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Publié le 31/10/2026 18:35 Mis à jour le 31/10/2026 18:39

Temps de lecture : 5min

Le commissaire aux droits de l'homme ukrainien, Dmytro Lubinets, aux côtés d'Ukrainiens évacués, le 31 octobre 2026 après leur arrivée en Ukraine libre, dans un endroit non divulgué. (GENYA SAVILOV / AFP)
Le commissaire aux droits de l'homme ukrainien, Dmytro Lubinets, aux côtés d'Ukrainiens évacués, le 31 octobre 2026 après leur arrivée en Ukraine libre, dans un endroit non divulgué. (GENYA SAVILOV / AFP)

Des habitants de la ville sous occupation russe sont arrivés en territoire ukrainien au prix d'un long périple. "On parle de plus d'une centaine de personnes, peut-être même plus de 200", selon un responsable militaire ukrainien.

Mission humanitaire accomplie ? Des habitants d'Olechky sont arrivés en Ukraine, samedi 31 octobre, après avoir été évacués dans le cadre d'une rare trêve entre Kiev et Moscou. Ils auront pour cela parcouru des milliers de kilomètres, dans le cadre d'une opération humanitaire conduite conjointement par Kiev et Moscou. Leur périple les a d'abord conduits à Anapa (Russie), sur les bords de la mer Noire, où ils ont embarqué à bord de quatre avions de transport militaires russes jusqu'à Gomel (Biélorussie). Ils ont ensuite pris place à bord de bus pour franchir le poste-frontière de Nova Guta, l'un des principaux points de passage entre la Biélorussie et l'Ukraine et atteindre un centre d'accueil dans la région de Tchernihiv.

Ce retour en Ukraine marque le point final d'une opération inédite depuis le début de la guerre, qui s'est déroulée en plusieurs temps. Mardi matin, tout d'abord, les deux armées ont honoré leurs engagements et fait taire les armes. En parallèle, le président finlandais Alexander Stubb et le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Store ont eu un rare entretien avec Vladimir Poutine, avant d'appeler Volodymyr Zelensky. L'étape suivante a consisté à déminer les axes de circulation entourant la localité, afin de permettre la livraison d'une aide humanitaire et les évacuations. Un militaire et un civil sont morts pendant cette phase de sécurisation, selon l'agence russe Interfax.

Une capture d'écran d'une vidéo diffusée le 29 octobre 2026 par le ministère de la Défense russe, présentant des opérations de déminage dans le secteur d'Olechky. (MINISTERE DE LA DEFENSE RUSSE)
Une capture d'écran d'une vidéo diffusée le 29 octobre 2026 par le ministère de la Défense russe, présentant des opérations de déminage dans le secteur d'Olechky. (MINISTERE DE LA DEFENSE RUSSE)

La ville d'Olechky retient l'attention internationale depuis plusieurs semaines, en raison de l'extrême isolement de ses habitants, dû à la fois au minage des routes et aux drones russes et ukrainiens parcourant le ciel sans relâche. La situation s'est encore aggravée les dernières semaines, ce qui a provoqué de graves pénuries en nourriture et en médicaments. Certains habitants ont raconté à l'AFP avoir été contraints de chasser et de manger des pigeons voire des chiens. La ville d'Olechky, par ailleurs, avait déjà été touchée par de graves inondations en 2023, après l'explosion d'un barrage.

Le pape Léon XIV s'était déjà entretenu avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky et le président russe Vladimir Poutine, afin de réclamer une trêve humanitaire à Olechky. Ces évacuations ont fait l'objet de longues négociations entre Kiev et Moscou, avec la médiation de Melania Trump. La Première dame américaine avait finalement annoncé un accord, vendredi dernier, confirmé par les deux belligérants.

Quelque 2 000 habitants – contre 24 000 avant l'invasion russe – se trouvaient toujours à Olechky avant l'opération humanitaire, selon des estimations de Kiev. Ksenia Arkhipova, une bénévole qui vivait auparavant à Oleshky, a déclaré à l'agence américaine Associated Press que de nombreux militaires russes se trouvaient dans la ville. "Ils inspectent actuellement les maisons vides et, dans certains cas, s'y installent", a-t-elle ajouté, évoquant des pressions "sur les habitants pour qu'ils évacuent vers la Russie plutôt que vers l'Ukraine".

Le nombre de personnes évacuées n'a pas été précisé à ce stade, ni par Moscou, ni par Kiev. "Selon nos premières estimations, on parle de plus d'une centaine de personnes, peut-être même plus de 200", a commenté Oleksandr Tolokonnikov, vice-gouverneur militaire de la région de Kherson, auprès de franceinfo.

