Alors que 115 skippeurs prendront le départ de la Route du Rhum, dimanche, la préparation de plusieurs d'entre eux a été ralentie, voire arrêtée, par le manque de sponsors.

France Télévisions - Rédaction Sport

Publié le 02/11/2026 06:15

Temps de lecture : 5min

Le skipper français Maxime Sorel navigue à bord de son Imoca, lors d'une séance d'entraînement en vue de la Route du Rhum, au large de Concarneau (Bretagne), le 14 septembre 2026. (LOIC VENANCE / AFP)
Le skipper français Maxime Sorel navigue à bord de son Imoca, lors d'une séance d'entraînement en vue de la Route du Rhum, au large de Concarneau (Bretagne), le 14 septembre 2026. (LOIC VENANCE / AFP)

L'édition 2026 de la Route du Rhum s'est élancée, dimanche 1er novembre, sans le tenant du titre dans la classe Imoca. Faute de sponsors, Thomas Ruyant a en effet dû renoncer à prendre le départ, tandis que d'autres skippeurs phares, comme Maxime Sorel et Armel Tripon, ont peiné à boucler leur budget avant le jour-J. "On a essayé de vendre, mais certainement un peu tard, le projet uniquement basé sur la Route du Rhum [sans englober le Vendée Globe], pour tester. Il y a eu beaucoup d'intérêt. Malheureusement, je ne suis pas prêt à y aller coûte que coûte, c'est-à-dire que j'ai envie de livrer un beau projet", a expliqué à franceinfo: sport Thomas Ruyant, qui s'attend à des prochains mois compliqués économiquement.

De là à dire que le monde de la voile traverse une tempête économique ? "Je serais peut-être moins catégorique, nuance Guillaume Gouze, consultant au pôle études économiques au Centre de droit et d’économie du sport (CDES). De gros sponsors reconduisent leur partenariat, ce qui prouve bien que le milieu est attractif et qu'ils s'y retrouvent en termes de notoriété, d'image et de retour sur investissement." Toutefois, "il y a bien un mouvement général de ralentissement du sponsoring dans le sport", poursuit ce spécialiste. Les partenaires du sport vivent dans le même monde que nous, qui est fait actuellement d'incertitudes et de hausses de coûts."

Le consultant économique au CDES soulève aussi le frein "du ticket d'entrée relativement élevé" dans la voile, qui peut faire hésiter certains sponsors. "S'il y a quelques années le montant global s'élevait entre 2,5, et 4 millions, nous sommes à présent à 10 millions d'euros, parce que le design et les matières premières coûtent plus chers, comme les assurances qui représentent 9-10% du prix de construction d'un bateau", détaille-t-il.

"A titre de comparaison, 10 millions d'euros équivaut au sponsoring maillot d'une belle équipe de Ligue 1."

Guillaume Gouze, consultant économique au CDES

à franceinfo: sport

Un phénomène d'autant plus exacerbé dans la voile où le modèle économique est exclusivement lié à un sponsor titre, sans revenus associés annexes comme les droits TV ou la billetterie. "À cela s'ajoute encore un attentisme dû aux prochaines élections présidentielles, qui créé de l'incertitude, analyse Armel Tripon, dont le projet avec l'association Les Petits Doudous est porté par du mécénat. Et concernant notre sport, poursuit-il, la voile a un retour sur investissement moins facilement calculable qu'un affichage sur un maillot de foot par exemple, car il y a des paramètres aléatoires, comme une possible casse sur le bateau ou une météo compliquée. Il y a une part de risque pris par les entreprises."

Surtout, le sponsoring sportif répond à des cycles, généralement de trois ou quatre ans dans la voile, calqués sur les deux plus grands évènements du secteur qui lèvent les budgets : le Vendée Globe et la Route du Rhum. "On ressent un petit creux dans la classe Imoca, constate à son tour Charles Caudrelier (Maxi Edmond de Rothschild), le tenant du titre chez les Ultim. Il y a eu une espèce de bulle spéculative dernièrement, avec des skippeurs qui ont acheté des bateaux assez chers et qui aujourd'hui n'arrivent plus à les revendre. À l’inverse, le Ultim, la classe reine avec les plus gros budgets, se portent bien et voient même de nouveaux arrivants."

"Notre sport est fait sur des cycles assez longs. Et aujourd'hui, on sent que les entreprises ont du mal à se projeter pour s'engager sur trois ou quatre ans."

