Dans une ville d’Orléans mise sous cloche et où une manifestation contre l’extrême droite s’est tenue la veille, Marine Le Pen a finalement pu lancer sans encombre, dimanche 25 octobre, sa campagne présidentielle.

Alors que son parti est pointé du doigt depuis 48 heures et le drame de Trappes pour ses discours stigmatisants visant les étrangers et les musulmans, la candidate du Rassemblement national n’a pas varié d’un iota. Devant les 8 500 personnes réunies à la Co’Met Arena selon les organisateurs, elle n’a pas évoqué l’attaque terroriste raciste qui a fait un mort et cinq blessés vendredi soir, laissant cela à Jordan Bardella, et a continué de surfer sur l’idée que la France serait envahie par des étrangers.

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La ville d’Orléans, libérée en 1429 par Jeanne d’Arc, avait d’ailleurs été choisie à dessein pour filer la métaphore entre son rôle lors de la Guerre de Cent Ans pour repousser les Anglais et celui de Marine Le Pen dans la situation française actuelle. "Cinq siècles après, Orléans murmure toujours à la conscience des Français, et aujourd’hui à notre oreille, la plus puissante des paraboles, celle du courage, de la volonté, mais surtout de l’espérance. Mais avant de libérer la ville de la menace étrangère, il a fallu à Jeanne notre héroïne nationale, accomplir une première conquête : libérer les esprits de l’idée invalidante de l’impossibilité de la victoire", a lancé la fille de Jean-Marie Le Pen.

La candidate d’extreme droite, condamnée en appel en juillet pour détournement de fonds publics européens, n’a pas eu besoin de parler de "grand remplacement", ni de définir clairement les personnes qu’elle visait lorsqu’elle a évoqué "des hordes [qui] viennent saccager, brûler nos bâtiments ou organiser de véritables razzias". Elle n’a pas non plus nommé la religion dont elle parlait lorsqu’elle a évoqué "des logiques théocratiques sectaires [qui] prétendent contester le principe même de la règle républicaine au nom de principes religieux". Le public venu l’écouter sait déchiffrer ses propos et partage l’idée que les étrangers et les musulmans seraient responsables des maux de la France.

"Le RN lutte contre l’islamisme mais pas contre les musulmans"

En revanche, pour ses soutiens, il n’y a aucun lien à faire entre ce type de discours, les propos tenus dans le passé par les dirigeants et les membres du Rassemblement national et le passage à l’acte du suspect Kévin T. vendredi à Trappes.

En février 2021, Marine Le Pen écrivait pourtant sur Twitter : "En 30 ans, Trappes est devenue un territoire perdu de la République, sous le poids d’une immigration massive et ininterrompue qui l’a changée en profondeur. Qui peut nier que l’immigration dérégulée a été le moteur de la montée en puissance de l’islamisme dans notre pays ?"

"Trappes est une République islamique en miniature, la capitale européenne du jihad. C’est le futur de toute la France si nous ne reprenons pas la main !", affirmait pour sa part Jordan Bardella en février 2022 sur le plateau de Cyril Hanouna.

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"C'est faux de dire que le RN incite à la haine. Ce n’est pas mon impression. Marine Le Pen a un discours patriotique et elle met l’accent sur le respect des règles et des lois françaises, c’est tout", juge Dylan, 21 ans, rencontré dans le public.

Un peu plus loin, Nathalie, 43 ans, un drapeau français à la main, regrette l’amalgame fait selon elle depuis deux jours entre ce qui s’est produit dans les Yvelines et les idées portées par le RN. "Des détraqués, il y en a partout et ceux qui passent à l’acte ce n’est pas à cause de ce que peuvent dire les politiques. Ce sont leurs opinions, ça ne vient pas de ce que les gens leur inculquent", affirme-t-elle, en précisant qu’elle est elle-même une fille d’immigrée portugaise. "Le RN lutte contre l’islamisme mais pas contre les musulmans", ajoute-t-elle.

"C’est scandaleux de dire de telles choses. C’est encore de la désinformation qui vient de la gauche. En aucun cas le RN ne peut être associé à ce type d’idée. Les musulmans sont les bienvenus dès lors qu’ils respectent les lois de la République et qu’ils aiment la France", abonde Isabelle, 56 ans.

L’attentat de Trappes évoqué mais pas qualifié de raciste

Réélu président du parti à la quasi-unanimité la veille, Jordan Bardella était chargé dimanche d’évoquer l’actualité dans son discours. Si une bonne partie de son temps de parole a été consacré aux émeutes du 17 octobre, aux "milliers de casseurs d’ultra-gauche et de prédateurs de banlieue", moins d’une minute a été consacrée à la fusillade de vendredi.

"À Trappes, il y a deux jours, la barbarie a encore frappé, quand un terroriste a délibérément tiré, à l’arme automatique, sur des innocents qui ont eu le malheur de croiser sa route, allant jusqu’à tirer huit cartouches sur une enfant de 12 ans. Dans son périple meurtrier, l’assaillant a ôté la vie d’un homme de 26 ans. Nous pensons aux victimes et à leurs familles. La justice devra être impitoyable et faire en sorte que cet assassin entre en prison sans possibilité d’en ressortir un jour", a-t-il affirmé, sans préciser qu’il s’agissait d’un crime raciste, ni sans s’appesantir sur le sujet.

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Le contraste avec la suite de son discours sur l’incendie volontaire de la mairie de Limoges était alors saisissant. "Ces images terrifiantes d’un bâtiment chargé d’histoire nous ont rappelé celles de Notre-Dame-de-Paris consumée par le feu. D’un côté, la France des cathédrales, des rois et des saints ; de l’autre, la France des mairies, des préfets et des institutions républicaines. Deux visages d’une même identité, et à chaque fois, devant les flammes, un peuple qui contemple, dans un même chagrin, les blessures de sa Patrie", a développé Jordan Bardella.

Lui et Marine Le Pen promettent le retour de l’ordre en France lorsqu’ils seront au pouvoir et compte redonner "un peu d’optimisme" aux Français. La candidate du Rassemblement national, qui désigne toujours Jordan Bardella comme son futur Premier ministre malgré les révélations de Mediapart sur ses écrits antisémites passés, a ainsi développé la thématique centrale de son programme : "la Renaissance pour la France".

La candidate l’a décrite comme une période similaire à celle qui avait suivi le Moyen-Âge, un moment pour "tourner le dos aux nouveaux obscurantismes" que seraient selon elle "l’obscurantisme sectaire de l’idéologie islamiste", "l’obscurantisme autoritaire" de "LFI et sa branche armée, les casseurs antifa" et "les obscurantismes technophobes" des écologistes.

Source: France 24 · Romain BRUNET

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