Le président finlandais et le Premier ministre norvégien ont appelé Vladimir Poutine, mardi 27 octobre. Un échange d’une heure et demie avec le président russe pour tenter de renouer un dialogue. Avec bien sûr la guerre en Ukraine en toile de fond. Un coup de fil qui marque une évolution notable de la position européenne.
C’est une démarche en opposition avec la politique de l’Union européenne depuis 2022. Le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie a déclenché une politique d’isolement de Moscou. Pour les Européens, ce qui est en jeu dans cette guerre, c'est l’avenir de l’Ukraine mais aussi l’architecture sécuritaire du continent. Et ils estiment être visés par l’offensive russe.
Si la Norvège ne fait pas partie de l’Union européenne, la Finlande est bien l'un des États membres du bloc. Et les deux pays font partie de l’Otan, l’alliance militaire occidentale. Ils sont tous deux des soutiens forts de l’Ukraine. Mais c’est précisément le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui aurait sollicité cet appel : il était à Oslo la semaine dernière pour rencontrer les émissaires des États-Unis. Le communiqué de la présidence finlandaise précise toutefois que la démarche a été menée au nom de leurs pays, qu’ils n’ont pas été mandatés par les autres pays européens. Mais il y a bien eu concertation avec Kiev et un certain nombre de capitales européennes.
Division européenne
Malgré ce soutien, la démarche des deux pays nordiques a été diversement appréciée sur le continent européen. La Première ministre du Danemark a été très critique. Le ministre lituanien des Affaires étrangères a aussi dénoncé la démarche. Et la Suède a également exprimé son scepticisme.
La question des contacts avec Moscou fait débat au sein de l’Union européenne depuis de nombreux mois. Emmanuel Macron, le président français, et Giorgia Meloni, la cheffe du gouvernement italien, ont appelé à rétablir le contact. Emmanuel Bonne, le conseiller diplomatique de l’Élysée, s’est même rendu à Moscou en février. Et en juillet 2025, Emmanuel Macron avait appelé Vladimir Poutine.
Mais un bloc composé de l’Allemagne, de la Suède, la Pologne, du Danemark et des pays baltes s’est opposé à un dialogue, considérant les demandes de Moscou aussi maximalistes qu’au premier jour de la guerre. Les positions évoluent mais l’idée ne fait toujours pas l’unanimité.
Interlocuteurs acceptables
Après quatre ans et demi de guerre, une conviction gagne les chancelleries européennes : l’issue ne se fera que par la diplomatie. La reprise du dialogue avec Moscou est donc inévitable. Mais cette évolution se fait aussi sous la pression de Washington. Donald Trump s’est rapproché de la Russie et il entend accélérer l’issue de la guerre. Il fait pression sur le président ukrainien Volodymyr Zelensky, allège les sanctions contre la Russie. Et de nouvelles négociations trilatérales entre l’Ukraine, la Russie et les États-Unis doivent avoir lieu en novembre aux Émirats arabes unis. Pour les Européens comme pour l’Ukraine, le temps joue en leur défaveur. Et ils veulent porter eux-mêmes leur voix dans les négociations. Ils cherchent donc à s’immiscer dans les échanges entre Washington et Moscou.
Pour y parvenir, les Européens doivent trouver des interlocuteurs acceptables par Moscou. Les initiatives françaises n’ont produit aucun résultat et Vladimir Poutine ne veut pas parler aux représentants de l’Union européenne, comme la cheffe de la diplomatie Kaja Kallas. Les dirigeants finlandais et norvégiens, eux, ont plus de facilités à tisser le dialogue avec Moscou. Les deux pays ont une frontière avec la Russie, et donc un intérêt direct à une relation pacifiée avec leur voisin. La Norvège a une tradition diplomatique d’intermédiaire ; c’est elle qui avait réussi à parvenir à un premier accord entre Israéliens et Palestiniens en 1993.
Mais cet échange téléphonique demeure un premier contact. Il avait pour seul but d’établir une ligne de communication. L’échange n’a pas donné de résultat concret. Le seul indicateur du succès de la démarche est la durée de l’échange : une et demie. C’est long et donc vu comme un signal positif. Comme le fait que Vladimir Poutine accepte le dialogue. Mais reste la question la plus fondamentale : est-il prêt à un compromis ?
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Source: RFI · Guilhem Delteil
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