Après la victoire retentissante des démocrates lors des élections de mi-mandat aux États-Unis, se pose la question de la gouvernance d'un pays divisé pendant les deux dernières années de Donald Trump. À présent détenteurs du pouvoir législatif, les opposants aux républicains ne pourront cependant pas entièrement restreindre les moindres faits et gestes de l'exécutif.

Les résultats sont sans appel. Le décompte des voix n'est pas encore terminé, mais les démocrates émergent déjà comme les grands vainqueurs de ces élections de mi-mandat. Ils ont déjà sécurisé une majorité de sièges à la Chambre des représentants, comme au Sénat. Autrement dit, le Congrès est entièrement entre leurs mains.

Les quelques effets d'annonce de dernière minute de Donald Trump n'ont pas suffi à éviter la débâcle. La défaite est cinglante et témoigne d'un mécontentement général à l'encontre de la politique du 47ᵉ président des États-Unis. Et pour cause, le vote démocrate a bondi dans une écrasante majorité des catégories de population du pays, selon des statistiques collectées par le New York Times. Face au désaveu général, le locataire de la Maison Blanche a assuré au quotidien américain être « absolument disposé » à accepter les résultats, précisant que son camp avait « hâte » de travailler avec les démocrates.

Mais au-delà de ces déclarations de bonne foi, qu'implique réellement cette victoire démocrate pour les deux dernières années de mandat du milliardaire MAGA ?

Démocrates en position de force

Si son ampleur n'est pas encore définitivement connue, la majorité démocrate est d'ores et déjà actée. Sur les 218 sièges nécessaires pour se l'assurer, le parti a déjà sécurisé 228 sièges à la Chambre des représentants. Certaines projections estiment à plus de 250 le nombre de sièges à leur portée. Scores similaires au Sénat, sur lequel la vague bleue a également déferlé : 54 sièges sont ainsi maintenant aux mains des démocrates, contre 44 pour leurs opposants républicains.

À lire aussiMidterms 2026: ces premières historiques qui ont marqué le scrutin

Avec cette victoire, l'homme à la tête des parlementaires démocrates, Hakeem Jeffries, est en bonne position pour devenir le prochain « speaker » de la chambre basse du Congrès. Il deviendrait alors le premier Afro-Américain à occuper ce poste central dans l'histoire du pays. « Nous allons demander des comptes à ceux qui ont infligé à ce pays une corruption sans précédent », a-t-il assuré après la victoire démocrate mardi soir.

Grâce à leur majorité, les démocrates vont notamment prendre le contrôle des comités de la Chambre des représentants. Ces groupes répartissent les législateurs par domaines, leur accordant, entre autres, la possibilité d'ouvrir des enquêtes. Un moyen potentiel de prendre Donald Trump pour cible. Ils se dotent effectivement « du pouvoir d’assigner des témoins à comparaître et de mener des enquêtes de contrôle sur l’administration, la famille et les activités commerciales » du président, souligne la chaîne états-unienne NBC News.

Le président a « poussé les limites de ce qui est constitutionnel, voire de ce qui est légal en termes d'actions présidentielles, mais aussi d'enrichissement personnel et donc de corruption. Il est probable que le Congrès se mette en ordre de bataille sur le sujet », explique Emmanuelle Perez-Tisserant, docteure en histoire, spécialiste des États-Unis et de la Californie. De telles enquêtes pourraient conduire à des auditions, potentiellement embarrassantes pour le clan MAGA. D'autant que les griefs contre le président en exercice sont nombreux.

Des républicains mis à mal…

Depuis son retour aux affaires en janvier 2025, Donald Trump, fort de la majorité dont son parti jouissait jusqu'à ces élections, n'a eu de cesse de pousser son agenda politique sans grande opposition. De fait, son second mandat a été marqué pêle-mêle par un durcissement considérable de la politique migratoire des États-Unis, par de multiples guerres tarifaires, par des purges au sein de son gouvernement, des corps d'armée ou des agences fédérales du pays ou encore par un enrichissement personnel sans précédent.

