En quelques années, Julian Jackson est devenu l'historien britannique qui fait redécouvrir aux Français leur histoire. Après le triomphe des deux films consacrés au général de Gaulle fondés sur sa biographie, ce spécialiste de la Seconde Guerre mondiale revient avec un nouveau livre qui se penche sur la débâcle de juin 1940.
Dans "La Chute. France, 1940", récemment publié aux éditions du Seuil – la première édition en anglais datant de 2003 –, Julian Jackson revisite les six semaines du printemps 1940 durant lesquelles la France s'effondre face à l'avancée rapide de l'armée allemande, qui entre à Paris le 14 juin à l'aube.
"J'ai fait beaucoup de travaux sur cette période. J'ai travaillé sur Vichy, sur Pétain et sur de Gaulle. Ce trou noir représente le centre de tout ce que j'ai fait", a expliqué l'auteur sur le plateau de France 24. "Je trouve que la vision communément acceptée de ce qu'il s'est passé en 1940 n'est pas tout à fait vraie", a-t-il insisté.
"Une défaite qui a des raisons militaires"
Pour l'historien britannique, "ce qui s'est passé en 1940 en France a été vu uniquement à travers la défaite". Julian Jackson estime qu'il s'agit avant tout d'"une défaite qui a des raisons militaires". Contrairement à la plupart des idées reçues, il montre dans son ouvrage que "la France n'était pas militairement inférieure à l'Allemagne". Pour preuve, il y avait 2 900 chars des deux côtés. "La qualité des chars français était même plutôt supérieure à celle des Allemands", souligne-t-il.
La IIIe République n'a donc pas failli dans sa préparation : "Ces chars ont été créés par le réarmement qui a commencé en septembre 1936 avec le gouvernement du Front populaire et qui a continué sous Édouard Daladier, qui a été ministre de la Défense nationale de septembre 1939 jusqu'à la défaite."
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Le pari insensé des Allemands
Mais alors pourquoi cette défaite ? "C'est un échec du renseignement. Pendant trois jours, les troupes allemandes et les chars qui traversaient les Ardennes étaient vulnérables à des bombardements aériens français, mais les Français étaient obsédés par l'idée que la vraie attaque allait venir par la Belgique. Quand ils ont compris que ce n'était pas le cas, c'était trop tard", répond Julian Jackson.
L'historien estime par ailleurs que les Allemands "ont pris un risque" : "Ils savaient qu'à la longue, ils seraient plus faibles que les Français et les Anglais réunis pour une longue guerre. Ils ont fait le pari insensé de gagner une courte guerre, en sachant qu'ils étaient en fait dans un état d'infériorité, et cela a marché."
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La France décadente et défaitiste, vraiment ?
Beaucoup ont attribué le désastre à la "décadence" et au "défaitisme" qui régnaient en France à l'aube de la guerre. Mais l'historien conteste cette idée. "Je cite par exemple dans le livre un député britannique qui débarque à Paris en novembre 1939 pendant la "drôle de guerre" et qui voit ses homologues français. Il dit qu'ils sont beaucoup moins défaitistes que nous et beaucoup plus guerriers."
Là où dans "L'Étrange Défaite", l'historien français Marc Bloch – récemment panthéonisé – propose une critique sévère de la faillite morale et intellectuelle des élites françaises lors de la débâcle de juin 1940, Julian Jackson est plus mesuré. Pour lui, il s'agit essentiellement d'une défaite "de l'état-major". "Pour ce qui est de la société, Marc Bloch est lui-même la preuve que la France était intellectuellement vibrante. Il était le chef d'une nouvelle façon de faire l'Histoire et de la repenser."
Peut-on tirer aujourd'hui des leçons de ce passé ? Julian Jackson se veut optimiste alors que le climat général en France et dans le monde est marqué par des crises et une forte instabilité : "Il ne faut pas désespérer du présent. Il ne faut pas perdre espoir, même si les choses semblent être dans un état désespérant."
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Source: France 24 · Stéphanie ANTOINE
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