En déplacement vendredi soir à Trappes, l’une des deux communes touchées, avec La Verrière, le président a qualifié de «tournant» l’attaque «terroriste raciste» qui a tué une personne et en a blessé cinq autres, la présentant comme inédite en dépit de précédents.
Toute une nation saisie d’effroi. Jusqu’à ce vendredi matin, la nouvelle journée de mobilisation de samedi contre la vie chère et le risque de violences qui l’accompagne occupaient les esprits. Politiques comme spécialistes du maintien de l’ordre s’en inquiétaient, a fortiori après les saccages commis dans plusieurs villes les 17 et 18 octobre. Puis l’attaque dans les Yvelines, perpétrée par Kévin T., âgé de 39 ans, soupçonné d’avoir voulu s’en prendre à des personnes issues de l’immigration, a sidéré jusqu’au sommet de l’État. C’est qu’au terme de ce périple meurtrier à Trappes et à La Verrière, mené à coups de tirs en rafale depuis une voiture, une personne a été tuée et cinq autres blessées, dont une fillette de 12 ans, selon un bilan encore provisoire.
À peine le Parquet national antiterroriste (Pnat) a-t-il annoncé avoir ouvert une enquête pour «assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance que les faits ont été commis à raison de l’appartenance vraie ou supposée à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée» que toute la classe politique s’est émue de ce drame, à commencer par Emmanuel Macron. Sur X, le chef de l’État a d’abord exprimé sa «profonde émotion», adressé ses «pensées» aux victimes et à leurs familles et sa «reconnaissance» aux «forces de l’ordre» ayant rapidement interpellé le suspect, avant de se rendre à Trappes en début de soirée. L’occasion d’endosser son costume de garant de la cohésion nationale, en rencontrant des secouristes et des habitants, ainsi que le maire de la commune, Ali Rabeh (Génération.s). Mais aussi de prononcer une courte déclaration, dont un passage, qui a immédiatement fait réagir, appelle une rectification.
Pas vraiment une «première fois»
Dans ce crime, qui «n’a pas sa place dans la République et en France», le chef de l’État voit une attaque «terroriste raciste», et même fun «tournant», puisque, selon lui, «c’est la première fois qu’il y a un acte terroriste planifié pour tuer nos compatriotes, nos enfants, en raison de leur couleur de peau ou de la religion qu’on leur donne». Une affirmation aussitôt contredite sur les réseaux sociaux, où plusieurs internautes et responsables politiques ont rappelé au président de douloureux précédents.
Le terrorisme a maintes fois frappé des personnes choisies pour leur religion. Ainsi de l’attentat antisémite du 19 mars 2012 contre l’école juive Ozar Hatorah de Toulouse, perpétré par Mohamed Merah, dont furent victimes Jonathan Sandler, ses fils Arié et Gabriel, et la petite Myriam Monsonego. Ou encore de la prise d’otages de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, à Paris, le 9 janvier 2015, au cours de laquelle Amedy Coulibaly assassina Yohan Cohen, Philippe Braham, François-Michel Saada et Yoav Hattab. Sans remonter à l’attentat de la rue Copernic, devant une synagogue parisienne, le 3 octobre 1980, qui fit quatre morts, ni à celui de la rue des Rosiers, contre le restaurant Jo Goldenberg, le 9 août 1982, qui en fit six.
Si la communauté juive a payé un lourd tribut, elle ne fut pas la seule visée en raison de sa confession. Le 26 juillet 2016, moins de deux semaines après l’attentat de la promenade des Anglais à Nice, le père Jacques Hamel était égorgé en pleine messe dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) par deux jihadistes. Quatre ans plus tard, le 29 octobre 2020, Nadine Devillers, Simone Barreto Silva et Vincent Loquès étaient tués à la basilique Notre-Dame de Nice par Brahim Aouissaoui. Des victimes auxquelles a tenu à rendre hommage, vendredi soir, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Yonathan Arfi. Tout en se disant «aux côtés des victimes, sans réserve» de Trappes et de La Verrière, il a estimé que la déclaration d’Emmanuel Macron impose «une mise au point» et «mérite un correctif». «En République, il n’y a pas de hiérarchie entre les victimes du terrorisme», a-t-il insisté.
Les attentats visant des personnes en raison de leur couleur de peau ou de leurs origines ne sont pas davantage inédits. Le 31 mai 2025, à Puget-sur-Argens, dans le Var, Hichem Miraoui, coiffeur tunisien, était abattu de plusieurs balles par son voisin, Christophe B., auteur de vidéos racistes publiées avant et après les faits. Le suspect, qui a reconnu les faits mais conteste toute motivation raciste, fut mis en examen pour «assassinat terroriste» et cinq tentatives d’assassinat, en raison de l’origine des victimes. C’était alors une première : jamais le Pnat ne s’était saisi d’un homicide lié à l’ultradroite.
Une erreur présidentielle accueillie par une pluie de réactions du côté de la droite nationaliste et des Républicains (LR). Dans un message adressé au chef de l’État, le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a ainsi dénoncé un «ignoble attentat» appelant «une réponse judiciaire implacable», avant de reprocher à Emmanuel Macron d’avoir oublié les précédents : «votre fonction éminente vous impose de ne pas oublier les victimes», a-t-il lancé, en citant à son tour Toulouse, l’Hyper Cacher, le père Hamel et la basilique de Nice. «Honte et déshonneur», a accusé sa collègue Reconquête, Sarah Knafo. Même indignation chez la présidente du microparti Identité-Libertés, Marion Maréchal : «Les petits enfants juifs de l’école Ozar Hatorah, abattus à bout touchant par Mohammed Merah, ne comptent-ils pas, Monsieur le Président ?», a-t-elle demandé, ajoutant que «l’horreur d’aujourd’hui ne doit pas occulter celle d’hier».
Du côté de LR, l’eurodéputé François-Xavier Bellamy, proche de Bruno Retailleau, candidat du parti à la présidentielle, a dressé une liste de crimes antisémites et antichrétiens, de la rue des Rosiers à la basilique de Nice, y ajoutant Charlie Hebdo et Samuel Paty. S’il qualifie l’attaque de Trappes de «tragédie absolue», il reproche au chef de l’État de «nier soudain la réalité des larmes versées par la France depuis bien trop longtemps» pour en faire un «tournant».
Source: Le Figaro · John Timsit
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