Alors que l'Iran rejette le plan d'accord de paix proposée par le Qatar, les États-Unis ont averti d'une possible reprise de la guerre contre Téhéran après les élections de mi-mandat. Face au risque d'une nouvelle escalade, les pays du Golfe cherchent à se désolidariser de toute nouvelle attaque israélo-américaine. Mais quelles marges de manœuvre ont-ils réellement ? Éléments de réponse avec Hasni Abidi, directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (CERMAM).
Publié le : 28/10/2026 - 18:16
5 min Temps de lecture
RFI : Les tentatives de médiation des pays du Golfe ont-elles réellement des chances d'aboutir ?
Hasni Abidi : La visite à Téhéran lundi 26 octobre de l'Arabie saoudite et de la Turquie, représentées par de hauts responsables, accompagnés du chef de l'armée pakistanaise, est une initiative très sérieuse. D'abord par la qualité des représentants, mais aussi par le poids qu'exercent ces trois pays. Elle intervient pour consolider ou soutenir une autre initiative, celle que mène un autre pays du Golfe, le Qatar, de concert avec le Pakistan. L'offre de médiation pakistanaise et qatarienne est en cours.
La réponse iranienne est finalement toujours la même : les Iraniens demandent aux pays du Golfe et à la Turquie d'exercer la même pression sur les États-Unis afin de permettre des négociations. Aujourd'hui, il y a urgence pour les pays du Golfe avec l'accélération des indicateurs laissant présager une nouvelle attaque américano-israélienne avec des conséquences dévastatrices pour eux. D'autre part, l'Arabie saoudite a un grand contentieux avec les Houthis au Yémen, et Riyad est convaincue que les Iraniens peuvent jouer un rôle central.
À lire aussiQatar: la fermeture du détroit d'Ormuz pèse sur les finances de l'émirat
Reste que l'histoire récente a montré que si les États-Unis et Israël prévoient de reprendre la guerre, peu de choses peuvent les arrêter...
Oui, il est vrai que la décision est presque prise. On a remarqué que les échanges entre l'administration américaine et les Israéliens se sont accélérés ces derniers jours, même durant la campagne électorale, pour justement préparer une nouvelle guerre après les élections de mi-mandat aux États-Unis, mais aussi après les élections en Israël. C'est une opportunité qui s'offre à eux deux pour entamer cette nouvelle guerre. Selon eux, le travail n'a pas été terminé, et les derniers rapports alarmants de l'Agence internationale de l'énergie atomique peuvent servir à légitimer cette opération militaire.
Mais attention : l'action des pays du Golfe ne consiste pas seulement à dissuader les Iraniens et les Américains, ou à les pousser vers la négociation. Il s'agit surtout aussi de demander aux Iraniens de faire en sorte que les conséquences d'une telle frappe américaine et israélienne ne visent pas directement les pays du Golfe. C'est précisément ce que craignent ces pays. Les Iraniens avaient menacé, en cas d'attaque contre leurs sites nucléaires stratégiques ou énergétiques, non seulement de riposter en frappant les intérêts américains dans toute la région, mais aussi de viser les intérêts des pays du Golfe. C'est ce que craignent justement l'Arabie saoudite, le Qatar, les Émirats arabes unis et le Koweït.
Il s'agit donc d'une initiative à double objectif. Le premier, c'est de consolider les efforts de négociation menés par le Pakistan et le Qatar. Le deuxième, c'est bien sûr de convaincre les Iraniens que les pays du Golfe ne font pas partie de cette nouvelle guerre.
Concernant l'influence des pays du Golfe à Washington, ont-ils encore une réelle capacité à jouer un rôle de médiateur, alors que Donald Trump a multiplié les sorties méprisantes à leur égard ?
On a, en effet, facilement surestimé le pouvoir des pays du Golfe auprès de Donald Trump. Certes, le président américain a choisi l'Arabie saoudite comme première destination lors de son premier mandat et de son deuxième mandat. Il entretient de bonnes relations d'affaires, des relations économiques et militaires avec tous les pays du Golfe. Mais cette proximité sur le plan des affaires et sur le plan politique ne se traduit pas sur le plan stratégique.
En quelque sorte, les pays du Golfe ont très peu de marge de manœuvre pour exercer une pression sur Donald Trump. Oui, ils peuvent retarder, dissuader, demander certaines garanties de sécurité. Mais on a bien vu que, lorsque les pays du Golfe ont été attaqués par les Iraniens, le parapluie sécuritaire américain n'a pas servi à grand-chose. Au contraire, les Américains avaient répondu qu'ils avaient d'autres intérêts : d'abord sécuriser leurs bases militaires et sécuriser l'État d'Israël.
Un deuxième indicateur, à mon avis, a vraiment motivé cette initiative saoudienne : le dossier des Houthis. Donald Trump n'a pas répondu positivement à la demande faite par le prince héritier d'assurer une certaine sécurité pour les sites pétroliers importants, ou, au moins, de mener des frappes aériennes contre les positions des Houthis.
Serait-ce simplificateur de dire que l'on revient à une stratégie d'alliance régionale développée avant le début de la guerre à Gaza ?
Oui, la configuration actuelle, et surtout le refus américain de prêter main-forte aux Saoudiens, ainsi que les conséquences de la guerre à Gaza, au Liban, mais aussi en Syrie, sont autant d'éléments qui ont convaincu les pays du Golfe, mais aussi la Turquie et le Pakistan, de réfléchir à une nouvelle architecture sécuritaire, à une nouvelle alliance.
On est loin d'un « axe sunnite », comme le dit Benyamin Netanyahu, parce que l'Iran est un État important qui n'est pas sunnite. Et la visite lundi de trois États en Iran montre, en effet, que ces pays sont convaincus de l'importance d'associer les Iraniens à toute architecture ou à tout accord.
Ce n'est pas encore le temps des nouvelles alliances, mais il est clair que ce qui se passe aujourd'hui montre les limites de ce système international qui a longtemps été dominé par les États-Unis.
À lire aussiEau et nourriture : les dépendances des pays du Golfe fragilisées par la guerre
Source: RFI · Oriane Verdier
At a glance
- Topic
- World
- Country
- 🇫🇷 FR
- Publisher language
- FR
- Added to Allnira