Imposée depuis le 1er octobre aux agences et plateformes étrangères, une nouvelle taxation a provoqué la colère des professionnels. Malé veut faire marche arrière. Mais les vacanciers ne paieront pas forcément moins cher.
Vendre depuis Paris ou Londres une semaine dans un hôtel sur pilotis aux Maldives, sans posséder le moindre bureau dans l’archipel, peut désormais intéresser le fisc maldivien. Depuis le 1er octobre, les voyagistes, agences de voyages et plateformes de réservation établis à l’étranger sont soumis à une nouvelle taxation de 17 % sur les prestations touristiques qu’ils commercialisent dans le pays. Une disposition que le gouvernement cherche déjà à faire disparaître.
Ratifiée le 31 août par le président Mohamed Muizzu, la réforme aura provoqué une levée de boucliers. Les professionnels lui reprochent d’abord sa précipitation. Les séjours aux Maldives, particulièrement ceux commercialisés par les voyagistes européens, se négocient et se vendent souvent plusieurs mois à l’avance. Difficile, dans ces conditions, d’intégrer un prélèvement supplémentaire dans des forfaits dont les prix sont déjà arrêtés. La fédération allemande du voyage DRV a également dénoncé les formalités d’enregistrement auprès de l’administration fiscale maldivienne et les incertitudes juridiques du dispositif.
Le gouvernement a fini par reculer. Le 19 octobre, un projet d’abrogation était déposé au Parlement. Le texte était toujours en discussion ce lundi 26 octobre.
Près de 90 millions d’euros de recettes fiscales abandonnées ?
La taxe avait pourtant de quoi intéresser les finances publiques. Selon l’évaluation du ministère maldivien des Finances accompagnant le projet de loi, son extension aux opérateurs étrangers devait rapporter 1,61 milliard de rufiyaa par an, soit environ 90 millions d’euros. Des recettes que les autorités sont désormais disposées à sacrifier pour ne pas pénaliser la commercialisation de la destination.
Encore faut-il comprendre ce qui était taxé. Contrairement à ce que pourrait laisser croire le taux de 17 %, le prélèvement ne s’appliquait pas à l’intégralité du prix d’un voyage. Dans un guide publié en septembre, l’administration fiscale maldivienne (MIRA) détaille le cas d’un voyagiste britannique achetant six nuits d’hôtel pour 2 457 dollars et les revendant 3 194,10 dollars à son client. La taxe due par l’intermédiaire atteint alors 107,10 dollars, calculée à partir de sa marge commerciale.
Le projet d’abrogation prévoit également le remboursement des sommes éventuellement collectées depuis le 1er octobre. Mais tant que le Parlement n’aura pas définitivement adopté le texte, et que celui-ci n’aura pas été ratifié puis publié, la réforme restera légalement en vigueur.
Les touristes continueront de payer la TVA de 17 %
Pour les Maldives, la prudence n’est pas superflue. Selon la Maldives Monetary Authority, la banque centrale du pays, l’archipel a accueilli 2,25 millions de touristes en 2025, soit 9,8 % de plus que l’année précédente. Les recettes touristiques ont atteint 5,57 milliards de dollars. La France, avec 58.078 visiteurs, en progression de 6,3 %, occupait le huitième rang des marchés émetteurs.
Mais 2026 s’annonce moins favorable. Selon le ministère maldivien du Tourisme, 1,65 million de visiteurs avaient été enregistrés entre le 1er janvier et le 14 octobre, soit 3,9 % de moins qu’à la même période en 2025. Ce ralentissement, engagé bien avant l’entrée en vigueur de la taxe, intervient alors que l’archipel reste tributaire des compagnies aériennes internationales et des distributeurs étrangers pour remplir ses resorts.
Faut-il pour autant espérer des séjours moins chers ? Pas nécessairement. La taxe que le gouvernement souhaite supprimer ne doit pas être confondue avec la TVA touristique, ou Tourism Goods and Services Tax (TGST), déjà facturée dans les établissements de l’archipel. Selon la MIRA, son taux reste fixé à 17 % depuis juillet 2025. À cela s’ajoute la Green Tax, prélevée à hauteur de 12 dollars par personne et par nuit dans les resorts, ou de 6 dollars dans les petites maisons d’hôtes éligibles des îles habitées. Les enfants de moins de deux ans en sont exemptés.
Le recul de Malé concerne donc la fiscalité des intermédiaires qui vendent les Maldives à l’étranger, non les taxes acquittées par les touristes dans les établissements. Pour les voyageurs ayant déjà réservé leurs vacances, il n’y a pas de réduction automatique à attendre sur la facture.
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Source: Le Figaro · Yan Bernard-Guilbaud
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