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Publié le 01/11/2026 07:34

Temps de lecture : 7min

En lice pour un quatrième mandat à la tête de la FIFA, le patron du foot mondial Gianni Infantino connaîtra ses adversaires d'ici au 18 novembre. (RAPHAËL CANNESANT / CELLULE INVESTIGATION DE RADIO FRANCE)
En lice pour un quatrième mandat à la tête de la FIFA, le patron du foot mondial Gianni Infantino connaîtra ses adversaires d'ici au 18 novembre. (RAPHAËL CANNESANT / CELLULE INVESTIGATION DE RADIO FRANCE)

Critiqué cet été pour avoir voulu "vendre le foot ", le patron de la Fifa engrange à nouveau des soutiens pour sa réélection. Ses rivaux ont jusqu'au 18 novembre pour se déclarer. Nous avons enquêté sur les liens, notamment financiers, qu'il a noués avec la galaxie Trump.

Qui ne les a jamais vus côte à côte ? Gianni Infantino et Donald Trump, tout sourire, qui remettent ensemble le trophée de la Coupe du monde de football cet été. Ou lors d’une de leurs nombreuses rencontres à la Maison Blanche. Ou encore en Floride à Mar-a-Lago, au Conseil de la paix, et même à la deuxième cérémonie d'investiture de Donald Trump. Depuis 2018 et le choix des Etats-Unis pour coorganiser le Mondial 2026, les deux hommes ne semblent plus se quitter.

D'un côté, Donald Trump élève son "grand ami" Gianni au rang de quasi-chef d'Etat. De l'autre, le patron du foot mondial se plie en quatre pour le président du pays hôte. Quitte à lui faire allégeance : port de la casquette rouge célébrant ses deux mandats ou reprise à son compte du slogan "Make America Great Again" (MAGA). Plus spectaculaire encore, en décembre 2025, Gianni Infantino remet le "Prix de la Paix de la Fifa" à celui qui rêvait du Nobel. L'occasion de saluer les "actions exceptionnelles et extraordinaires [de Donald Trump] pour promouvoir la paix." 

Mais ce prix, créé et attribué sans aucune concertation, fait grincer des dents. "Comment se peut-il que le président décide seul ? s'emporte un membre du conseil de la Fifa, l'équivalent de son gouvernement. Il doit y avoir un jury, avec des critères clairs. Nous n'avons pas été associés à l'initiative et c'est inacceptable". 

D'autant que les statuts de la Fifa imposent la neutralité politique. "En donnant le Prix de la Paix et en tressant des lauriers à Donald Trump, Infantino a exprimé un soutien politique clair", estime Nick McGeehan. Le directeur de l'ONG FairSquare, défenseur d'un sport éthique, a déposé plainte devant une des instances internes à la Fifa. Une plainte qui porte aussi sur "l'affaire Balogun".

Folarin Balogun (numéro 20), attaquant de l'équipe américaine de football, écope d'un carton rouge contre la Bosnie-Herzégovine, le 1er juillet 2026 à Santa Clara en Californie (MICHAEL STEELE / GETTY IMAGES)
Folarin Balogun (numéro 20), attaquant de l'équipe américaine de football, écope d'un carton rouge contre la Bosnie-Herzégovine, le 1er juillet 2026 à Santa Clara en Californie (MICHAEL STEELE / GETTY IMAGES)

Le 1er juillet 2026, en pleine Coupe du monde, l'attaquant star de l'équipe américaine, Folarin Balogun, écope d'un carton rouge. Il est automatiquement suspendu pour le match suivant, le 8e de finale. Mais coup de théâtre, la veille de la rencontre, la Fifa annonce que sa suspension est... "suspendue" par la commission de discipline et que le joueur pourra finalement être aligné. Le lendemain, deuxième coup de théâtre, Donald Trump reconnait avoir passé un coup de téléphone en ce sens à Gianni Infantino. "Je comprends très bien le sport et il n'y avait pas faute, explique à la presse le président américain. Et puis, cet arbitre... Il est un peu suspect." 

Une ingérence manifeste. Mais Gianni Infantino a-t-il donné suite à ce coup de téléphone ? Est-il directement intervenu auprès de la commission de discipline ? Face à l'émoi, lui a assuré que les organes judiciaires de son organisation "opér[aient] de façon autonome". Mais selon nos informations, au moins un directeur de la Fifa a été sollicité pour faire passer la consigne à la commission de discipline. Et d'après une source proche des services juridiques, ceux-ci ont été mobilisés pour "trouver les règles qui pourraient donner une couverture à ce que Gianni Infantino voulait". 

Au-delà de l’ingérence de l’un et de la déférence de l’autre, apparaissent également des liens financiers entre la Fifa d’Infantino et l’entourage de Trump. D’abord ouvertement, puisqu’en juin 2025, la Fédération internationale de football ouvre des bureaux à New York, au 17e étage de la… Trump Tower. Le bâtiment appartient à la famille du président américain, il est géré par son fils Eric. Or pour son personnel, la Fifa dispose déjà de locaux à Miami. Les 450m² new-yorkais sont donc le plus souvent inoccupés. 

