En parallèle des mobilisation dans l'Hexagone, de nombreux rassemblements sont aussi organisés dans les territoires ultramarins.

France Télévisions

Publié le 22/10/2026 06:04

Temps de lecture : 7min

Des manifestants lors d'un rassemblement à Saint-Pierre, à La Réunion, le 17 octobre 2026. (EMMANUELLE PAYS / HANS LUCAS / AFP)
Des manifestants lors d'un rassemblement à Saint-Pierre, à La Réunion, le 17 octobre 2026. (EMMANUELLE PAYS / HANS LUCAS / AFP)

La colère gronde au-delà de l'Hexagone. Les départements d'outre-mer sont également secoués, ces dernières semaines, par des mobilisations contre la hausse des prix et les difficultés rencontrées par la jeunesse. Une grogne alimentée par les inégalités profondes qui perdurent entre la France métropolitaine et les territoires ultramarins, ainsi que les spécificités locales de chacun de ces départements. Des violences et des pillages ont également émaillé certains rassemblements. Tour d'horizon de cette grogne sociale française qui ne cesse de s'étendre.

En Guadeloupe, la mobilisation contre la vie chère dégénère en violences urbaines

En Guadeloupe, les lycéens et les étudiants sont dans les rues depuis plusieurs semaines pour réclamer plus de moyens et de meilleures conditions d'enseignement. Le collectif Nou las palé ("Fatigué de parler" en créole), composé de groupes hétéroclites et de quelques organisations socioprofessionnelles, a lancé le 14 octobre une opération coup de poing en bloquant plusieurs axes routiers de l'île. Ce collectif dénonce la hausse du prix des carburants, un défaut d'accès à l'eau potable et plus globalement la vie chère.

Ces mécontentements se sont traduits par un week-end de fortes tensions marqué par des violences urbaines, des pillages de magasins et des échanges de tirs, notamment à Pointe-à-Pitre et aux Abymes, d'après le commissaire général Philippe Miziniak, directeur territorial de la police nationale (DTPN). Trois policiers ont été touchés par armes à feu, samedi, selon la même source. Face à cette situation, un couvre-feu pour les mineurs a été instauré, dimanche soir, par le préfet Thierry Devimeux, dans ces deux communes, de 20 heures à 6 heures. Malgré cette mesure, 44 personnes ont été interpellées, dont "plus de la moitié de personnes mineures", a annoncé la préfecture, lundi.

"Nos territoires ont besoin de solutions, pas de nouvelles destructions, pas de nouvelles agressions", a réagi lundi soir la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, sur X. Tout en jugeant "légitimes" les "inquiétudes sur la vie chère", la ministre a prévenu qu'"on ne peut pas prétendre défendre le pouvoir d'achat et l'égalité des droits en pillant des magasins" et a appelé "à la responsabilité de chacun".

La nuit de lundi à mardi a été marquée par un "calme relatif", sans affrontement ni pillage d'ampleur, a souligné la préfecture. Treize personnes ont toutefois été interpellées sur l'ensemble de l'île. Depuis lundi matin, le collectif Nou las palé est toujours mobilisé. Certains membres étaient encore en train d'installer des barrages filtrants, mardi.

En Martinique, des couvre-feux décrétés après des violences en marge du mouvement

L'île voisine, la Martinique, fait également face à de vives tensions depuis plusieurs jours. Une cinquantaine de personnes ont répondu à l'appel du RPPRAC (Rassemblement pour la protection des peuples et des ressources afro-caribéens) lundi, à Fort-de-France. Ce collectif lutte contre le coût élevé de la vie et des produits alimentaires.

Des commerces ont été pillés et des barrages routiers ont été érigés dès dimanche soir. Certains ont été incendiés, ce qui a nécessité l'intervention des pompiers et des forces de l'ordre. Face à cette situation préoccupante, plusieurs établissements scolaires martiniquais ont été autorisés, par l'académie de Martinique, à passer en enseignement à distance. Plus d'une vingtaine de barrages ont été recensés et six personnes ont été interpellées lundi, selon la préfecture. La nuit du lundi n'a pas été plus calme : huit commerces ont été dégradés, six véhicules ont été volés sous la menace d'armes à feu et le GIGN a été déployé à Ducos.

Le préfet a réuni les maires martiniquais, mardi soir, pour leur annoncer la mise en place d'un couvre-feu entre 22 heures et 5 heures de mardi soir à jeudi matin dans les six communes les plus touchées par les violences et les plus peuplées : Fort-de-France, Le Lamentin, Le Robert, Schoelcher, Ducos et Saint-Joseph. Il avait déjà interdit les rassemblements à Fort-de-France, au Lamentin et à Ducos, mardi après-midi. Au cours des opérations menées depuis le début des troubles, les forces de sécurité ont procédé à 11 interpellations et à la saisie de trois armes à feu, selon le bilan communiqué par les services de l'Etat.

