Rencontre en tête-à-tête à Antananarivo avec un prince de la musique malgache. Jaojoby règne depuis près de 50 ans, avec d'autres rares élus, sur un patrimoine culturel de la grande île : le salegy.
Il faudrait une vie pour évoquer les 1 000 vies de Jaojoby. Eusèbe Jaojoby porte le même nom que le grand-père paternel. Il est né en 1955 à Amboangibe, Sambava, au nord-est du pays. « Au clair de lune, quand on se retrouvait entre nous, on chantait, on reprenait les chants traditionnels que faisaient nos aînés. Les jours de fête, on procédait comme les troubadours, on tournait au village, on jouait devant les portes des gens. On chantait a cappella », se souvient-il.
L'enfant aime chanter, la famille le sait, mais il est aussi doué pour les études. À 15 ans, débarquement à Diego-Suarez, la grande ville du coin, où Jaojoby va faire la rencontre de sa vie : « J'ai fait connaissance avec le microphone. Il y avait un concours de chant, on ne me connaissait pas et, comme ils sont très taquins, ils m'ont appelé ''le Cœur serré''. »
Avec ce surnom, « Le Cœur serré », chanson de variété culte pour son oncle, Jaojoby se fait rapidement un nom. Il chante avec Los Matadores, groupe résident du club Le Saïgonais : « Peu de temps après, je venais la chanter toutes les nuits, sauf le lundi, day off. J'aimais la variété, Otis Redding, James Brown par exemple. Je chantais aussi ''Come Softly to Me'' de Percy Sledge », poursuit-il.
À l'époque, Jaojoby revendique aussi ses racines, son identité. C'est ainsi que naît le style qui va le faire connaître, plus tard, dans le monde entier : « On commençait déjà à jouer du salegy, ces chants traditionnels à mesure rythmique 6/8, accompagnés par les instruments modernes de l'Occident. On dansait en même temps en tournant en rond dans la salle, un peu comme les zébus qui piétinent les rizières. »
S'il a fait une carrière artistique, Jaojoby est aussi devenu journaliste radio, formé notamment en 1982 à Berlin-Est, en RDA. Il a également été un temps conseiller à la présidence de la République. Jaojoby, l'artiste aux 1 000 vies, garde précieusement dans son cœur son amour pour son île et de l'espoir pour Madagascar : « On prend le sang de la terre et on brûle les forêts. L'eau manque. Mon rêve, c'est que les enfants de la terre, qu'ils unissent leurs forces pour éradiquer la destruction de la planète. Comme cela, on vivra mieux », espère-t-il.
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Source: RFI · Guillaume Thibault
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