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Clara Dupré

Propos recueillis par Marion Pépin

Publié aujourd’hui à 05h00

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TémoignagesMessages, photos, notes… Nos smartphones conservent des années de vie privée susceptibles de tomber entre les mains de nos proches après notre mort. Pour éviter les découvertes embarrassantes, certains font du tri dans leurs traces numériques.

Anna a fait promettre une chose à son compagnon : si elle meurt, il devra ouvrir son téléphone et supprimer une note bien précise. Sans la lire. A 29 ans seulement, cette jeune professeure d’anglais reconnaît être « un peu parano » et penser régulièrement à l’éventualité d’un accident. Le déclic vient de la mort de son père : sa famille a alors eu accès à ses messages, photos et appels. « Je me suis dit : “En fait, la vie privée n’existe plus une fois qu’on est mort.” »

Elle a alors imaginé ses proches fouillant son téléphone. Dans ses notes, ces petits fichiers texte qui lui servent de journal intime, elle parle de ses proches « pas toujours très gentiment » et conserve quelques traces d’infidélités passées. « A quoi bon que mes proches découvrent ça quand je ne serai plus là ? Ça pourrait juste faire du mal. » Elle a donc regroupé les éléments les plus sensibles dans une même note, que son compagnon devra supprimer. « Evidemment, tout repose sur le fait qu’il tienne sa promesse et ne la lise pas », concède-t-elle.

Comme elle, certains regardent leur smartphone comme un objet personnel, mais aussi comme une archive susceptible de leur survivre. Des années d’intimité concentrées dans ce si petit objet.

A 78 ans, René a lui aussi anticipé. « J’ai fait du tri dans mon appartement. Je me devais de le faire dans mon téléphone », explique cet homme « très pudique ». Rien de scandaleux à effacer : quelques photos, des traces « complètement banales » de son quotidien. Mais, pour lui, la mort ne doit pas rendre son intimité accessible à tous. « Je ne fouille pas dans les affaires de mes enfants, pourquoi devraient-ils fouiller dans les miennes quand je serai mort ? Ce n’est pas parce que je ne suis plus là que ma vie doit devenir publique. »

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Source: Le Monde · Marion Pépin

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