Val Thorens et Tignes puis Val d’Isère et Les 2-Alpes : quatre grandes stations préparent leur ouverture.
Autour de Bessans, en Savoie, les versants sont encore verts. Au fond de la vallée de Haute-Maurienne, pourtant, un ruban blanc s’étire, net comme un trait de craie. Depuis samedi dernier, cette boucle de 3,5 kilomètres accueille les équipes de France de ski de fond le matin, puis les skieurs amateurs dès 13 heures. Ils glissent sur une neige tombée l’hiver dernier.
En avril, plus de 28.000 m³ de neige avaient été compactés puis enfouis sous 50 centimètres de sciure de bois. 80 % du stock a survécu à l’été caniculaire. Cette technique venue du Nord, le snowfarming, coûte environ 120.000 euros à la station.
« Offrir une piste d’entraînement en France évite aux équipes nationales de se déplacer en avion vers la Scandinavie », argumente Jérémy Prokop, directeur de la station et des services techniques, auprès du Figaro. Ce ruban de neige n’est qu’un avant-goût. Car pour le grand public, la saison de ski alpin démarre dans moins de trois semaines. Le ciel, lui, souffle le chaud et le froid. « On se sentait encore en été il n’y a pas si longtemps, relate Alban Hugonnet, le nouveau directeur de Tignes Développement, la structure chargée de la promotion de la station désormais exploitée par la société publique Altta. Mais on va vite basculer en mode hiver.»
Après un été caniculaire, une première couche de neige est tombée la semaine dernière sur les sommets, suivie d’un brusque retour de la chaleur. Le thermomètre repasse désormais sous zéro la nuit en altitude, et de nouvelles chutes sont attendues d’ici à la fin de la semaine. En toile de fond, un El Niño d’une ampleur inédite pourrait bien rebattre les cartes de l’hiver.
Le rituel de novembre
En haute montagne, l’ouverture de la saison relève presque du rite. En Tarentaise, Val Thorens et Tignes lèveront le rideau de concert le samedi 21 novembre. La voisine Val d’Isère et Les 2-Alpes (Isère) embrayeront le samedi suivant, comme chaque année ou presque. «C’est un peu une signature chez nous, dernier week-end de novembre, tout premier week-end de mai», sourit Cécile Ferrando, directrice de l’office de tourisme de Val d’Isère, auprès du Figaro. Aux 2-Alpes, la station reste aussi «sur ses dates traditionnelles», mais étend la saison jusqu’à début juillet sur les pentes de son glacier, qui culminent à 3600 mètres.
Reste à savoir ce qui sera vraiment skiable. Personne ne s’avance, car tout dépendra du ciel des prochains jours. Une première couche est tombée la semaine dernière sur Val d’Isère, et les pisteurs attendent la suivante pour travailler la sous-couche. Aux 2 Alpes, la neige se fait encore désirer, même à ces altitudes. « Les chutes de neige sont annoncées ces prochains jours et les enneigeurs et le snowfarming complètent le dispositif pour offrir des conditions de ski premium pour cet ’Opening’», appuie Alban Hugonnet.
À Val Thorens, les canons tournent déjà les nuits. Une seule règle compte. «On ouvre le maximum de ce que l’on peut ouvrir, c’est la promesse que l’on fait à nos clients», assure Vincent Lalanne, directeur de l’office de tourisme de la plus haute station d’Europe.
La fièvre des premières traces, puis le creux
Cette promesse, une foule de passionnés l’attend de pied ferme. «Le profil type, c’est le skieur à qui les spatules démangent les pieds. Les gens n’ont qu’une envie, faire les premières traces», raconte Vincent Lalanne. Pour les accueillir, les stations transforment leur premier week-end en fête. À Val Thorens, c’est la Grande Première, à Val d’Isère, Première Trace. Les deux reprennent la même recette, avec des villages de marques où chacun teste les skis de la saison, des forfaits groupés avec l’hébergement et des bars qui ne désemplissent pas.
Une fois la fête passée, le soufflé retombe. Entre la fin novembre et Noël, Val d’Isère plafonne autour de 30 % de taux d’occupation, contre 83 % pendant les fêtes. «Notre défi, c’est d’arriver à remplir un peu plus les ailes de saison», insiste Cécile Ferrando. Pour attirer les skieurs, les forfaits de début de saison coûtent en moyenne 15 à 20 % moins cher. Aux 2-Alpes, la journée de ski est ainsi à 54,50 euros, contre 68 euros à partir des vacances de Noël. À Tignes, le forfait journée sera facturé 50€ (78 € en haute saison) et 67 € pour profiter du domaine relié avec Val d’Isère jusqu’au 11 décembre, au lieu de 78 €.
Les réservations, elles, avancent en ordre dispersé. Val Thorens se dit au niveau de l’an dernier, «qui était une très bonne année». Les 2 Alpes accusent un léger retard et comptent sur «les premières images» de neige pour relancer les ventes. Le pouvoir d’achat pèse aussi sur la clientèle française, qui représente la moitié des skieurs de la station et se replie cette année vers de plus petits logements. C’est surtout le mois d’avril et son calendrier peu favorable qui inquiète. Pâques tombe dès la fin mars, et le premier tour de l’élection présidentielle a lieu le 18 avril. Pourtant, avec son glacier ouvert jusqu’en juillet, la station a de quoi offrir aux skieurs une neige tardive.
Sous l’œil d’El Niño
Teste une inconnue météo. Dans le Pacifique, El Niño a atteint +2,84 °C en septembre, du jamais-vu depuis 1982, et pourrait générer un hiver doux et humide. « S’il y a plus d’humidité, ça peut vouloir dire pour nous qu’il y aura plus de neige », relève Cécile Ferrando. C’est plutôt l’humeur du ciel qui a changé. « Tout est plus marqué. Il va faire très froid pendant quinze jours, puis d’un seul coup il va faire 10 °C en février », décrit-elle.
Même avec le front de neige le plus haut d’Europe, à 2300 mètres, Val Thorens ne se croit pas à l’abri. « Le réchauffement climatique est global. Nous sommes quand même impactés », reconnaît Vincent Lalanne.
À Bessans (1750 m) non plus, personne ne parle de remède miracle. « Le snowfarming n’a pas vocation à remplacer les chutes de neige naturelle, mais sert d’excellente sous-couche », rappelle Jérémy Prokop. Une neige d’avance, en somme, en attendant que le ciel se décide.
Source: Le Figaro · Lou Andreas Seghier
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