"Même si nous n'avions sauvé qu'une seule personne de la faim et des occupants russes, c'est déjà un succès."

Oleksandr Tolokonnikov, vice-gouverneur militaire de la région de Kherson

à franceinfo

Les autorités des deux pays ont par ailleurs annoncé que certains habitants souhaitaient rester dans la ville, même après la fin de la trêve et la reprise attendue des combats. Au total, onze bus ont quitté Olechky en vue d'un rapatriement vers l'Ukraine et quatre sont partis en direction de la Russie, selon un reporter de la chaîne conservatrice américaine Newsmax, qui a obtenu l'autorisation de se rendre sur place.

"Plus de 50 journalistes étrangers étaient présents", a assuré Yana Lantratova, commissaires aux droits de l'homme russe, citée par l'agence Tass. La chaîne ukrainienne TSN a notamment pu suivre son homologue ukrainien Dmytro Lubinets. Plusieurs médias ukrainiens, comme le site indépendant Mezha, ont toutefois accusé Moscou "d'instrumentaliser le sauvetage de civils pour mieux justifier l'occupation" des territoires ukrainiens.

"La Russie exploite cette opération humanitaire comme une opportunité de propagande. Moscou veut s'ériger en sauveteur d'une ville qu'elle occupe."

Shelby Wilder, reporter pour la chaîne américaine Newsmax

sur X

Les commissaires aux droits de l'homme russe et ukrainien, Yara Lantratova et Dmytro Lubinets, ont donné plusieurs conférences de presse conjointe à Olechky. Une image très rare de responsables des deux pays côte à côte depuis le début de la guerre.

.Les commissaires aux droits de l'homme russe et ukrainien, Yara Lantratova et Dmytro Lubinets, lors d'une conférence de presse conjointe à Olechky, en territoire ukrainien occupé, le 30 octobre 2026. (BUREAU DU COMMISSAIRE AUX DROITS DE L'
.Les commissaires aux droits de l'homme russe et ukrainien, Yara Lantratova et Dmytro Lubinets, lors d'une conférence de presse conjointe à Olechky, en territoire ukrainien occupé, le 30 octobre 2026. (BUREAU DU COMMISSAIRE AUX DROITS DE L'HOMME UKRAINIEN / AFP)

"On ne peut même pas imaginer à quel point ces négociations ont été difficiles", a commenté Dmytro Lubinets sur X, en réponse aux voix critiquant sa présence en territoire occupé, avant de donner lundi une conférence de presse pour présenter le bilan de cette opération. "Les médias russes ont interrogé des personnes qui disaient que tout allait bien et que le seul problème était le danger", réagit Oleksandr Tolokonnikov. "Mais nous avons des témoignages de personnes sur la situation réelle, et c'est pour cela que l'Ukraine avait livré plus de dix tonnes de nourriture à l'aide de drones" avant le cessez-le-feu.

Les précédentes – et très courtes – trêves prononcées entre l'Ukraine et la Russie jusqu'à présent, par exemple lors de la Pâque orthodoxe, avaient donné lieu de multiples violations sur le front dénoncées par les deux camps. Le parlementaire Davyd Arakhamia, membre de la délégation ukrainienne à Olechky, a donc qualifié ce cessez-le-feu de "plus importante désescalade" depuis le début de la guerre, il y a plus de quatre ans.

La trêve a également offert un répit temporaire aux habitants de la grande ville de Kherson, située sur l'autre rive du Dniepr, en territoire libre. Certains habitants, d'ailleurs, ont mis à profit cette accalmie pour constater l'état de leurs habitations dans la "killzone" proche du fleuve. Il reste, malgré tout, difficile de jauger l'importance de cette opération inédite. Les autorités de Kherson ont demandé aux habitants de ne pas se rendre dans les secteurs les plus exposés, même pendant la trêve.

"A partir de lundi, nous nous attendons à une intensification des attaques de la Russie sur Kherson", ajoute Oleksandr Tolokonnikov, qui accuse Moscou d'avoir renforcé sa logistique et acheminé des armes, des munitions et des drones pendant la trêve.

"La situation pourrait devenir pire encore qu'avant le début du cessez-le-feu."

Oleksandr Tolokonnikov, vice-gouverneur militaire de la région de Kherson

à franceinfo

Si l'évacuation d'Olechky fait figure de test réussi, enfin, aucune autre évacuation similaire n'a encore été annoncée ailleurs sur le front. Et le conflit, sur le terrain, paraît totalement enlisé.

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Source: Franceinfo · franceinfo

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