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Publié le 26/10/2026 05:47
Temps de lecture : 9min
Les électeurs israéliens sont appelés à élire leurs députés, mardi. Affaibli dans les sondages, le Likoud du Premier ministre sortant, Benyamin Nétanyahou, est au coude-à-coude avec son principal rival, le parti d'opposition Yashar, mené par l'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot.
Benyamin Nétanyahou va-t-il être reconduit à la tête du gouvernement israélien ? Pour la première fois depuis les attaques terroristes du 7 octobre 2023, les plus meurtrières jamais perpétrées sur leur sol, les électeurs israéliens sont appelés à choisir leurs députés, mardi 27 octobre. Depuis quatre ans, le Premier ministre sortant a réussi à se maintenir au pouvoir grâce à une coalition avec les partis d'extrême droite. Et à 77 ans, il reste dans la course face à une opposition rassemblée pour le faire tomber.
Franceinfo vous aide à saisir les enjeux de ces élections législatives cruciales, alors que l'Etat hébreu a riposté depuis trois ans aux attentats du 7-Octobre en lançant une guerre qui a ravagé la bande de Gaza, avant d'occuper une partie du Liban et de bombarder l'Iran avec l'aide des Etats-Unis.
Comment fonctionne le système électoral israélien ?
En Israël, les élections législatives se tiennent tous les quatre ans. Les 120 députés qui composent la Knesset (le "Parlement" en hébreu) sont élus à la proportionnelle : les sièges sont attribués en fonction du nombre de voix obtenues. Pour y entrer, une liste doit obtenir au minimum 3,25% des suffrages exprimés, un seuil d'éligibilité particulièrement bas. Ce mode de scrutin favorise la multiplication des partis (38 sont en lice, selon la Commission centrale électorale israélienne) et réduit les chances pour une liste d'obtenir la majorité absolue (au moins 61 sièges).
En 2022, la liste du Likoud portée par Benyamin Nétanyahou était arrivée en tête, mais n'avait raflé que 32 sièges. Pour gouverner, il s'est rapproché des suprémacistes et des ultra-orthodoxes pour atteindre 64 sièges. Les jeux d'alliances sont donc essentiels malgré l'instabilité politique induite. Entre 2019 et 2022, le pays, englué dans une crise politique, a ainsi connu cinq gouvernements différents.
Une fois la Knesset élue, Isaac Herzog, le chef de l'Etat, propose à l'un des députés de former un gouvernement. Le député dispose de 28 jours pour bâtir une coalition majoritaire. En cas d'échec, un délai supplémentaire peut lui être accordé avant que le président ne se tourne vers un autre député pour remplir la mission. Le gouvernement doit ensuite obtenir la confiance de la Knesset par un vote d'investiture. Si ces tentatives échouent, le Parlement israélien est dissout et de nouvelles élections sont organisées dans les 90 jours. Les élections du 27 octobre ne sont donc que le début d'un processus électoral plus large.
Qui a le plus de chances de l'emporter ?
Aujourd'hui, aucun des 38 partis candidats n'est capable à lui seul d'obtenir la majorité des 61 sièges sur les 120 de la Knesset. "Ça va être très serré", prédit Sylvaine Bulle, sociologue et autrice de l'ouvrage Israël après le 7-Octobre. Le Likoud, le parti historique de la droite israélienne mené par Benyamin Nétanyahou, est au coude-à-coude avec son principal rival, le parti d'opposition centriste Yashar, conduit par Gadi Eisenkot. Ancien chef d'état-major de 2015 à 2019, il s'est notamment opposé à la gestion de la guerre dans la bande de Gaza, où il a perdu son fils et deux neveux.
L'agrégateur d'enquêtes d'opinion du journal israélien Haaretz crédite le Likoud de 21 sièges, contre 24 pour Yashar. Pour espérer atteindre 61 sièges, le Premier ministre sortant compte sur ses alliés, les ultra-orthodoxes et l'extrême droite, dont le parti Otzma Yehudit mené par l'actuel ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir.
De son côté, Gadi Eisenkot s'est allié à d'autres partis d'opposition, de la gauche à la droite nationaliste. "On est encore dans un scrutin pour ou contre Benyamin Nétanyahou", résume Thomas Vescovi, doctorant en études et sciences politiques à l'université libre de Bruxelles et à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).
