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Par Oscar Korbosli
Publié aujourd’hui à 16h00, modifié à 19h21Article réservé aux abonnés
RencontreIls ont grandi, en France ou en Suisse, dans des groupes où la vie familiale, les relations et les choix personnels étaient soumis à des règles de communauté strictes. Une fois sortis de cet environnement, ces enfants devenus adultes doivent apprendre à se construire avec des repères différents de ce qu’ils ont connu.
Quand Eva Dos Reis repense à son enfance, elle se souvient d’un quotidien très cadré : deux réunions par semaine à la Salle du Royaume, la prédication le week-end, des études bibliques à la maison. Elle ne fêtait ni Noël ni son anniversaire et ne pouvait pas avoir d’amis en dehors des Témoins de Jéhovah. « Quand j’étais petite, pour moi, tout le monde vivait comme ça », raconte au Monde la jeune femme de 27 ans, l’une des personnes ayant accepté de témoigner sur son enfance au sein d’une communauté religieuse.
Son père est un « ancien » de la congrégation de Mulhouse (Haut-Rhin), chargé notamment d’enseigner et d’encadrer les fidèles. Eva adhère longtemps à ce mode de vie. « Comme je n’avais pas d’autre choix, je me suis dit que j’allais m’investir à fond. » Elle envisage même de devenir missionnaire en Afrique. A 19 ans, elle est excommuniée après être tombée amoureuse d’une jeune femme de la communauté.
Eva perd sa famille, ses amis et son logement, puis quitte Mulhouse. Elle change de style vestimentaire, de coiffure, se fait tatouer et percer les oreilles. Après plusieurs formations abandonnées, elle met de l’argent de côté et part au Vietnam. « Je suis complètement perdue. Je ne sais pas qui je suis réellement, car j’ai plein de choses à rattraper », raconte-t-elle.
Un climat « totalitaire »
Son témoignage ressemble à celui de nombreux anciens membres de communautés, religieuses ou non, qui découvrent à l’âge adulte qu’ils n’ont pas connu la même enfance que la plupart des gens. Ils ont grandi dans un univers régi par des règles strictes. Le phénomène reste difficile à mesurer. En France, ces groupes sont parfois désignés par le mot-valise de « secte », qui ne correspond à aucune catégorie juridique, explique Nathalie Luca, directrice de recherche au CNRS et autrice de Les Sectes (Que sais-je ? PUF, 2022). « L’emprise peut être partout, dans toutes les religions », rappelle-t-elle. Elle apparaît lorsqu’un enfant n’est pas autorisé à découvrir d’autres façons de penser. La chercheuse parle alors d’un climat « totalitaire ».
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Source: Le Monde · Oscar Korbosli
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