Un rassemblement a eu lieu vendredi soir à Trappes (Yvelines), cible d'un attentat raciste une semaine auparavant, qui a causé la mort d'un homme noir de 26 ans, Pengo Bossio Wangi, et blessé sept personnes, dont une fillette.

France Télévisions

Publié le 30/10/2026 22:07

Temps de lecture : 4min

La foule lors du rassemblement à Trappes (Yvelines) le 30 octobre 2026, une semaine après l'attentat raciste survenu dans la ville. (SIMON WOHLFAHRT / AFP)
La foule lors du rassemblement à Trappes (Yvelines) le 30 octobre 2026, une semaine après l'attentat raciste survenu dans la ville. (SIMON WOHLFAHRT / AFP)

Alors que le jour décline, l'effervescence monte petit à petit sur la place des Merisiers, à Trappes (Yvelines), vendredi 30 octobre. Pour y pénétrer, il faut passer les accès sécurisés. Le quartier est bouclé et les policiers nombreux, dans le centre névralgique de cette ville scindée par la N10. Des grappes de personnes convergent à pied pour se rassembler en hommage aux victimes de l'attentat raciste survenu une semaine auparavant, qui a fait un mort, Pengo Bossio Wangi, un Français noir de 26 ans, et blessé sept personnes, dont une fillette de 12 ans grièvement touchée à La Verrière, ville voisine.

Ce rassemblement, à l'initiative du maire de Trappes, Ali Rabeh (Génération.s), est aussi organisé pour dénoncer "le racisme, l'islamophobie et toutes les formes de haine". Car l'assaillant a admis avoir ciblé des personnes "musulmanes, africaines ou nord-africaines" et choisi Trappes, considérée à ses yeux comme "un repaire d'islamistes".

"On est là pour faire face au racisme et aux discours xénophobes, pour dire stop à tout ça, on en a assez de tous ces discours qui se banalisent dans la rue et les médias", lance Brahim Jbara, un élu de la majorité de Mantes-la-Ville, qui se revendique sans étiquette. Il est venu avec le maire de cette commune des Yvelines et d'autres membres du conseil municipal, écharpes tricolores en bandoulière. "On représente la France et sa diversité", insiste-t-il.

"On veut dire aux Trappistes qu'ils ne sont pas seuls. Demain, ça peut être nous."

Brahim Jbara, élu de Mantes-la-Ville

à franceinfo

Leur délégation n'est pas isolée : d'autres élus du département, de Seine-Saint-Denis, ou encore de Paris, ont fait le déplacement. Ils se regroupent sur la place des Merisiers, se saluent, pendant que des personnalités politiques, principalement de gauche, dont Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann, Marine Tondelier et Ségolène Royal, s'apprêtent à monter sur la scène installée devant le commissariat de Trappes, spécialement pour ce rassemblement.

Dans la foule qui grossit peu à peu, de nombreux drapeaux français flottent au vent et s'affichent en miroir sur le grand écran installé à côté de l'estrade. Ils ont été distribués à l'entrée des accès installés autour de la place. Une jeune étudiante noire de 20 ans, habitante de Trappes, qui préfère garder l'anonymat, en a pris pour afficher les couleurs de la France. "Ça me concerne directement. [L'attentat] est un acte motivé par du racisme", souligne-t-elle pour expliquer pourquoi elle est venue ce soir.

Comme elle, plusieurs milliers de personnes ont fait le déplacement, 12 000 selon les organisateurs. Des pancartes sont brandies, avec des slogans comme "Le racisme blesse, le racisme tue" ou "Nous ne sommes pas des cibles, nos vies comptent", "Le racisme n'a pas sa place", "Une seule humaine, mille origines". Sur un carton, Emilie, venue en famille depuis la commune voisine du Mesnil-Saint-Denis, a écrit le message suivant : "Les problèmes du monde ont commencé lorsque les zèbres à rayures blanches ont commencé à détester les zèbres à rayures noires." Une façon de "montrer la débilité de certains", explique cette femme de 31 ans.

Un peu plus loin, deux jeunes femmes de 24 ans, Tania et Camelia, sont venues pour montrer leur mobilisation contre le racisme. "On le fait pour les gens de couleur qui n'osent pas sortir de chez eux", souligne Camelia, racisée. Elle est aussi en colère, contre "tout ce qui est diffusé à la télé" et "certains discours de l’extrême droite qui influencent". "Il faudrait interdire la libération de la parole raciste, dans les médias on a des mots qui tuent aujourd'hui", abonde Matthieu, venu avec une cinquantaine de militants de l'Union départementale de la CGT dans les Yvelines, vêtus de chasubles à l'effigie du syndicat, pour "montrer que le mouvement ouvrier est là".

La place des Merisiers est remplie lorsque les prises de parole commencent. Aminata Diallo, adjointe au maire de Trappes chargée de la vie associative et citoyenne, s'exprime en premier. "Comment se fait-il que pour ma couleur de peau, pour ma croyance, on me tue ?", clame-t-elle. "A Trappes nous sommes solidaires. On est tous réunis, ça ne va pas changer", poursuit l'élue, suscitant des applaudissements.

"Les musulmans, les noirs, les arabes sont quotidiennement pointés du doigt", déclare juste après Aïssetou Diawara, infirmière et engagée dans la vie associative de Trappes, dénonçant un "racisme structurel". "On ne va pas faire comme si le racisme et l'islamophobie étaient nés vendredi dernier", souligne-t-elle. "Force aux Trappistes", conclut la jeune femme de 24 ans, habitante de la ville.

Une minute de silence est observée à Trappes lors du rassemblement organisé en hommage aux victimes de l’attentat raciste de vendredi dernier et pour dénoncer "le racisme, l'islamophobie et toutes les formes de haine", où je suis pour @franceinfo https://t.co/9f64gpt6nH

— Violaine Jaussent (@ViolaineJ) October 30, 2026

Rachid Benzine, Ali Rabeh... Les prises de parole se poursuivent, entrecoupées par une minute de silence en hommage aux victimes de l'attentat. Lorsque le discours du maire de Trappes prend une tournure plus politique, lorsqu'il attaque directement Jordan Bardella, la foule hue le président du RN. Puis de nombreuses personnes entonnent "on est chez nous", un pied de nez à cette phrase régulièrement sortie par les partisans de l'extrême droite, avant d'entonner La Marseillaise. Tandis qu'une femme noire s'écrie : "La France, c'est nous !". "Justice, c'est tout !", réclame-t-elle encore, en référence à l'attentat raciste qui a frappé Trappes.

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Source: Franceinfo · Violaine Jaussent

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