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Tribune
Collectif
La municipalité bisontine a fait le choix de retirer la devise anarchiste « Ni dieu ni maître » et la mention de l’artiste Banksy au nom d’une exposition artistique accueillie dans la ville en février, dans le but d’en gommer la dimension politique, dénonce, dans une tribune au « Monde », un collectif d’universitaires.
Publié aujourd’hui à 08h00 Temps de Lecture 2 min.
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L’exposition « Ni Dieu ni maître ! Arts et anarchie de Courbet à Banksy », actuellement au musée La Piscine, à Roubaix (Nord), arrivera à Besançon en février prochain, mais sous un autre titre. La municipalité bisontine a en effet décidé de le modifier au nom de la « neutralité » politique ; elle s’intitulera : « L’Art en liberté. De Courbet au street art ». La suppression de la formule d’Auguste Blanqui, du mot « anarchie » et du nom de « Banksy » invisibilise des figures, des idées et une histoire. Or cette histoire est aussi celle de Besançon, héritière du socialisme utopique du XIXᵉ siècle et des luttes sociales des XIXᵉ et XXᵉ siècles.
Nous dénonçons ce caviardage visant à soustraire une supposée « dimension politique » du titre d’une exposition à fondement scientifique. On ne peut imputer au titre d’un travail savant les connotations de son objet, sans quoi il deviendra impossible de nommer et de transmettre ce que nous cherchons à connaître. Banksy est un artiste aux positions politiques radicales, mais travailler sur son œuvre n’implique pas d’adhérer à ses positions et il doit rester possible d’en parler sans avoir à taire son nom. Un titre qui ne fait que nommer ou citer, sans rien affirmer ou attribuer, est par définition neutre. En revanche, soustraire à un titre certains noms ou certaines formules est une opération idéologique : le titre n’est pas plus neutre dans sa formulation, en revanche, son objet a subi une neutralisation.
Or, cet objet est le nôtre, Bisontins et Bisontines, car l’histoire de l’anarchisme, dans la diversité des courants et des pratiques qui la composent, est partie intégrante de notre ville. Et parce que nos travaux de recherche contribuent, comme cette exposition, à la mise au jour de cette histoire, notre liberté de parole nous oblige à rappeler l’importance culturelle pour la ville qu’il y a à ne pas l’occulter, et, à l’inverse, l’intérêt qu’il y aurait à la cultiver. L’enjeu est de fournir les clés historiques, théoriques et artistiques nécessaires à la compréhension de ce mouvement, afin que chacun puisse non seulement en juger, mais surtout saisir pourquoi et ce que signifie qu’un collège s’appelle Proudhon, qu’une rue s’appelle Courbet, qu’un étage de musée soit consacré aux « Lip », que des films et des fresques témoignent des vies de la Rhodiacéta [ancienne usine textile, qui fut un bastion du mouvement ouvrier bisontin]. Neutraliser cet héritage, refuser qu’il soit clairement indiqué dans le titre d’une exposition, c’est enlever aux Bisontins les moyens de réfléchir, quitte à la critiquer ou la refuser, à cette part de leur identité.
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Source: Le Monde · Collectif
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