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Publié le 06/11/2026 06:05 Mis à jour le 06/11/2026 06:06
Temps de lecture : 7min
Certains riverains de l'axe autoroutier qui doit ouvrir vendredi sont notamment contraints à des détours, s'ils souhaitent continuer d'emprunter les itinéraires gratuits pour leurs trajets du quotidien.
"Nouveau calcul. Tournez à droite. Nouveau calcul. Dans 400 mètres, faites demi-tour." Aux abords de l'autoroute A69, les GPS perdent le nord. Routes barrées, déviations, panneaux couverts de rubans adhésifs... Pendant trois ans, les automobilistes qui se sont aventurés sur la route nationale reliant Castres (Tarn) à Verfeil (Haute-Garonne), à l'est de l'agglomération toulousaine, ont dû composer avec les conséquences de l'impressionnant chantier. L'ouverture du nouvel axe autoroutier de 53 km, vendredi 6 novembre, comme l'a confirmé France 3 Occitanie, devait mettre fin à la confusion ressentie par une partie des riverains. Mais la mise en service ne dissipera pas tous les mécontentements.
Moyennant la somme de 17 euros l'aller-retour pour un véhicule léger (ou 20,40 euros en incluant la portion reliant Verfeil à Toulouse), les Castrais approcheront des portes de la ville rose en quelque 35 minutes, contre un peu moins d'une heure autrefois par la route nationale. Ce gain de temps doit permettre "le désenclavement du bassin de Castres-Mazamet", selon les élus et acteurs économiques locaux, qui ont défendu sans relâche la construction de l'autoroute. Mais déjà, le long des communes qui bordent le tracé, des habitants et des élus assurent que l'A69 pose de nouveaux problèmes de circulation. En particulier à ceux qui ne veulent pas (ou ne peuvent pas) l'emprunter.
Dans ce chapelet de petites villes et de villages ruraux, sa présence a déjà rendu les trajets du quotidien "bien plus long et bien plus compliqués", explique Marie. Cette orthophoniste rencontrée début octobre vit dans un hameau à la croisée de Saïx, Cambounet-sur-le-Sor et Viviers-lès-Montagnes. Le genre d'endroit où l'on s'installe pour éviter le bitume et les tracas de la ville, raconte la grande brune au parler franc, en se faufilant entre les plots et le panneau "route barrée" qui jouxte sa maison. Droit devant, l'autoroute barre l'horizon. "En partant d'ici, on roulait 500 m à travers un champ et on débouchait directement sur la nationale", se souvient-elle.
Désormais, pour quitter et rejoindre leur domicile, les habitants de ce lieu-dit doivent emprunter deux étroites voies communales sur lesquelles deux voitures ne peuvent pas se croiser, et cela sur plus d'un kilomètre. Ils arrivent alors sur un petit rond-point, désigné par un cercle de peinture au sol, juste à la sortie d'un pont. "Là, si vous n'avez pas déjà fini dans le fossé et que vous avez la chance de ne pas vous faire couper en deux par les voitures qui passent à toute vitesse, vous pouvez enfin récupérer la route", souffle Marie.
"On met deux fois plus de temps qu'avant pour arriver exactement au même endroit."
Marie, habitante d'un hameau qui borde l'A69
à franceinfo
Quand les riverains se sont enquis auprès de la mairie et du concessionnaire Atosca de la disparition de la voie qui desservait leur quartier, "on nous a vendu du rêve". "On nous a dit qu'on aurait de nouvelles routes", soupire cette riveraine, dont l'opposition à l'A69 a valu des intimidations, dont des jets de peinture rouge sur sa maison. "Ce qu'on a eu, c'est une route pourrie, qui est déjà toute défoncée. Voilà pour les ploucs de la campagne !" Contacté, Atosca n'a pas répondu aux sollicitations de franceinfo concernant ces aménagements.
"Cette autoroute, on la subit", abonde Dominique Rougeau, agriculteur à Verfeil, à l'autre extrémité du tracé. Son domaine a été coupé en deux sur 1,3 km. Exproprié de huit hectares, il a été indemnisé par le constructeur – l'équivalent de quatre années de production. Toutefois, il maintient que la compensation ne couvre pas le manque à gagner causé par l'ouvrage qui s'étire en contrebas, bloquant le passage d'une partie de son réseau d'irrigation et l'écoulement naturel dans la nappe phréatique.
"On a beaucoup parlé de l'environnement et des risques pour la faune sauvage, bloquée par l'autoroute. Mais l'eau et les humains ne peuvent pas traverser non plus."
Dominique Rougeau, agriculteur à Verfeil
à franceinfo
Maintenant, pour récolter les pivoines de l'autre côté de son champ, "il faut charger tout le monde et tous les outils dans une camionnette et faire des allers-retours sur les petites routes", soupire-t-il, nostalgique du temps où il n'y avait qu'à parcourir 200 m à pieds. Aller d'une commune à l'autre, faire quelques courses, rendre visite à des proches, se rendre chez le médecin ou au travail... "C'est tout ce 'cabotage' qui est dégradé pour les gens qui vivent le long de l'A69", tranche Dominique Rougeau.
