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La destitution de Santiago Peña ouvre une période d’incertitude politique alors que le Paraguay doit rassurer ses citoyens après l’effondrement du secteur bancaire.
Le vice-président du Paraguay, Pedro Alliana, a été investi, vendredi 6 novembre au soir, nouveau président du pays, à la suite de la destitution par le Sénat de Santiago Peña pour sa responsabilité dans le scandale bancaire qui a affecté les avoirs de près de trois millions d’épargnants, et dégénéré en crise politique.
« Les compatriotes qui traversent une situation très difficile à cause du chaos financier seront pleinement indemnisés. Nous ne les laisserons pas seuls », a déclaré Pedro Alliana, âgé de 52 ans, dans une première brève allocution au Sénat après sa prestation de serment.
Pedro Alliana est issu du même parti Colorado (conservateur) que son prédécesseur dont le mandat s’achevait en 2028. Il a été investi après que le Sénat eut reconnu, à l’unanimité, Santiago Peña coupable de « mauvais exercice de ses fonctions », en lien avec la débâcle de la banque Ueno. Pedro Alliana avait été lui aussi mis en cause dans la crise bancaire, mais le Parlement n’avait pas approuvé de procès en destitution.
Le Sénat a reconnu vendredi Santiago Peña, qui était président du Paraguay depuis 2023 et dont le mandat prenait fin en 2028, à l’unanimité de 44 de ses membres présents – sur 45 – coupable de « mauvais exercice de ses fonctions et, par conséquent, il est démis de sa charge de président », a déclaré Basilio Nuñez, son président.
Cris de joie
A l’extérieur du Parlement, l’annonce de la destitution a été accueillie par des cris de joie et des cornes de brume de la part de quelques centaines de personnes, rassemblées au long de la journée sur une pelouse, attendant l’issue du procès, entre des pancartes « Peña en prison ».
La débâcle bancaire, qui a pris en moins de quarante-huit heures une tournure politique pour aboutir au final à la chute du président, a éclaté mardi avec la mise sous tutelle par la Banque centrale (BCP) d’une banque en ligne, Ueno Bank, pour insolvabilité. L’intervention de la BCP avait gelé les dépôts de près de 3 millions de personnes, le nombre de clients que revendiquait Ueno, soit près de la moitié de la population du Paraguay. Des entreprises, des institutions et des retraités ont aussi été affectées.
Santiago Peña était avant même sa présidence et jusqu’à 2025 actionnaire du conglomérat financier propriétaire de la banque en déroute, ont rappelé des sénateurs pour l’accusation lors du procès.
Santiago Peña n’était pas présent à l’audience, mais défendu par ses avocats, qui ont questionné la validité du procès, car le Parlement « n’a pas compétence pour juger une personne qui a décidé de renoncer à sa charge », a plaidé l’un des conseils, Ricardo Preda, en référence à la démission présentée jeudi par le chef de l’Etat. Mais le Parlement l’avait refusée, rendant inévitable un procès en destitution, qui revient au Sénat. Si la démission avait été acceptée, Santiago Peña, devenu alors sénateur à vie, aurait joui d’une immunité parlementaire.
Pour l’accusation, des sénateurs ont reproché au président d’avoir « permis, toléré et ne pas avoir corrigé un détournement de fonds des retraites vers une banque liée au cercle présidentiel », autrement dit « avoir subordonné l’intérêt public à des intérêts privés », a lancé le sénateur Adrián Vaesken.
Santiago Peña aussi visé par la justice
Outre son procès politique, le président destitué est aussi visé par la justice : jeudi, le parquet général a annoncé l’ouverture d’une enquête contre lui pour des « faits relatifs à la supervision et à la liquidation de Ueno Bank ainsi qu’au placement de fonds publics dans cette entité ».
En parallèle au procès, la Banque centrale du Paraguay a commencé à reverser leurs fonds, sous forme d’avances, à des épargnants victimes de la crise de la banque Ueno.
« Le processus de versements d’avances de garantie aux déposants de Ueno Bank a commencé jeudi », a déclaré vendredi à l’Agence France-Presse José Maciel, directeur administratif du Fonds de garantie des dépôts de la BCP.
Les premiers décaissements, selon le responsable, portent sur des déposants qui avaient dans la banque numérique Ueno, à l’origine de la crise, « des dépôts compris entre 1 et 10 millions de guaranies » (150 euros à 1 700 euros). Il n’a pas précisé de nombre, mais selon un avocat de Santiago Peña lors du procès, quelque 700 000 déposants avaient bénéficié de premiers versements vendredi.
Le Monde avec AFP
Source: Le Monde · Le Monde avec AFP
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