L’Asie en mouvement s’arrête aujourd’hui en Indonésie, plongée depuis des semaines dans un brouillard de fumées toxiques. Ce sont les conséquences de feux de forêt, les pires depuis 11 ans, amplifiés par le phénomène climatique El Niño. Près de 2 millions d’hectares sont partis en fumée sur les neuf premiers mois de l’année, selon Nusantara Atlas, qui suit les feux par satellite.
Les premières victimes sont les Indonésiens. Peut-être avez-vous vu ces images de villes plongées dans un épais brouillard. Sur l’île de Bornéo ou de Sumatra, on respire mal. Au 22 octobre, le ministère indonésien de la Santé recensait plus de 330 000 cas d’infections respiratoires aiguës dans sept provinces du pays. Les enfants, les femmes enceintes et les asthmatiques sont les plus exposés. Les conséquences sont aussi économiques. Des écoles ont fermé, des activités en plein air sont limitées et, pour les petits métiers, les revenus sont en baisse.
La jeunesse dans la rue
Face à cette crise, la jeunesse se mobilise. Mercredi 28 octobre, des milliers d'étudiants ont défilé à Jakarta et dans d’autres villes du pays. Leur signe de ralliement est le salut à trois doigts, en référence à la saga Hunger Games, repris par d’autres mouvements de jeunesse dans le monde.
Le comité organisateur s’appelle « Sadar », « conscient » en indonésien. Il dénonce la corruption, la vie chère et une dérive autoritaire du pouvoir. Il exige aussi que l’État décrète l’urgence nationale, afin de débloquer plus de moyens face aux incendies. Le gouvernement répond que des entreprises ont été poursuivies et que de l’aide a été envoyée aux provinces touchées. Le président Prabowo, au pouvoir depuis deux ans, est fragilisé. Sa cote de popularité est tombée à son plus bas niveau.
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Une fumée qui pollue aussi les relations avec les voisins
Ces fumées ne s’arrêtent pas aux frontières. La brume a gagné la Malaisie, jusqu’au Timor oriental. Samedi 24 octobre, scène assez surréaliste à Singapour : des joggeurs sont allés courir dans les allées d’un centre commercial. L’affaire pourrait faire sourire si elle n’avait pas des conséquences graves. La qualité de l’air dans la Cité-Etat a atteint ces dernières semaines son pire niveau depuis plus de dix ans.
Singapour hausse le ton. La cité-État a mis en cause plusieurs entreprises indonésiennes et demande des comptes à dix d'entre elles enregistrées sur son sol, dont le géant du papier APP. Mardi 27 octobre, après une rencontre des ministres des Affaires étrangères, les deux pays ont annoncé la création d'une cellule commune pour enquêter.
Que peuvent faire les autorités ?
À court terme, éteindre les incendies. Selon le gouvernement, plus de 70 000 personnes sont mobilisées, avec des avions et des hélicoptères déployés contre les feux de forêt. L’autre piste - dont l'efficacité est débattue par les scientifiques - est l’ensemencement des nuages pour faire tomber la pluie.
À plus long terme, les autorités doivent s’attaquer à la cause de ces incendies. Ces feux sont souvent allumés pour défricher des terres agricoles, sur des tourbières, des sols déjà asséchés que le phénomène El Niño rend encore plus inflammables.
Il faut donc que les poursuites contre les responsables aboutissent et, surtout, éviter que cela se reproduise. Après les feux de 2015, l’Indonésie avait déjà décrété un moratoire sur les aménagements de tourbières. Onze ans plus tard, l’Indonésie brûle de nouveau.
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Source: RFI · Nicolas Feldmann
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