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Le plafonnement des grandes fortunes est ancré dans une histoire philosophique ancienne. C’est ce que rappelle l’économiste et philosophe Ingrid Robeyns, qui a donné le nom de « limitarisme » à cette théorie visant à lutter contre le pouvoir exorbitant des milliardaires, devenue un enjeu politique majeur des démocraties libérales.

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Un mot dans l’air. « Lycéens, travailleurs, retraités, notre problème, c’est les milliardaires », « Taxons les riches dans le calme et la bonne humeur », « L’Etat français maltraite ses jeunes et cajole ses milliardaires », peut-on lire dans les cortèges défilant cet automne. Alors que le pouvoir d’achat est en berne et que les déficits creusent la dette des générations à venir, les grandes fortunes n’en finissent pas de s’arrondir. Ce paradoxe s’annonce comme l’un des enjeux centraux de la campagne pour l’élection présidentielle de 2027.

La réflexion peut désormais s’appuyer sur une théorie politique, le « limitarisme », qui pose le principe d’un seuil moral et politique à l’accumulation des richesses, au nom de l’intérêt général et de la démocratie. Développée par l’économiste et philosophe belgo-néerlandaise Ingrid Robeyns, cette notion soutient qu’au-delà d’un certain patrimoine, l’argent devient un instrument de pouvoir toxique, incompatible avec la préservation des ressources et l’urgence climatique, représentant en outre une menace directe pour la démocratie. En favorisant le lobbying et la concentration des médias aux mains de milliardaires, ce pouvoir sape le débat public et favorise l’expansion des régimes illibéraux.

Si le mot est récent, la pensée limitariste s’inscrit dans l’histoire la plus ancienne de la philosophie, rappelle l’universitaire, titulaire de la chaire d’éthique des institutions de l’université d’Utrecht (Pays-Bas), dont l’ouvrage de référence, Limitarisme. Contre l’extrême richesse (Actes Sud, 352 pages, 23 euros), vient d’être publié en France. Dès l’Antiquité, Platon et Aristote décrivent les inégalités de richesse comme un danger pour la cohésion de la cité. « Platon estimait que la stabilité de la cité serait menacée si l’écart entre les plus riches et les plus pauvres venait à dépasser un rapport de un à quatre », explique la chercheuse. Pour Aristote, l’excès de fortune risque d’entraîner la captation du pouvoir et la mise en place d’une oligarchie.

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Source: Le Monde · Claire Legros

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