Des nuits agitées à La Réunion pour dénoncer la hausse des prix

Dans l'océan indien, La Réunion traverse également une vague de violences urbaines et de manifestations déclenchée par la journée de mobilisation des gilets jaunes et des lycéens le 17 octobre. Les revendications portent principalement sur la hausse des prix, le pouvoir d'achat ainsi que le manque de perspectives sociales et budgétaires.

Les rassemblements à Saint-Denis ou à Saint-Pierre se sont déroulés sans débordement, dans la journée. La situation a néanmoins gravement dégénéré au cours de la soirée dans plusieurs communes de l'île. Un restaurant McDonald's a été entièrement détruit par les flammes à La Possession. A Saint-Denis, plusieurs supermarchés ont été pris pour cible et pillés. À Saint-Benoît, la façade de la brigade de gendarmerie de Bras-Fusil a été endommagée par un incendie.

Le préfet a dénoncé des violences urbaines "d'une ampleur inhabituelle à l'encontre des forces de sécurité intérieure et des services de secours", en mettant en cause "des groupes d'individus cagoulés et munis d'armes". Dix-huit personnes ont été interpellées, dont plusieurs mineurs, a annoncé la préfecture dimanche soir. De nouvelles violences ont eu lieu dans la nuit de dimanche à lundi, mais elles sont restées localisées à Saint-Denis et ont été moins graves que la nuit précédente (huit interpellations). Le président du conseil départemental, Cyrille Melchior, considère qu'il est "urgent de renouer le dialogue et de mettre en œuvre des mesures socio-économiques fortes pour soulager le pouvoir d'achat des familles réunionnaises".

La Guyane lutte pour obtenir de meilleures conditions de travail et d'études

En Guyane, un mouvement de contestation sociale a commencé dès la rentrée de septembre avec des grèves dans la fonction publique et des manifestations de lycéens. Les organisations syndicales de la fonction publique réclament des revalorisations salariales et des services publics adaptés aux besoins du territoire. Les lycéens, eux, dénoncent le manque de personnel, la vétusté des infrastructures et les disparités avec la France hexagonale. Les manifestants pointent enfin un manque d'écoute politique et une couverture médiatique insuffisante par rapport aux mouvements sociaux de l'Hexagone.

Une délégation de sept lycéens a été autorisée, le 6 octobre, à entrer dans l'enceinte de la Collectivité territoriale de Guyane (CTG). Les élèves ont été reçus pendant près de deux heures par des élus et des cadres de la collectivité. La CTG a annoncé que des travaux de sécurisation urgents avaient démarré en septembre au lycée Melkior et Garré, notamment le chantier des toilettes, et devraient s'achever en mai.

Les ministres de l'Education nationale et des Outre-mer ont promis, le 13 octobre, d'accélérer les investissements face à la vétusté des établissements scolaires dans les territoires ultramarins. "À l'exception de La Réunion, c'est le sujet de la vétusté du bâti qui revient en premier dans chacune de ces collectivités. C'est 58% des contributions en Martinique, en Guadeloupe c'est 50%, et en Guyane c'est 53%", a détaillé Edouard Geffray, s'appuyant sur la consultation en ligne (Agora) ouverte le 5 octobre aux lycéens, qui a recueilli pour l'heure plus de 100 000 contributions.

Mayotte dénonce les inégalités avec l'Hexagone

A Mayotte, les préoccupations sont très similaires. Portée par des blocus de lycées et une journée de protestation contre la vie chère, samedi, une mobilisation sociale agite l'île. Les blocus des lycéens mahorais ont commencé dès le 31 août, trois semaines avant ceux d'Ile-de-France. "Les étudiants ne peuvent même pas aller aux toilettes. Et ça, en France métropolitaine, on ne laisserait pas passer", a raconté un lycéen dans l'émission C pas si loin du 8 octobre.

Les conditions de vie scolaire des lycéens se sont dégradées depuis le passage du cyclone Chido en 2024. Les Mahorais dénoncent ainsi les différences de traitement avec l'Hexagone. Mais Chido n'est pas le seul responsable. Les élèves et leurs professeurs pointent également le manque de personnel éducatif et la surpopulation des classes qui perdurent depuis de longues années.

Les Mahorais ont également profité des manifestations du 17 octobre pour dénoncer les écarts de prix et le niveau de vie par rapport aux départements hexagonaux, rapporte Mayotte Hebdo. Selon la dernière étude comparative de l'Insee, réalisée en 2022, les produits alimentaires coûtaient en moyenne 30% de plus sur l'île. Les manifestants ont aussi pointé, une nouvelle fois, les difficultés d'accès à l'eau potable et aux soins médicaux.

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Source: Franceinfo · franceinfo

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