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Par Elisabeth Pineau
Publié aujourd’hui à 05h30Article réservé aux abonnés
EnquêteDe jeunes actifs, dont la profession a été vidée de son sens par l’intelligence artificielle générative, décident de se reconvertir dans des secteurs préservés.
Dans la chaleur beurrée d’une pâtisserie de Puteaux (Hauts-de-Seine), en cette matinée de septembre, Apolline Jude, 24 ans, soigne son pochage saint-honoré sur les tartelettes citron-basilic. Une affaire de coup de main, de patience, qu’aucune machine à la froideur mécanique ne saurait égaler. Les croissants naissent chaque jour avec des humeurs différentes, des tailles incertaines, et cette imperfection ravit l’ancienne étudiante en droit et en communication. « Quand j’ai fait un stage dans un cabinet d’avocats parisien et que l’on me demandait d’écrire des articles avec ChatGPT, ça me rendait folle. Je me disais : ce n’est pas l’être humain que je veux être, relate Apolline. Bosser sans ordinateur et le fait qu’on ne soit pas menacé par l’intelligence artificielle [IA], c’est une petite bulle de protection… »
La veille, elle a signé un CDI dans cette pâtisserie où elle a fini en juin son CAP en alternance. « Je gagne moins bien ma vie [1 689 euros, le smic net mensuel pour trente-neuf heures par semaine] que si j’avais passé le barreau, mais, quand je me lève, je suis contente d’aller au travail et, quand je rentre chez moi, je suis contente de ma journée… »
L’IA générative est entrée en scène fin 2022. A peine quatre ans plus tard, son adoption s’est généralisée dans le monde du travail. Les métiers de bouche résistent généralement à cette vague d’automatisation, tout comme les professions manuelles, suscitant un regain d’intérêt parmi la « gen Z ». Selon une étude LinkedIn-Censuswide publiée en décembre 2025, près de 63 % des 18-28 ans disent préférer une carrière « sur le terrain » plutôt qu’un emploi de bureau, contre 52 % toutes tranches d’âge confondues ; ils sont 65 % à estimer que les métiers techniques et manuels offrent davantage de sens, et plus de 67 % rejettent l’idée de « rester coincés [derrière un écran] à répondre à des e-mails ».
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Source: Le Monde · Elisabeth Pineau
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