Les élections interviennent sur fond de critiques internationales croissantes contre la conduite de la guerre à Gaza, ainsi que les violences et l’expansion des colonies en Cisjordanie occupée

Les Israéliens affluent aux urnes,mardi 27 octobre, à un rythme inégalé depuis plus d'un demi-siècle pour participer aux premières élections législatives depuis le 7 Octobre, un scrutin décisif pour Benyamin Netanyahou et l'avenir de leur pays fracturé.

À 12 heures GMT, soit à mi-parcours de ce scrutin qui s'achève à 20 heures GMT, le taux de participation s'élevait à 44,9%, le plus élevé depuis le début des relevés en 1973 par la Commission électorale.

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«C’est maintenant ou jamais»

Après avoir voté, Benyamin Netanyahou a accusé ses opposants arabes israéliens de tenter de «voler l'élection» après l'arrestation de trois hommes en possession d'enveloppes remplies d'argent liquide. Un «cas isolé», selon les autorités électorales.

De son côté, la formation du principal rival de Benyamin Netanyahou a accusé le premier ministre de «préparer le terrain» à une contestation des résultats en cas de défaite. «Netanyahou panique et prépare le terrain pour contester les résultats», a déclaré Yashar, le parti centriste de Gadi Eisenkot. «Nous devons devancer le Likoud (le parti de M. Netanyahou, NDLR) avec une marge considérable ; ce n’est qu’ainsi qu’il n’y aura aucune place pour semer le doute», a-t-il ajouté.

«Le pays va dans une mauvaise, une très mauvaise direction»

Des journalistes de l’AFP ont vu de longues files d’attente devant les bureaux de vote à travers le pays, signe du caractère déterminant que revêt ce scrutin aux yeux de nombreux Israéliens. Des dizaines de milliers d'expatriés sont notamment rentrés voter au pays, comme Eilana Zisblit, 55 ans, qui vit au Canada depuis près de 30 ans. C'est la première fois qu'elle revient pour participer à une élection. «Le pays va dans une mauvaise, une très mauvaise direction», dit-elle devant un bureau de vote dans le quartier de Jérusalem où elle a grandi. «J'ai le sentiment que c'est maintenant ou jamais» qu'il faut voter, «sinon le pays risque vraiment de ne pas survivre».

Ce sentiment est partagé par de nombreux Israéliens interrogés ces dernières semaines, illustrant les divisions qui traversent le pays d'environ dix millions d'habitants. Les élections interviennent sur fond de critiques internationales croissantes contre la conduite de la guerre à Gaza, ainsi que les violences et l'expansion des colonies en Cisjordanie occupée, sous le gouvernement le plus à droite de l'histoire d'Israël. Les résultats seront scrutés dans le monde entier, alors que Benyamin Netanyahou multiplie de nouveau les menaces contre l'Iran au risque d'aggraver un conflit dont les répercussions se font sentir bien au-delà du Moyen-Orient.

«Pire gouvernement»

Selon les derniers sondages, la coalition de droite et d'extrême droite de Benyamin Netanyahou et le bloc principal de l'opposition emmené par un ancien chef de l'armée, le centriste Gadi Eisenkot, sont au coude-à-coude. Mais aucun des deux camps ne semble en mesure de décrocher la majorité des 61 sièges à la Knesset, ce qui augure de longues tractations à l'issue du scrutin. Les principales chaînes de télévision publieront des projections immédiatement après la fermeture des bureaux de vote, en attendant les résultats officiels dans les jours suivants.

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Après avoir voté à Herzliya, au nord de Tel-Aviv, Gadi Eisenkot a appelé les Israéliens à voter pour chasser «le pire gouvernement» de leur histoire, tout en dénonçant les «tactiques d'intimidation» de Benyamin Netanyahou. Ce dernier, manifestement inquiet du taux de participation jugé insuffisant dans ses bastions traditionnels, cherche depuis l'ouverture des bureaux de vote à motiver ses partisans. «Pas de barbecue, n'allez pas à la plage: allez voter pour le Likoud (son parti, NDLR)», a-t-il lancé.

Face à l'impasse prédite par les sondages, l'une des clés de ce scrutin sera aussi la minorité arabe israélienne, qui constitue 20% de la population et se dit discriminée comme jamais. «Je veux du changement», dit Asia Egbaria, étudiante en droit de 23 ans après avoir voté à Oum al-Fahm, ville majoritairement arabe du nord. «Je ne veux plus être traitée comme une citoyenne de deuxième ou de troisième classe. Je veux juste vivre en paix et sereinement».

Poids du 7 Octobre

Benyamin Netanyahou, 77 ans dont 19 à la tête du gouvernement, soit plus qu'aucun de ses prédécesseurs, a cherché à convaincre qu'il était le mieux placé pour assurer la sécurité d'Israël malgré l'échec du 7 Octobre, en mettant en avant les coups portés au Hamas à Gaza et au Hezbollah au Liban. Il a aussi promis, en cas de victoire, de «finir le travail» en Iran, tandis que ses ministres d'extrême droite Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich ont présenté des plans pour expulser les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie occupée.

Pour les opposants de la coalition sortante, ce scrutin est décisif pour sauver la démocratie israélienne, alors que Benyamin Netanyahou, en procès pour des accusations de corruption, n'a eu de cesse de s'en prendre au pouvoir judiciaire. Ancien chef d'état-major, Gadi Eisenkot a fait une campagne plus discrète que l'actuel Premier ministre, misant sur une image de sobriété et de sérieux, et promettant de «rassembler à nouveau tous les Israéliens».

Il a notamment promis de créer une commission d'enquête pour établir les responsabilités dans les défaillances ayant conduit au 7 Octobre. Signe du climat de plus en plus polarisé en Israël, la police a annoncé mardi l'arrestation d'un homme armé d'un couteau qui s'approchait de l'opposant de gauche Yaïr Golan à Tel-Aviv.

Source: Le Figaro · Le Figaro avec AFP

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