Toutefois, les sondages sont à prendre avec prudence. "N'importe qui peut publier à peu près ce qu'il veut et appeler cela un sondage", juge Gal Ariely, professeur de sciences politiques et de gouvernement à l'université Ben-Gourion. Il dénonce auprès du média Times of Israel un "domaine assez peu réglementé" en Israël.
Quelle place occupe la question palestinienne dans le scrutin ?
En Israël, le traumatisme des attentats du 7-Octobre, qui ont fait plus de 1 200 morts, reste omniprésent. En représailles et depuis trois ans, le gouvernement sortant de Benyamin Nétanyahou a mené une guerre tous azimuts, réduisant la bande de Gaza à un champ de ruines et y faisant plus de 74 000 morts, selon le ministère de la Santé du territoire palestinien contrôlé par le Hamas et dont les chiffres sont jugés fiables par l'ONU. Le gouvernement israélien a également frappé le Liban pour y combattre le Hezbollah et occupé une partie du pays, et bombardé l'Iran avec l'aide des Etats-Unis. Les alliés de Benyamin Nétanyahou militent pour l'expulsion des Palestiniens de Gaza.
Le gouvernement sortant a aussi accéléré la colonisation de la Cisjordanie occupée, où les attaques de colons contre des Palestiniens ont explosé. En 2025, la progression de la colonisation israélienne a atteint "son niveau le plus élevé" depuis 2017, selon l'ONU. "Toutes les colonies israéliennes sont dépourvues de toute validité juridique", accuse l'organisation. "Si Benyamin Nétanyahou se maintient au pouvoir, l'accélération du processus colonial se poursuivra", estime Thomas Vescovi.
Au cours de la campagne électorale, le principal rival de Benyamin Nétanyahou, Gadi Eisenkot, a affirmé qu'"il n'y aura pas d'Etat palestinien" sous son gouvernement. L'opposant a également confirmé être "fermement convaincu de la nécessité d'une colonisation" en Cisjordanie occupée, tout en qualifiant de "terrorisme" et de "violence criminelle" les crimes des colons.
Lors d'une récente conférence de presse, il a également promis de mettre fin au Hamas dans la bande de Gaza en 18 mois, soit en appliquant le plan américain de Donald Trump, soit au moyen d'"opérations militaires". La solution à deux Etats israélien et palestinien cohabitant en paix est "invisibilisée", estime la sociologue Sylvaine Bulle. C'est comme si elle n'existait plus, même chez les Israéliens eux-mêmes".
Sur quels thèmes les principaux candidats font-ils campagne ?
Les Israéliens juifs et arabes orienteront leur vote en fonction des promesses en matière de coût de la vie et de sécurité, selon un sondage de l'Institut israélien de la démocratie (IDI) publié en septembre. Les questions houleuses de l'exemption du service militaire pour les jeunes hommes ultra-orthodoxes et celle de la réforme judiciaire sont, elles, jugées secondaires. Pourtant, ce sont sur ces dernières que les candidats font campagne pour se démarquer.
Pour convaincre, "Benyamin Nétanyahou se concentre sur les menaces perçues contre la sécurité nationale", analysent les chercheurs Yonatan Levi et Shai Agmon auprès de Haaretz. Ils qualifient la méthode du Premier ministre sortant de "populisme sécuritaire". "C'est la survie d'Israël, la garantie de l'éternité d'Israël : voilà ce qui se joue dans cette élection", a-t-il ainsi martelé. Gadi Eisenkot, lui, se veut le défenseur d'une commission d'enquête d'Etat pour définir les responsabilités dans les défaillances qui ont entraîné l'attaque du Hamas. En matière de sécurité, il plaide pour une armée renforcée et la consolidation des frontières.
Les deux blocs se distinguent sur l'exemption du service militaire pour les étudiants de la Torah et du Talmud qui "affaiblit la sécurité du pays alors qu'ils représentent un quart des hommes de 18 ans", analyse Yohanan Plesner, président de l'IDI, auprès du Times of Israël. Bien que l'armée réclame des soldats dans la bande de Gaza, au Liban ou en Syrie, Benyamin Nétanyahou défend les religieux pour s'assurer leur soutien essentiel à son maintien au pouvoir. L'opposition, elle, réclame leur enrôlement.
"Le futur de la démocratie israélienne" est également en jeu, estime Yohanan Plesner. Le gouvernement Nétanyahou porte une réforme judiciaire qui vise à renforcer le pouvoir de l'exécutif et restreindre celui des magistrats, quand le leader centriste s'y oppose fermement. En 2023, les Israéliens s'étaient rassemblés par centaines de milliers pendant plusieurs semaines pour lutter contre ce projet de réforme.
