En Serbie, une banque d'un proche de l'ancien président Aleksandar Vucic a été suspendue, puis mise en faillite par la Banque centrale, pour soupçons de fuites de capitaux vers l'étranger. Son propriétaire a été arrêté. Cette banque, Alta Banka, était quasiment la seule à accepter d'ouvrir des comptes pour la très importante diaspora russe en Serbie. On parle de 250 000 personnes dans ce petit pays, qui ont fui la Russie depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine. Résultat : cette communauté est particulièrement touchée par la faillite de cette banque. Beaucoup de Russes se sont retrouvés sans moyens de paiement, voire spoliés de leurs économies. 

De notre correspondant à Belgrade,

C'est un lieu culturel créé par des migrants russes, pour les Russes de Belgrade. Le café Auditoria emploie une dizaine de personnes et propose des livres, des projections de films et des concerts. Sa responsable, Aleksandra Yakuseva, a fui la Russie dès le début de la guerre en Ukraine. Le centre avait son compte ouvert à Alta Banka. « On essaye de survivre... On a réussi à passer aux paiements en liquide, parce qu'on est aussi un café, bien sûr. Il nous faut rouvrir un autre compte bancaire au plus vite, parce qu'on en aura besoin pour payer les taxes mensuelles. Les salaires, on pourra les payer en espèces. »

Aleksandra et ses employés ont la chance de ne pas avoir détenu beaucoup d'argent auprès de la banque en faillite. Le blocage de leurs moyens de subsistance est un choc. « On a déjà échappé à la guerre en Ukraine, nous sommes passés par l'émigration. On a été témoins, il y a deux semaines, non pas d'une révolution mais de la chute du régime en Serbie. Et quelques jours après, cet effondrement bancaire. Ça commence à faire beaucoup, mais c'est notre vie. On ne peut pas tout contrôler. »

Mais certains Russes risquent tout de même de perdre beaucoup dans cette faillite : « Il y a des gens qui venaient de vendre leur appartement en Russie, dans le but de racheter un appartement ici. Pour eux, c'est une catastrophe. Mais d'autres, qui avaient des cryptos, qui avaient du liquide, ont pu éviter la catastrophe. »

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La solidarité s'organise

Beaucoup de banques, par peur d’éventuelles sanctions européennes, interdisaient aux Russes d'ouvrir un compte. À Alta Banka, l'argent russe était le bienvenu. Une énorme proportion des 250 000 Russes de Serbie avait son compte dans l'établissement. Yakov, de Moscou, est touché par la solidarité des Serbes envers les Russes en difficulté : « Des Serbes ont créé une page web des commerces touchés par l'effondrement d'Alta Banka, avec ce message : "Allons dans ces commerces. Payons-les en liquide. Aidons-les." C'est incroyable à quel point les Serbes s'impliquent pour nous aider. »

Les Russes se serrent aussi les coudes. À Loza, un centre culturel associatif, un système d'aide s'est aussitôt mis en place, explique le président Vladimir Zhouravlyov : « Des Russes ont fait des dons en argent, ont apporté de la nourriture, des produits d'hygiène... Tous ceux qui sont affectés d'une façon ou d'une autre par la faillite d'Alta Banka peuvent venir nous voir pour de l'aide. »

L'État serbe a promis de rembourser les dépôts des clients d'Alta Banka à hauteur de 50 000 euros. Pour ceux qui détenaient plus, il faudra attendre une lointaine liquidation judiciaire, à l'issue incertaine.

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Source: RFI · Laurent Rouy

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