Le livre «Qui est-elle ? Enquête sur la martyre de l’A10» est publié aux éditions du Rocher, le 21 octobre 2026. Photo fournie au Figaro

Le corps mutilé de la petite inconnue de l'A10, découvert en 1987 dans le Loir-et-Cher, a hanté plusieurs générations de gendarmes et de magistrats. Chacun a fait de cette enfant la leur. Ils étaient tenus par l'espoir tenace qu'un jour «la petite», qui n'a jamais été réclamée, aurait un nom. En 2023, Le Figaro consacrait une enquête en trois épisodes à cette célèbre énigme criminelle. Près de quatre décennies plus tard, l’épilogue judiciaire est attendu à partir du lundi 2 novembre, devant la cour d’assises de Blois.

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EXTRAITS EXCLUSIFS - Dans «Qui est-elle ? Enquête sur la martyre de l’A10», la journaliste du «Figaro» Esther Paolini se plonge dans les coulisses d’une enquête hors norme pour rendre son identité à une enfant martyrisée. Et lève ainsi le voile sur un effroyable secret de famille.

Par Esther Paolini

Publié le 21/10/2026 à 06h30, mis à jour le 30/10/2026 à 15h32

Un après-midi d’été 1987, le corps supplicié d’une petite fille est retrouvé au bord de l’autoroute A10. Personne ne vient la réclamer. Il faudra plus de trente ans pour retrouver son nom. À partir de ce lundi 2 novembre, ses parents sont comparaissent devant la cour d’assises de Blois. Du Loir-et-Cher à l’Aisne, de Puteaux à Casablanca, notre journaliste Esther Paolini retrace dans le livre Qui est-elle, enquête sur la martyre de l’A10 (Éditions du Rocher) l’enquête hors norme et le combat des gendarmes et d’anonymes pour que cette petite fille ne tombe pas dans l’oubli. Nous vous en proposons des extraits exclusifs.


Le syndrome de Silverman

Au point kilométrique 135 de l’autoroute A10, personne ne s’arrête. On y passe une fraction de seconde, sans prêter attention. L’ocre de la Beauce défile mais l’œil ne se fixe nulle part. Depuis l’aube de ce 11 août 1987, des milliers de véhicules le franchissent à vive allure dans le sens Paris-province, le coffre comble. Certains tractent une caravane ou une remorque d’où l’on devine le piquet d’un parasol, les arceaux d’une canadienne. Avant les premières lueurs du jour, des parents anxieux ont extirpé du lit des enfants encore assoupis, abandonnant à la hâte une maison, le quotidien. La boîte à gants a été ravitaillée en cassettes, pastilles La Vosgienne ou caramels Werther’s, et l’itinéraire soigneusement planifié sur la carte routière qui encombre le tableau de bord. Recto verso, un monde de possibilités. […]

De part et d’autre de la voie rapide, les champs de blé fraîchement moissonnés du Loir-et-Cher s’étendent à perte de vue. Seules se distinguent de ce paysage désertique les plantations de carottes de la ferme de Malvaux, sur le secteur de Mont-Bouillon. C’est là, entre le bitume et les champs, derrière la glissière de sécurité, qu’un «paquet» a été déposé. Il est alors 15 h 10. Deux employés de la société Cofiroute nettoyaient les bermes et, tandis qu’ils fauchaient les herbes hautes du talus, sont tombés sur «une couverture enroulée avec quelque chose qui semblait suspect». S’ils ont l’habitude de trouver des débris ou des animaux abandonnés sur le bas-côté, ils n’avaient jamais rien vu de tel. Une patrouille du peloton de gendarmerie autoroutier de Blois arrive sur place, suivie d’enquêteurs de la section de recherches (SR) d’Orléans. Sous un soleil rond et aveuglant, la grappe de képis bleu marine s’agite sur la bande d’arrêt d’urgence. À la vue des mouches qui tournoient autour, les jeunes recrues ont le teint brouillé, tout comme leurs supérieurs, pourtant habitués à côtoyer le sordide. Le premier substitut du procureur de la République de Blois, Pierre Bouyssic, lunettes à monture large et chemise aux manches retroussées, leur emboîte bientôt le pas. Un gendarme soulève délicatement la couverture pour confirmer le funeste pressentiment. Chacun tente alors de camoufler l’effroi qui le saisit. On aurait préféré se trouver n’importe où ailleurs qu’ici, coincés entre cette estafette qui n’offre pas un centimètre d’ombre et ce petit colis que l’on n’ose regarder.

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Source: Le Figaro · Esther Paolini

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