Thomas Ruyant, vainqueur de la Route du Rhum en Imoca en 2022

à franceinfo: sport

La course au large a d'ailleurs connu un succès historique lors de la crise sanitaire du Covid, avec le Vendée Globe 2020, étant le seul événement sportif maintenu. "Cela a mis un coup de projecteur sur la course au large, et cela a continué sur le Vendée Globe 2024 où on a construit beaucoup de bateaux et où l'on a vu l'arrivée de nouveaux sponsors", analyse Alexia Barrier (Idec Sport), première femme à participer à la Route du Rhum dans la catégorie Ultim.

"Il est vrai que les années 2021-2024 ont été des années d'euphorie économique post-Covid, et on l'a retrouvé dans tous les grands événements, combiné à la perspective des Jeux de Paris 2024, confirme Joseph Bizard, directeur général du groupe OC Sport, organisateur de l'événement. Quand on regarde la tendance de fond, on constate que la Route du Rhum, qui est le maître étalon de notre sport puisqu'elle réunit toutes les classes, est en croissance continue en termes de volume, retombée et rayonnement." D'ailleurs, un mois avant le départ, les retombées étaient déjà de l'ordre "de 15 à 20 % de plus qu'en 2022", se félicite Joseph Bizard.

Mais aujourd'hui, "nous sommes dans une période de rationalisation avec une baisse d'activité après avoir atteint un pic. Cela ne veut pas pour autant dire que la voile se porte mal. Dans ce contexte économique difficile, les gens ont besoin de rêver à travers de grandes aventures pour sortir de ce quotidien morose, et nous avons toujours de belles histoires à raconter", prêche Alexia Barrier.

La skippeuse Alexia Barrier navigue à bord de son multicoque Ultim, Idec Sport, lors d'une séance d'entraînement au large de Brest (Bretagne), le 7 septembre 2026. (LOIC VENANCE / AFP)
La skippeuse Alexia Barrier navigue à bord de son multicoque Ultim, Idec Sport, lors d'une séance d'entraînement au large de Brest (Bretagne), le 7 septembre 2026. (LOIC VENANCE / AFP)

Après le cycle vertueux des Vendée Globe 2020 et 2024, Maxime Sorel (Vaincre la Mucoviscidose) pensait surfer sur cet engouement pour repartir sur un nouveau cycle, qui l'emmènerait jusqu'au prochain Vendée Globe 2028. "Mais en 2025, avec tout ce qu'il s'est passé au niveau géopolitique puis à l'échelle nationale, beaucoup d'entreprises ont freiné à s'engager. Et on a vu les premières difficultés arriver", admet-il.

"On est arrivé à mi-2026 avec un choix stratégique à faire : soit on arrêtait le projet, soit on prenait le risque de mettre le bateau à l'eau pour tenter de créer une dynamique et de trouver des partenaires pour la Route du Rhum, avant d'envisager l'objectif majeur pour nous, qui est le Vendée Globe."

Maxime Sorel, skippeur de l'Imoca Vaincre la Mucoviscidose

à franceinfo: sport

À la peine pour trouver les fonds nécessaires à ce nouveau cycle, Maxime Sorel s'est alors réinventé pour maintenir son équipe à flot, et s'est finalement tourné vers le financement participatif pour lancer son projet bouclé à quelques jours du départ. "Nous sommes dans le creux de la vague, et je ne sais pas à quel point elle est creuse. Je suis dans le milieu depuis douze ans et je n'ai jamais connu ça. Je suis assez surpris de voir que, soit les entreprises ne peuvent pas s'engager, soit n'osent pas parce que l'horizon n'est pas assez clair", estime le skippeur qui a toujours œuvré pour avoir un "projet à taille humaine, en maîtrisant les coûts sans oublier la performance".

Se réinventer est-il un passage obligé pour continuer à vivre de son sport ? "Le sponsoring sportif est un narratif, une histoire à raconter et, parfois, 50% de la valeur d'un sportif se passe en dehors du terrain, sur ce qu'il raconte ou véhicule, pointe Guillaume Gouze du CDES. David Beckham n'a jamais gagné le Ballon d'or, il n'a même été qu'une seule fois sur le podium durant sa carrière et rarement dans le Top 10. Malgré tout, plus de dix ans après la fin de sa carrière, c'est encore celui qui capitalise le plus sur son image."

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Source: Franceinfo · Apolline Merle

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