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Publié le 31/10/2026 07:28

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Le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste, à Paris, le 28 octobre 2026. (BASTIEN OHIER / AFP)
Le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste, à Paris, le 28 octobre 2026. (BASTIEN OHIER / AFP)

Le ministre de l'Enseignement supérieur s'appuie sur un rapport de l'OCDE, selon lequel "95 % des candidats" se sont vus proposer une place dans une formation en 2024. Ce chiffre est exact mais cache plusieurs réalités.

"Nous sommes le pays le moins sélectif de l'ensemble des pays de l'OCDE", en termes d'accès à l'enseignement supérieur, a affirmé Philippe Baptiste, le ministre de l'Enseignement supérieur, jeudi 29 octobre, sur franceinfo. "Je veux bien que l'on soit encore moins sélectifs. Mais ça commence à être compliqué", a-t-il ajouté, interrogé sur Parcoursup. Cette plateforme d'orientation post-bac, accusée de trier les élèves, cristallise pourtant les critiques depuis le début de la mobilisation des lycéens. Le gouvernement a promis de la remplacer en 2028, après une "évolution forte" vers plus de transparence en 2027.

L'argument du ministre de l'Enseignement supérieur se base sur un rapport de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Selon cette étude, la France affichait effectivement en 2024 "le taux d'acceptation le plus élevé parmi 20 pays, avec 95% des candidats se voyant proposer une place dans un programme du supérieur".

"Ce chiffre est exact mais ne prouve pas que la France est le pays le moins sélectif", nuance l'économiste Julien Grenet, directeur adjoint de l'Institut des politiques publiques (IPP). "Il mesure la part des candidats qui obtiennent au moins une offre, quelle qu'elle soit, pas la sélectivité des formations, ni le fait que les candidats accèdent à la formation qu'ils souhaitent", précise ce spécialiste de l'éducation.

Le rapport de l'OCDE précise d'ailleurs que "les candidats admis dans un programme de l'enseignement supérieur ne s'y inscrivent pas toujours". En France, la part des candidats admis "qui s'inscrivent effectivement" a atteint en revanche 83% en 2024.

L'OCDE apporte une seconde nuance : "L'inscription à un programme ne conduit pas nécessairement à son achèvement avec succès." Un point que le ministre de l'Enseignement supérieur a également mis en avant au micro de franceinfo, soulignant "l'hypocrisie sans limite" du système. Philippe Baptiste a en effet déploré une sélection qui ne se fait pas post-bac mais "en première année de licence". A l'issue de cette première année, "presque 1 [étudiant] sur 2 ne réussit pas", a-t-il regretté. En effet, selon un rapport de la Cour des comptes, en 2022, seuls 48% des étudiants en première année sont passés en deuxième année.

Par ailleurs, en 2023, "seuls 34% des nouveaux inscrits dans les universités publiques [ont obtenu] leur licence dans la durée théorique du programme", c'est-à-dire en trois ans. Ces taux de réussite très faibles font de la France une mauvaise élève en la matière, placée largement en dessous de la moyenne des pays de l'OCDE. En effet, "le taux moyen d'obtention dans les établissements publics et privés de l'OCDE est de 43% dans la durée théorique, pour atteindre 59% après une année supplémentaire", selon le rapport de l'organisation.

Pour comprendre ce fort taux d'échec, il faut regarder l'adéquation des offres avec le souhait des bacheliers, explique Julien Grenet. Selon l'économiste, le chiffre global avancé par le ministre au micro de franceinfo "donne faussement l'impression que les candidats obtiennent la formation souhaitée alors qu'en réalité, il y a énormément d'inadéquation entre l'offre et la demande". Une part importante des élèves des filières professionnelles et technologiques n'obtiennent ainsi pas de place dans les filières adaptées à leur profil, souligne l'économiste.

Selon le bilan de la procédure d'admission sur Parcoursup en 2026, 32 939 bacheliers professionnels ont fait au moins un vœu en BTS et n'ont obtenu aucune proposition dans ce type de formation – soit un tiers d'entre eux. Pire, plus de la moitié des bacheliers technologiques (48 700 candidats) se sont retrouvés sans proposition en IUT.

"Environ 80 000 candidats sans formation adaptée à leur profil se sont donc retrouvés malgré eux, à devoir renoncer à faire des études supérieures ou à s'inscrire en licence, où ils n'ont quasiment aucune chance de réussir."

Julien Grenet, économiste

à franceinfo

"Un quart de ceux qui échouent en licence sont les bacheliers professionnels et technologiques qui, pour la très grande majorité, ne souhaitaient pas y aller. Ils sont d'ailleurs très nombreux à demander une réorientation l'année suivante", détaille le directeur adjoint de l'IPP.

Le chiffre de l'OCDE cache par ailleurs une disparité de sélection selon les filières. Environ 17% des bacheliers professionnels et 8% des bacheliers technologiques n'ont reçu aucune proposition, selon les chiffres du ministère de l'Enseignement supérieur. A l'inverse, seuls 2,4% des bacheliers généraux se sont retrouvés sans proposition. Des données qui cachent également des disparités géographiques : "En Ile-de-France, 28% des bacheliers professionnels n'ont reçu aucune proposition", relate Julien Grenet.

En réalité, le système de sélection français est "dual", estime l'économiste : "Il est globalement possible d'avoir une place en licence. Mais les filières sélectives, que ce soit les BTS, les DUT, les classes préparatoires, les écoles post-bac, font face à une énorme tension et sont très sélectives."

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Source: Franceinfo · Mathilde Texier

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