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Tribune

Olivier Passet

Economiste

L’absence d’un socialisme réformateur dans le paysage politique français alimente un désir de rupture, de repli et de radicalisation à droite, analyse, dans une tribune au « Monde », l’économiste Olivier Passet.

Publié aujourd’hui à 17h00 Temps de Lecture 3 min.

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Le problème n’est pas tant la montée des « extrêmes » que le vide politique qui la rend possible et l’absence d’une force capable d’incarner de façon crédible une rupture avec l’ordre existant. Le socialisme réformiste est devenu l’espace vacant du spectre politique. Il n’a plus de projet suffisamment désirable pour fédérer, de doctrine capable d’ordonner les colères, de base sociale et d’ancrage territorial à la hauteur de ses ambitions, d’incarnation forte.

Il lui manque surtout une perspective : celle d’une transformation de la société qui ne se réduise ni à la gestion du système en place ni à une redistribution de ses effets les plus injustes. Cette vacance ouvre la voie à une recomposition politique dominée par la droite classique et l’extrême droite. Tant qu’aucune force, en dehors de La France insoumise [LFI], ne portera une ambition de rééquilibrage des rapports de pouvoir économiques et sociaux, le désir de rupture continuera de trouver ses débouchés dans le dégagisme, le repli ou la radicalisation à droite. La crise du socialisme est d’abord intellectuelle et programmatique.

Face à ce vide, Jean-Luc Mélenchon tente une gageure : incarner à lui seul les deux gauches historiques, celle de Georges Marchais [1920-1997] et celle de François Mitterrand [1916-1996], la colère et la force tranquille. C’est beaucoup demander à un seul homme. LFI a accompli un travail considérable de structuration, d’élaboration programmatique, d’implantation locale et de mobilisation de la jeunesse. Mais ce travail de labourage ne saurait compenser durablement l’absence d’un espace politique plus large. A ce labeur s’opposent le dilettantisme programmatique et les guerres de baronnie du Parti socialiste, qui ne remplit plus ses fonctions historiques : mobiliser, élaborer une doctrine, débattre des voies de la transformation sociale. Il subsiste comme appareil et réseau d’élus, mais où est le projet ?

Enfants gâtés de la politique

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Source: Le Monde · Olivier Passet

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