Donald Trump pourrait également faire face à une nouvelle procédure d'impeachment – c'est-à-dire de destitution –, la troisième depuis le début de son premier mandat (2017-2021). Elle aurait cependant peu de chances d'aboutir, requérant deux tiers du Sénat pour être adoptée.

À lire aussiDonald Trump, année 1: deals, dollars et désir d’éternité

Plus certaine néanmoins est la perte du pouvoir législatif par les républicains. En nette supériorité numérique à partir de leur prise de poste le 3 janvier 2027, les démocrates gagnent effectivement la possibilité de faire passer des lois avec l'objectif de démanteler, de s'opposer ou a minima de ralentir les efforts de l'administration Trump depuis deux ans. Ils veulent se concentrer avant tout sur un élargissement de l'accès aux soins, sur un changement de position concernant les tarifs imposés aux partenaires étrangers des États-Unis tout en cherchant à mettre, aussi vite que faire se peut, un terme à la guerre avec l'Iran – facteur capital dans la défaite de Donald Trump, de l'aveu de son propre vice-président, J. D. Vance.

Qui plus est, les démocrates s'offrent également la capacité de s'opposer à toute nouvelle nomination proposée par Donald Trump pour les postes à haute responsabilité de son administration, ou pour la Cour suprême – à laquelle il a déjà placé trois juges conservateurs. Pour autant, la déferlante démocrate n'est pas synonyme de mort politique totale pour Donald Trump, qui conserve plusieurs atouts dans le bras de fer qui s'annonce.

…mais pas verrouillés

Si ses députés seront bien en peine d'opposer une résistance aux démocrates, deux outils de poids, propres à l'exécutif, restent en possession du président pour gouverner : les décrets et le veto. Garanti par la Constitution, le veto permettra à Donald Trump de s'opposer aux projets de loi votés par le Congrès, les renvoyant devant les deux chambres. Passer outre cet obstacle implique de réunir deux tiers des voix à la Chambre des représentants et au Sénat.

Pour ce qui est des décrets, Donald Trump en connaît toutes les subtilités. À peine investi en janvier 2025, il avait signé quantité de ces « executive orders », permettant, entre autres, de gracier les quelque 1 500 personnes accusées d'avoir participé à l'assaut du Capitole. S'ils servent, dans l'idée, à guider les agences gouvernementales, ils sont devenus « une manière de contourner le Congrès et d'utiliser de façon assez large les pouvoirs présidentiels », détaille Emmanuelle Perez-Tisserant.

À lire aussiSuspendus, exécutés, contestés: quatorze décrets emblématiques de Donald Trump à la loupe

Grâce à ces leviers, Donald Trump conserve des moyens d'action en dépit de sa défaite aux midterms. Reste à savoir si celui qui s'est fait élire sur l'image d'un homme d'affaires et négociateur hors pair cherchera à faire briller son « art du deal » dans cette cohabitation à l'américaine. « Il n'appellera pas cela des compromis, mais il va certainement brandir la menace du veto pour essayer d'obtenir des gages du Congrès », suggère Emmanuelle Perez-Tisserant.

Quoi qu'il en soit, ce vote largement défavorable au camp MAGA semble sonner la fin du trumpisme, du moins dans sa forme actuelle. Bien que les électeurs aient porté les démocrates au Congrès, quitte à créer la surprise dans des États historiquement républicains, leurs voix ne traduisent pas un plébiscite soudain et massif pour des idées de gauche. Reste également que les démocrates ne forment pas non plus un ensemble unifié, ayant vu émerger dans leurs rangs des candidats progressistes, pour certains soutenus par les socialistes démocrates d'Amérique. Ces nouveaux visages, porteurs de revendications parfois opposées par des démocrates de la vieille garde, ne font pas l'unanimité et leur intégration au sein de la majorité promet de potentielles dissensions internes alors que chaque camp cherche le successeur de Donald Trump.

Source: RFI · Jean-Baptiste Breen

At a glance

Topic
World
Country
🇫🇷 FR
Publisher language
FR
Added to Allnira