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Interdit de parution après-guerre pour compromission de son auteur avec le nazisme, le chef-d’œuvre de l’écrivain autrichien, paru en 1951, est pour la première fois traduit en français.

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Le « Strudlhofstiege » de Vienne, dans les années 1960.

« L’Escalier du Strudlhof ou Melzer et la profondeur des années » (Die Strudlhofstiege oder Melzer und die Tiefe der Jahre), de Heimito von Doderer, traduit de l’allemand (Autriche) et préfacé par Pierre Deshusses, Plon, « Feux croisés », 736 p., 27 €, numérique 19 €.

C’est un monument de 700 pages, qui compte parmi les grands romans viennois du XXe siècle, au même titre que L’Homme sans qualités, de Robert Musil (1930-1932), ou La Marche de Radetzky, de Joseph Roth (1932). Dès sa parution en 1951, L’Escalier du Strudlhof, de l’écrivain autrichien Heimito von Doderer (1896-1966), s’est imposé comme un chef-d’œuvre. La première traduction française, aux éditions Plon, de ce roman-monde est donc un événement. Rédigée dans les décombres encore fumants du nazisme, dans une langue à la beauté intacte épousant le tracé sinueux d’un escalier Art nouveau, cette plongée dans la Vienne aisée et nonchalante des années 1920 distille un troublant parfum de recherche du temps perdu à l’autrichienne.

Issu d’une grande famille aristocratique, Franz Carl Heimito Ritter von Doderer naît dans les fastes de la Vienne de la Belle Epoque, bercé par les délicats tintements de tasses de thé et de notes de piano. Il a une quinzaine d’années quand est inaugurée, en 1910, dans le 9e arrondissement de la capitale autrichienne, la Strudlhofstiege, ce double escalier de pierre aux courbes symétriques, orné de rampes et de lampes métalliques aux motifs floraux, et planté en son sein de buissons de lierre et de fleurs. C’est cet écrin en pente raide qui va devenir le cœur de son roman, et sous sa plume se transformer en un lieu mythique de l’âme viennoise : « Ici il convenait de monter à pas lents ou de se confier à la descente, loin de ces échelles de meunier prises à toute vitesse dans les deux sens à la poursuite effrénée d’objectifs dépourvus de toute tenue. »

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Source: Le Monde · Christine Lecerf

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