Annie Ernaux, ici en juin à un meeting de Jean-Luc Mélenchon, évoque dans la même interview « l’État colonisateur » israélien ou son espoir de voir ses livres « contribuer à changer un peu le monde des femmes, le monde des opprimés ». STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

La lauréate du Nobel de littérature et militante LFI déplore que « les forces de police ont été largement infiltrées par le Rassemblement national » et se dit « inquiète et triste ».

Contre l’usage débridé de l’IA ou la chronique du directeur adjoint de Valeurs actuelles sur France Inter. Pour les « gilets jaunes » ou en soutien de la rapporteuse de l’ONU sur les territoires palestiniens occupés Francesca Albanese. La liste des pétitions et tribunes signées par Annie Ernaux concurrence par sa longueur celle de ses ouvrages. La romancière de 86 ans, prix Nobel de littérature en 2022, n’a jamais fait mystère de ses convictions politiques, qui la rangent tout contre Jean-Luc Mélenchon.

Dans une interview au New York Magazine, elle s’est exprimée mardi sur les mobilisations lycéennes, la colère sociale et les émeutes en France. « Je peux paraître très en colère, mais je suis surtout inquiète et triste », explique la romancière, dans un long entretien de la rubrique Vulture, axée sur la culture et le divertissement.

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Pour Annie Ernaux, qui revient sur l’échange avec les organisations syndicales lycéennes à l’Élysée, le gouvernement n’a pas su « écouter » la jeunesse. A contrario, « les agriculteurs sont immédiatement reçus au moindre geste », note celle qui estime que la France « donne l’impression d’un pays vieillissant qui ne se soucie que des riches et pas du tout de ses forces vives ».

Invitée à réagir à la « violence » de la réponse policière, pour citer le magazine, l’autrice de La Place et Mémoire de fille  manifeste une vive indignation. Les violences policières sont devenues « monnaie courante » en France, estime-t-elle. « Les forces de police ont été largement infiltrées par le Rassemblement national, le parti d’extrême droite, ajoute-t-elle. Ce sont des individus qui nourrissent des idées racistes et qui ont peu, voire aucune, sensibilité devant la souffrance humaine. »

« Répression, répression, répression »

La militante de LFI, qui a pris la parole lors du meeting de Jean-Luc Mélenchon à Saint-Denis en juin, keffieh palestinien sur les épaules, s’interroge sur l’usage du terme « casseurs » après les pillages du samedi 17 octobre. « On les traite comme une sorte de groupe mystérieux et violent, qui vole et casse », alors qu’il recouvrirait des populations diverses. « Il faudrait s’interroger là-dessus, mais non. Ce n’est que répression, répression, répression », regrette-t-elle au cours d’un raisonnement parfois sibyllin.

Le résultat, lui, se révèle clair à ses yeux : « C’est une pente glissante. On ne peut plus parler d’un État démocratique. Il n’y a plus de démocratie. Je crois que le reste du monde, l’Europe et même les États-Unis sont scandalisés et choqués. C’est un tel degré de brutalité, j’irai jusqu’à parler d’une méthode fasciste ».

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Dans la même interview, Annie Ernaux, qui a publié Le Jeune Homme en 2022, évoque pêle-mêle « l’État colonisateur » israélien, les obligations imposées par son Nobel de littérature, peu désiré, ou son espoir de voir ses livres « contribuer à changer un peu le monde des femmes, le monde des opprimés ».

Source: Le Figaro · Benjamin Puech

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