Si le gain de temps offert par l'autoroute entre Toulouse et Castres a fait l'objet de calculs et d'estimations, "rien n'est dit sur la perte de temps de ceux qui n'emprunteront pas l'autoroute dont le trajet sera rallongé", relevait d'ailleurs la commission d'enquête publique préalable à la déclaration d'utilité publique de l'A69 en 2023. Car pour permettre le passage de l'A69, une quinzaine de ronds-points ont été installés sur la RN126, bientôt rétrogradée en départementale. Trois bretelles de contournements, construites il y a plus de 20 ans pour éviter les centres-bourgs de Verfeil, de Puylaurens et de Soual, ont été absorbées par l'ouvrage.
Contraints de passer dans les communes, ceux qui ne voudront pas payer "sont revenus 20 ans en arrière", estime l'agriculteur, qui met "55 minutes pour aller à Castres avec la nationale, au lieu de 28 autrefois". "Si Castres n'était pas enclavée, elle le devient avec cette autoroute, car les déviations construites avec de l'argent public sont désormais confisquées à l'usager", déplorait mi-octobre l'un des porte-parole du collectif local d'opposants La Voie est libre, au micro de France 3 Occitanie.
Professeur agrégé d'histoire-géo dans un lycée de Castres, Alexandre Lafon déplore lui aussi ces aménagements "qui ont dégradé les conditions de circulation sur la nationale", sans le convaincre, loin s'en faut, de prendre l'A69. "Derrière ce projet, l'idée a toujours été de favoriser le transport de marchandises entre Castres et Toulouse", expose l'enseignant, qui vit depuis 35 ans à Saint-Germain-des-Près, au milieu du tracé. Les riverains qui prenaient la voiture comme lui pour aller travailler "trouvaient que la nationale fonctionnait très bien", assure-t-il.
"Les gens d'ici ne vont pas payer 6 euros pour aller travailler à 20 km, surtout avec un litre de gazole à 2,30 euros."
Alexandre Lafon, professeur d'histoire-géographie
à franceinfo
Dès l'ouverture de l'A69, les camions seront en tout cas en partie obligés d'utiliser l'autoroute, alors que les communes de Soual et de Puylaurens ont pris des arrêtés municipaux interdisant aux poids lourds de circuler dans le centre-ville. Problème : les routiers ne pourront plus rejoindre Saint-Germain-des-Prés, commune pourtant coupée en deux par l'infrastructure.
Historiquement favorable à l'ouvrage, le maire, Raymond Frede, réclame désormais la construction d'un demi-échangeur, pour répondre à la nouvelle situation d'"enclavement" de sa commune. Pour les opposants au projet, qui rejettent l'argument de l'enclavement depuis plus de quatre ans, ce "couac" ne manque pas d'ironie. "Ne faudrait-il pas construire une deuxième autoroute pour désenclaver le territoire enclavé par l'autoroute ?" a plaisanté le collectif La Voie est libre sur Facebook.
En attendant, le maire de Soual, Jean-Luc Alibert, est venu au secours du village voisin en prenant un arrêté visant "à concilier les nécessités très particulières de desserte de Saint-Germain-des-Prés qui n'ont pas été anticipées avec la sécurité et la tranquillité des habitants", explique l'édile dans un e-mail. Ainsi, les véhicules de plus de 3,5 tonnes demeurent interdits dans le cœur sa commune. Mais ceux qui proviennent ou qui se rendent dans le village voisin bénéficient d'une exception. "Les contrôles relèvent des forces de l'ordre, dans le cadre de leurs compétences habituelles", note l'élu.
A la veille de la mise en service de l'A69, les élus de droite comme de gauche qui ont plébiscité sa construction craignent surtout que le prix du péage, plus élevé que prévu, ne soit un obstacle au "désenclavement" tant espéré du sud du Tarn. Ils déplorent la décision du Conseil d'Etat, qui a retoqué en septembre la proposition des collectivités locales de mettre sur la table un avenant prévoyant des subventions votées par les collectivités locales pour réduire d'un tiers le montant demandé aux usagers. Le concessionnaire déclarait à l'AFP mi-octobre "espérer qu'une baisse tarifaire en ligne avec celle anticipée dans l'avenant pourra se concrétiser".
"C'est scandaleux de se retrouver dans cette situation, lâché en rase campagne par l'Etat à quelques heures de la mise en service de l'A69", a déploré jeudi le président socialiste du Conseil départemental du Tarn, Christophe Ramond, dans un communiqué. S'il y rappelle son soutien au projet, il souligne qu'"une autoroute indispensable doit aussi être accessible".
Le responsable politique doit aussi faire face aux désengagements de l'Etat de la région dans un autre dossier. Alors que l'A69 doit permettre de rejoindre Toulouse plus rapidement, l'aéroport de Castres-Mazamet est désormais en sursis. La ligne qui relie la ville à Paris-Orly a toutefois été maintenue jusqu'au 31 mai 2027. "Cette autoroute nous permet d'ouvrir de nouvelles perspectives et elle ne doit pas fermer certaines portes", argumentait Christophe Ramond mi-septembre dans Le Tarn Libre.
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Source: Franceinfo · Marie-Adélaïde Scigacz
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