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Tribune
Michael Ignatieff
Historien
A l’heure où s’ouvre un sommet entre l’Union européenne et le Canada, les deux puissances doivent réduire leur dépendance vis-à-vis des Etats-Unis et de la Chine, analyse l’historien canadien Michael Ignatieff, dans une tribune au « Monde ».
Publié aujourd’hui à 09h00 Temps de Lecture 4 min.
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Dans La Tempête, de Shakespeare, un personnage qui cherche à s’en abriter dit à un autre : « Le malheur nous fait connaître d’étranges compagnons de lit. » A l’heure où le parapluie sécuritaire américain et le régime mondial de libre-échange qui protégeaient l’Europe se désagrègent, l’Union européenne cherche désespérément un abri. Pour ce faire, elle se tourne de l’autre côté de l’Atlantique, vers un pays qui se sent seul et délaissé, lui aussi, le Canada.
Le pays est engagé dans une guerre douanière avec un président [Donald Trump] bien décidé à se servir de la dépendance canadienne vis-à-vis de la technologie et des marchés états-uniens. En août, son premier ministre, Mark Carney, s’est retiré d’un accord qui aurait livré la souveraineté économique canadienne aux Américains. Le pays se bat aujourd’hui pour défendre cette souveraineté face à un adversaire qui mesure dix fois sa taille.
Ses partenaires européens se montrent peut-être plus prudents – en 2025, ils ont accepté la politique douanière américaine en échange de l’accès au marché américain – mais, un an plus tard, ils n’en sont pas moins parvenus à la même conclusion que Mark Carney. Ils n’ont aucune prise sur les puissances hégémoniques prédatrices qui font voler en éclats l’ordre international en place (la Chine, la Russie et les Etats-Unis), de sorte qu’ils n’ont d’autre choix que de s’associer s’ils ne veulent pas se faire écraser.
Les 29 et 30 octobre, les deux rescapés de l’effondrement de l’ordre mondial se réuniront à Montréal [Canada] pour préparer les conditions de leur survie. Ils estiment, comme l’a résumé Mark Carney, que cette survie suppose de « se concentrer sur les domaines sur lesquels on a encore la main ».
Reste à savoir lesquels. La puissance de calcul est devenue la monnaie d’échange en matière de souveraineté et d’influence géopolitique. Or, les Etats-Unis en concentrent à eux seuls 75 %, la Chine 15 %. Le Canada en détient moins de 1 %, l’Europe à peine 5 %. Tous deux se retrouvent déboussolés sur l’échiquier d’une économie mondiale dominée par la Chine et les Etats-Unis, et tous deux sont dépendants d’un système énergétique mondial qui est aujourd’hui pris en otage par l’Iran et la Russie.
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Source: Le Monde · Michael Ignatieff
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