Gianni Infantino aux côtés de Donald Trump lors d'une réception organisée par la FIFA à la Trump Tower, le 17 juillet 2026, à New York (ANDREW HARNIK / GETTY IMAGES)
Gianni Infantino aux côtés de Donald Trump lors d'une réception organisée par la FIFA à la Trump Tower, le 17 juillet 2026, à New York (ANDREW HARNIK / GETTY IMAGES)

Le contrat de location, que la cellule investigation de Radio France a pu – comme Le Monde – consulter, prévoit pourtant un bail long : 7 ans et 7 mois, bien au-delà de la Coupe du monde 2026. Le tout pour 3,7 millions de dollars. En interne, ce contrat a suscité des questions sur l'absence de mise en concurrence et le potentiel conflit d'intérêt vis-à-vis du président du pays hôte. De son côté, la Fifa assure "respecter l'ensemble des lois locales" et "payer un loyer au prix du marché. "New-York est une ville mondiale [...], il est donc logique que la Fifa y soit présente", justifie un porte-parole de l'organisation auprès de la cellule investigation de Radio France.

Un autre lien financier, entre la galaxie Trump et la Fédération internationale de football, a lui été tissé dans le plus grand secret. Le projet tenait en 3 lettres : FFE pour Fifa Forward Enterprise. Il s'agissait de créer une société chargée de la gestion commerciale des principales compétitions de la Fifa. Et d'ouvrir 20% de son capital à des fonds privés. Cela devait rapporter gros à chacune des 211 fédérations membres : 20 millions de dollars rien que pour 2026. Mais aussi au chef de file des investisseurs, Thrive Eternal, société fondée par Joshua Kushner, frère du gendre de Donald Trump. Sauf que le projet a volé en éclat en plein cœur de l'été, malgré les efforts de Gianni Infantino pour le verrouiller.

La Fifa le conteste et parle "d'allégations", mais selon nos informations, le président de la Fédération internationale de football a cherché à mettre la pression sur ses cadres. Trois jours avant la finale de la Coupe du monde, le 16 juillet, il convoque une dizaine de ses directeurs à l'hôtel Waldorf Astoria de New-York. La grande majorité ignore encore tout du projet FFE. Un des participants nous a livré son récit de cette réunion : "La moitié d'entre nous s'est dit : 'Gianni veut nous féliciter pour le succès de la Coupe du monde'. Certains s'attendaient même à l'annonce d'un bonus. Mais dès qu'il est arrivé, l'ambiance est devenue glaciale. Il a dit : 'Ça fait 10 ans qu'il y a des fuites sur moi, je n'en tolèrerai plus aucune. Vous connaissez mes liens avec les autorités américaines', il venait d'assister à un match avec le directeur du FBI. Il a même ajouté qu'une plainte visant ces fuites pourrait déjà avoir été déposée".

Deux jours plus tard, une fois ce message passé, cinq directeurs de la Fifa reçoivent la lettre d'intention du projet FFE. Ils sont sommés de se prononcer en quelques heures. Trois l'approuvent, un s'abstient, un autre vote contre. Dix jours après, malgré la réunion du 16 juillet, le projet fuite dans la presse. Et c'est le tollé. Gianni Infantino est accusé de vouloir "vendre le football", trois confédérations demandent son départ, deux proches collaborateurs se désolidarisent. Acculé, le patron de la Fifa abandonne son projet.

Il n'occupera donc pas la place qui lui était réservée dans la nouvelle société commerciale : président du conseil d'administration. C'est ce qui apparaît dans une note interne de la Fifa consultée par la cellule investigation de Radio France. Une fonction qui ne s'exerce "jamais gratuitement", décrypte un bon connaisseur du dossier. Selon lui, Gianni Infantino est "obsédé" par les rémunérations de ses "collègues américains". Le patron de la NFL (la Ligue de football américain) gagne plus de 60 millions de dollars par an. Douze fois plus que le salaire du patron de la Fifa.

Si la FFE et ses dollars ne sont plus qu'un souvenir, ses conséquences judiciaires planent encore au-dessus de Gianni Infantino. Lise Klaveness, la présidente de la Fédération norvégienne de football a déposé deux plaintes devant les instances de la Fifa. "Si tu veux vendre quelque chose qui est au cœur de ton business sans en parler à tes propriétaires, argue-t-elle, dans n'importe quelle entreprise tu dois partir dans les trois jours." De son côté l'UEFA, l'Union des associations européennes de football, prépare une procédure pour "gestion déloyale" en Suisse. 

Malgré l'échec de cet été, Gianni Infantino reste déterminé à conserver son poste. En trois mois, il a regagné de nombreux soutiens pour le scrutin de mars prochain. Dont celui de l'importante confédération asiatique. Ses adversaires misent aussi sur une autre élection pour lui barrer la route, les mid-terms américaines. Une bascule démocrate pourrait faire aboutir une audition de Gianni Infantino devant une commission parlementaire. Sans que son "ami" Donald Trump puisse s'y opposer.

Lire les réponses de la Fifa aux questions de la cellule investigation de Radio France. 


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Source: Franceinfo · Jérôme Jadot, Cellule investigation de Radio France

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