Jeudi 5 novembre, c’est une nouvelle journée de mobilisation dans toute la France. Le mouvement de protestation a poussé des centaines de milliers de jeunes à battre le pavé. Les lycéens qui ont bloqué leurs établissements et les étudiants ont été rejoints par des syndicats traditionnels (CGT, CFDT, FO) et des « gilets jaunes » mobilisés pour le pouvoir d'achat. Mais assiste-t-on à vraiment une recrudescence de l’engagement des jeunes ? Et peut-on parler d’une prise de conscience touchant au monde du travail ?
Publié le : 05/11/2026 - 13:08
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Peu avant la journée de mobilisation du 5 novembre, Sabrine Kharbach affiche sa confiance après les blocages du début de semaine. La porte-parole de l’Union étudiante se réjouit d’une mobilisation qui réunit au-delà de la jeunesse ce jeudi. « Ça va être une grande journée, puisque les travailleurs et les travailleuses se mettent en grève. Il y a une vraie volonté de convergence des colères, des luttes, et on va retrouver beaucoup de jeunes dans la rue. Beaucoup d'universités et de lycées vont être bloqués », assure-t-elle.
Au téléphone, l’étudiante en master II d'anthropologie à l’université d’Aix-Marseille juge que les annonces faites fin octobre par Sébastien Lecornu sont encore insuffisantes et rappelle l’essentiel des « dix mesures d’urgence » voulues par les étudiants et les lycéens : rénovation du bâti scolaire, abrogation de la plateforme Parcoursup, création de 250 000 places en plus en licence et en master, revalorisation des bourses sur l’inflation… Sur la brèche, la jeune femme filera rapidement vers une nouvelle réunion.
« Méconnaissance du monde syndical »
Si les blocages lycéens et étudiants ont révélé ces dernières semaines de nouveaux visages de la contestation, la relation des jeunes aux syndicats reste plus distante. En février 2026, une enquête de l’association Réalités pour le Dialogue social, qui travaille sur les problématiques de ressources humaines avec les organisations syndicales et patronales, précise la relation des jeunes Français au monde syndical. Un jeune sur deux juge que le dialogue social est bon. Plus des trois quarts des 18-35 ans interrogés estiment que les syndicats de salariés sont nécessaires dans l’entreprise, mais 64% d’entre eux estiment que les mouvements citoyens sont plus efficaces que les syndicats pour régler leurs problèmes professionnels.
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L’engagement dans les organisations syndicales progresse régulièrement lors des mouvements sociaux. Mais il est surtout freiné par une méconnaissance du syndicalisme et du dialogue social. « Au niveau national, les jeunes voient surtout les conflits, les mouvements dans les rues et les pneus brûlés. Quand on demande aux étudiants ce qu’ils connaissent des syndicats, il y a souvent un barbecue et des merguez qui ressortent. Mais la responsabilité est partagée avec les médias et l'école », pointe Maud Stéphan, la déléguée générale de Réalités du Dialogue social.
L’un des principaux freins à une syndicalisation reste la précarité des entrants dans le monde du travail avec de nombreux CDD ou des emplois en auto-entrepreneurs, soulignent les syndicalistes que nous avons interrogés. En 2019, la France comptait ainsi 10, 3 % de syndiqués, un taux qui baisse à 2,7 % chez les moins de 30 ans, selon les données du ministère du Travail.
« Défendre des revendications »
Mais pourquoi pousse-t-on la porte d’un syndicat ? Et quels sont les moteurs de l’engagement pour les jeunes ? Pour Louis Letoublon, vice-président du mouvement Les Lycéens !, l’envie de s’impliquer est née de la volonté de « porter la voix de (ses) camarades » et « défendre des revendications ». Élu dès la classe de première au Conseil de vie lycéenne de son établissement, il a par la suite été représentant lycéen au niveau académique et national, au Conseil national de vie lycéenne (CNVL), avant de siéger Conseil supérieur de l’éducation (CSE).
Qu’est-ce que ce parcours dans les instances représentatives lycéennes lui a appris jusqu’ici ? « Déjà, que ces instances existent, parce qu'elles ne sont pas beaucoup connues du grand public. Par exemple, le Conseil supérieur de l'éducation, c'est deux réunions par mois à Paris, au ministère de l'Éducation, avec les syndicats de l'Éducation nationale où l’on discute de l'orientation des politiques du ministère, explique-t-il. C'est également une façon de se confronter au monde du syndicalisme et de comprendre comment les décideurs politiques prennent des décisions. » Pour ce jeune homme, qui a obtenu son bac à 16 ans, grâce à « un an d’avance » et un anniversaire en fin d'année, cela lui aura permis de travailler « sa prise de parole en public et sa capacité rédactionnelle ».
Des « passerelles indirectes » entre syndicats et organisations de jeunesse ?
Les organisations syndicales entretiennent des liens plus ou moins étroits avec les organisations de jeunesse. À Force ouvrière, la structure FO Jeunes a été relancée en 2024. Elle propose notamment de l’information à destination des jeunes dans les entreprises. « Les passerelles sont souvent indirectes. Pour les lycéens, quand ils ont besoin d'organiser quelque chose, ils viennent taper à notre porte et nous demander conseil. Mais pour ce qui est de la construction des revendications, ils font ça tout seuls. Au niveau étudiant, l’interaction est beaucoup plus sourde, parce qu’ils ont déjà des syndicats bien organisés en leur sein », explique Branislav Rugani, secrétaire confédéral FO en charge de l’international et de la jeunesse.
À la CGT, près d'un nouvel adhérent sur deux a moins de 35 ans. Le secrétaire général du syndicat en Seine-Saint-Denis, Kamel Brahmi constate que le lien entre les organisations de jeunesse fait l’objet de discussions dans les congrès de son organisation. Dans le « 9-3 », le mouvement des lycéens fait écho à la mobilisation qui demandait en 2024 un plan d’urgence pour les écoles, les collèges et les lycées du département. Si bien que les revendications des lycéens et des enseignants ont vite convergé. Il y a eu des appels à la grève dans l’éducation et des « opérations chasubles », c’est-à-dire des cordons de protection pour que les jeunes soient protégés face à la répression policière.
La CGT a été présente aux abords des blocages de lycées dès 8 heures du matin et a permis aux mouvements lycéens de se réunir dans les Bourses du travail. « On a eu un amalgame qui s'est fait assez facilement. Avec le syndicalisme, il n'y a pas cette même défiance vis-à-vis du monde adulte qu’il y a eu avec les autres institutions. Il y a eu un rapport beaucoup plus fluide. Autant on va apporter des choses, autant la jeunesse peut apporter de nouvelles façons de s’organiser par rapport aux réseaux sociaux », note Kamel Brahmi. Le responsable syndical veut croire que cette jeunesse « a une autre grammaire qui est peut-être plus populaire » et peut renouveler le discours syndical.
Pour Louis Letoublon, élève à l’Institut d’études politiques (IEP) de Bordeaux depuis la rentrée, l’engagement au sein d’un syndicat lycéen s’arrêtera bientôt. Mais se voit-il responsable syndical à l’avenir ? « Je ne sais pas si ce sera un engagement dans un syndicat étudiant ou un engagement plus politique. En tout cas, je suis déjà engagé dans une association. À l'avenir, ça me paraît très important de me syndiquer selon la profession que j'exerce, mais également de pouvoir m'engager en politique aussi pour défendre plus globalement la voix des citoyennes et des citoyens. »
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Source: RFI
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