci » -
« Si je n'étais pas devant vous, je pense que toutes les personnes qui sont derrière moi et sont également inculpées ne seraient pas là non plus. J'ai une responsabilité par rapport à tout le monde et je le regrette beaucoup », concède ce descendant du tuteur de l'empereur Charles Quint.
Après avoir travaillé dans des banques à Hong Kong, Londres et Luxembourg, ce spécialiste de l'« optimalisation » fiscale – il utilise la déclinaison belge du français « optimisation » – devient à la fin des années 1990 associé de la société Jawer, installée en Suisse. Le secret bancaire y est à l'époque un trésor national.
« Soyons direct si vous le voulez. La Suisse, c'était totalement institutionnalisé. La Suisse vivait dans sa bulle et nous vivions dans cette bulle. On accepte le client, on se préoccupe avant tout qu'il ne s'agit pas de l'argent de la drogue ou quelque chose comme ça. Mais par contre la conformité fiscale, c'était pas le souci », lâche Henri de Croÿ.
Parmi les trois associés à la tête de la structure, dont son frère Emmanuel, également poursuivi, il se décrit comme celui en charge d'« imaginer les structures » juridiques pour dissimuler au fisc l'argent des clients. Selon un audit, en 2015 son groupe administrait pas moins de 658 sociétés offshore éparpillées à travers la planète.
S'il reconnaît avoir eu connaissance des moyens dissimulés pour retourner l'argent aux clients, via des valises de cash ou des cartes anonymes prépayées, Henri de Croÿ dit toutefois n'avoir pas été en charge de cette logistique.
Avec la levée progressive du secret bancaire helvète, Henri de Croÿ a entrepris de déménager les activités de Jawer aux Émirats arabes unis vers 2010, renommant l'organisation Helin.
Le président s'interroge sur un éventuel « esprit de revanche » de cet expert en fiscalité qui a obtenu un acquittement en Belgique en 2019 après douze ans de poursuites judiciaires pour fraude fiscale.
« Peut-être que j'ai une attitude qui était affectée par le fait que je suis passé par une situation très difficile en Belgique et donc je regarde un peu toujours s'il n'y a pas moyen de trouver un système pour éviter l'impôt », reconnaît-il.
Le procès est prévu jusqu'au 3 décembre.
À lire aussiProcès des «Dubaï Papers»: trois sociétés et 13 personnes, dont un prince belge, seront jugées à Paris
Source: RFI · RFI avec AFP
At a glance
- Topic
- World
- Country
- 🇫🇷 FR
- Publisher language
- FR
- Added to Allnira