Benyamin Nétanyahou peut-il sortir vainqueur ?
Benyamin Nétanyahou a été fragilisé par différentes affaires. Le Premier ministre sortant est notamment accusé ces dernières semaines d'avoir ignoré les alertes concernant les attaques du Hamas en octobre 2023, ce qu'il a démenti, imputant le fiasco aux services de sécurité. Benyamin Nétanyahou est également toujours sous la menace d'un procès pour corruption. Malgré tout, "il ne sera pas nécessairement évincé. Son électorat lui est loyal" estime Sylvaine Bulle.
De son côté, Donald Trump lui a exprimé son "soutien plein et entier", un atout de taille pour le dirigeant israélien, alors qu'il lui est reproché d'avoir isolé le pays sur la scène internationale. La coalition sortante peut également compter sur la jeunesse et ses 500 000 primo-votants. "Les partis religieux captent les jeunes parce qu'ils ont su faire un travail dans les quartiers alors qu'Israël est un pays pauvre", analyse Sylvaine Bulle.
En revanche, "certains pro-Nétanyahou pourraient faire défection parce que l'offre d'alternatives existe, juge le chercheur Thomas Vescovi. Il serait simpliste de voir deux blocs radicalement opposés. Certains opposants, comme Gadi Eisenkot, pourraient accepter un gouvernement avec Nétanyahou, mais sans l'extrême droite si aucune majorité ne se dégage".
Pour attirer les indécis, la coalition sortante mène "une véritable bataille de narratifs. Les alliés de Nétanyahou sont vent debout pour dénoncer une justice aux ordres de l'opposition qui voudrait influencer les élections", estime le doctorant.
La minorité arabe dans le pays peut-elle espérer une représentation ?
Deux formations politiques arabes sont dans la course : la Liste arabe unifiée et la Liste commune. En septembre, la Commission centrale électorale israélienne (CCE) les avait disqualifiées, avant que la Cour suprême ne casse la décision. Mais ces listes se heurtent au refus d'une large partie de l'opposition de faire alliance avec un parti arabe.
Dans une interview accordée à Haaretz fin septembre, Gadi Eisenkot a estimé qu'aucune des listes arabes ne respectait les conditions pour gouverner à ses côtés, alors que les sondages suggèrent qu'elles sont essentielles pour que le bloc anti-Nétanyahou atteigne la majorité à la Knesset. Le leader centriste appelle donc les électeurs arabes à voter pour son camp. De son côté, le Premier ministre sortant a déclaré "déployer environ 2 000 observateurs électoraux dans les bureaux de vote des communautés arabes" pour éviter de potentielles fraudes électorales après celles constatées, selon lui, aux élections de 2022. La CCE rejette ces allégations.
L'électorat arabe pèse lourd. Il représente 20,9% de la population du pays, selon l'IDI, et 53,2% d'entre eux ont voté en 2022, selon The Institute for National Security Studies, un groupe de réflexion spécialisé dans la sécurité.
Je n'ai pas tout lu, pouvez-vous me faire un résumé ?
Les Israéliens vont élire leurs députés au cours d'élections législatives cruciales pour l'avenir du pays, mardi 27 octobre, les premières depuis les attaques terroristes du 7-Octobre. En représailles à ces attentats, le gouvernement de Benyamin Nétanyahou a engagé depuis trois ans Israël sur différents fronts, dans la bande de Gaza, au Liban et en Iran. Ce faisant, il a isolé son pays sur la scène internationale. Les deux listes principales, le Likoud du Premier ministre sortant et le parti centriste Yashar de l'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot, sont au coude-à-coude dans les sondages. Pour l'emporter, ils misent notamment sur le thème de la sécurité.
Pour se maintenir, Benyamin Nétanyahou mise sur ses alliés d'extrême droite et ultra-orthodoxes, qui composent son actuelle coalition gouvernementale. De son côté, Gadi Eisenkot s'est rapproché des partis de la gauche et de la droite nationaliste. La population arabe d'Israël, elle, peine à trouver une représentation politique alors que la coalition et l'opposition ont affirmé leur refus de gouverner avec un parti arabe. Si le scrutin est aussi serré que l'annoncent les sondages, la formation d'un gouvernement pourrait prendre des semaines, voire des mois.
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Source: Franceinfo · Léa Sourribes
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