Face à la fonte des glaciers dans les Alpes et les Pyrénées, l'Institut géographique national a déjà changé le nom de certains glaciers sur ses cartes. Les professionnels alertent sur la nécessité d'avoir des plans à jour pour visiter les montagnes en sécurité.

Article rédigé par franceinfo - Joséphine Ortuno et Laura dulieu

Radio France

Publié le 29/10/2026 12:57

Temps de lecture : 3min

Le sommet de la Roche de la Muzelle et son glacier, dans les Deux Alpes, dans le sud-est de la France, le 20 août 2026. (ALEX MARTIN / AFP)
Le sommet de la Roche de la Muzelle et son glacier, dans les Deux Alpes, dans le sud-est de la France, le 20 août 2026. (ALEX MARTIN / AFP)

Les glaciers vont-ils disparaître des cartes de randonnée ? Les premières modifications ont déjà été faites sur les cartes de l'Institut géographique national, l'IGN. Dans les Alpes par exemple, 70% de la glace a déjà fondu, selon Météo France. Sur les 350 glaciers recensés, 40 ont déjà changé de toponymes. C'est le cas notamment du glacier de la Blanche, dans les Alpes de Haute-Provence, qui s'appelle désormais sur les cartes l'"ancien glacier de la Blanche".

C'est une conséquence directe du dérèglement climatique. Selon Météo-France, presque tous les glaciers des Alpes auront fondu d'ici la fin du siècle. Olivier Laporte, responsable des cartes de randonnée pour l'IGN se penche sur un plan d'un massif savoyard grand ouvert sur son bureau. "C'est une carte qui a été mise à jour en juin cette année", explique Olivier Laporte qui repère les glaciers disparus. "On a l'ancien glacier de Pierre Minieu à cet endroit, montre-t-il. Il y a un agent à l'IGN qui communique avec les différents acteurs locaux, notamment les parcs nationaux, les pelotons de gendarmerie de haute montagne et qui analysent les images aériennes pour définir les contours des glaciers lorsqu'on fait une mise à jour de nos cartes de randonnée", indique-t-il.

Autre solution, les agents de l'Institut géographique national signalent eux-mêmes les changements qui concernent aussi l'apparition de certains cours d'eau. "Précisément, l'année dernière, au cours d'un bivouac au pied d'un glacier, il y avait un nouveau lac dans la réserve naturelle de la Grande Sassière, près de Tignes. Il a été rajouté cette année sur la carte au 25 000ème suite à ce signalement", explique Olivier Laporte.

L'IGN ne va pas jusqu'à rayer les noms des glaciers de ses cartes. Le glacier de la Blanche, par exemple, dans les Alpes-de-Haute-Provence, est devenu l'ancien glacier de la Blanche pour des raisons de sécurité. "Le fait de savoir à quelle altitude on évolue, de connaître la pente, de savoir si sous ses pieds il y a des éboulis ou de la glace... Pour le glacier, il est requis de s'équiper de crampons, ce qui n'est pas le cas pour une course en rocher où ce sera contre-productif pour le randonneur.

"Ça permet à l'alpiniste ou au randonneur de s'équiper et de faire un choix d'itinéraire qui ne sera pas le même en fonction du terrain."

Olivier Laporte, responsable des cartes de randonnées pour l'IGN

à franceinfo

Tous ces changements de paysages, François Damilano, guide de haute montagne, les remarque sur le terrain depuis des années. "Toutes ces neiges disparaissent complètement. Ça se voit vraiment à l'œil nu, bien évidemment. Il y a carrément des itinéraires d'alpinisme qui sont devenus impossibles. C'est-à-dire que sur les grands itinéraires glaciaires, il n'y a plus la matière pour pouvoir gravir ces grandes faces en technique piolet-crampon comme on le faisait dans l'alpinisme traditionnel il y a encore 20-25 ans en arrière", observe le guide.

Dans les Alpes on sait que toute la glace aura disparu à la fin du siècle. La fonte s'accélère particulièrement depuis 2002, et encore plus lors des canicules. 2026 fait donc figure d'une année record dans les Alpes. L'isotherme à 0 degré, (l'altitude à laquelle la température de l'air atteint 0 degré), a été enregistré plusieurs fois au-delà des 5 000 mètres d'altitude.

Dans les Pyrénées, il ne reste plus que 10 % des glaciers présents il y a un siècle. Ils auront totalement disparu dans une dizaine d’années. Les conséquences sont dramatiques. Elles vont entraîner la perte d'écosystème entiers, moins d'eau douce stockée et bien sûr l'augmentation du niveaux des eaux sur la planète. C'est un cercle vicieux : en fondant la glace libère du méthane, qui réchauffe à son tour l'atmosphère.

Il est toujours possible de protéger ces glaciers. Il y a déjà tout un arsenal juridique. Aujourd'hui plus de 60% des glaciers français sont protégés en étant dans un parc national ou dans une réserve naturelle. Mais on peut faire mieux en ralentissant voire en stoppant complètement l'artificialisation de la montagne, avec les stations de skis par exemple. Tout dépend enfin de notre capacité à réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Les scientifiques du Giec estiment que un kilo de CO2 émis fait fondre environ 15 kilos de glace.

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Source: Franceinfo · franceinfo

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