"J'ai pris la décision de présenter ma démission de la présidence de la République", a annoncé Santiago Peña, au pouvoir depuis 2023, dans une vidéo sur le réseau social X. "Je le fais en pensant à la stabilité de notre pays, à la paix sociale et à la nécessité de préserver nos institutions démocratiques."

L'annonce intervient 48 heures après l'éclatement d'une crise bancaire, qui a vu la Banque centrale du Paraguay (BCP) mettre sous tutelle Ueno Bank, entité financière revendiquant 2,94 millions de clients, dont les dépôts ont été gelés temporairement.

M. Peña avait jusqu'à l'an dernier des actions dans une holding détenant cette banque, à la croissance rapide ces dernières années.

Au moment de son annonce, les députés débattaient, en session extraordinaire, d'une procédure de destitution, s'exprimant pour la quasi-totalité en faveur, y compris le groupe du Parti Colorado (conservateur) du président, majoritaire à la chambre.

La demande de destitution, déposée mercredi par l'opposition, accusait le président Peña de "mauvais exercice de ses fonctions" et de "conflit d'intérêts".

Des policiers antiémeutes montent la garde devant le Congrès national, réuni en session extraordinaire pour statuer sur une éventuelle procédure de destitution du président Santiago Peña, le 5 novembre 2026 à Asuncion, au Paraguay
Des policiers antiémeutes montent la garde devant le Congrès national, réuni en session extraordinaire pour statuer sur une éventuelle procédure de destitution du président Santiago Peña, le 5 novembre 2026 à Asuncion, au Paraguay © DANIEL DUARTE / AFP

Parmi les députés du Parti Colorado de Santiago Peña apportant jeudi leur soutien à une procédure de destitution, Alejandro Aguilar a estimé qu'un remboursement, en cours, des épargnants lésés "n'efface pas les faits, le tort causé au peuple paraguayen et au système financier".

"Je sais qu'il (Peña) a perdu la légitimité pour gouverner. Je sais que le président, malheureusement, ne sera plus capable de construire des consensus pour poursuivre son gouvernement. Et oui, je sais qu'il est politiquement responsable de ce qui s'est passé", a-t-il déclaré.

Dans l'opposition, le député Enrique Buzarquis a dénoncé "la pire arnaque de l'histoire du Paraguay" et estimé que Santiago Peña "ne peut pas rester une minute de plus président".

"Tranquillité des Paraguayens"

Dans la foulée de la mise sous tutelle d'Ueno, le président de la BCP, Carlos Carvallo, qui a par le passé dirigé cette même entité avant de prendre la tête de la Banque centrale en 2023, avait annoncé sa démission, réclamée par le président Peña.

Des policiers montent la garde devant une agence de la banque Ueno, à Asuncion, le 3 novembre 2026 au Paraguay
Des policiers montent la garde devant une agence de la banque Ueno, à Asuncion, le 3 novembre 2026 au Paraguay © DANIEL DUARTE / AFP

Huit cadres d'Ueno ont été placés en détention provisoire, et des poursuites ont été engagées contre une vingtaine d'autres personnes depuis mardi.

Dès mercredi, le Parlement a adopté une loi expresse, promulguée dans la foulée, qui prévoit de premiers versements, "dès les prochaines 24 heures", à des épargnants lésés.

Ces avances pourront atteindre jusqu'à l'équivalent de "40 salaires mensuels minimum", selon la loi publiée par le chef de l'Etat sur X, soit 121 millions de guaranis (près de 20.000 dollars).

La BCP a pour sa part assuré à plusieurs reprises depuis mardi que "le système financier national maintient des niveaux adéquats de solvabilité et de liquidité".

Cela n'a pas empêché des manifestations à Asuncion, mardi devant des agences d'Ueno, mercredi aux abords du Parlement, rassemblant des centaines de personnes, dont des épargnants en colère, aux cris de "Santi fuera !" (Santi dehors), "Santi tiene miedo !" (Santi a peur), a constaté l'AFP.

La mobilisation de mercredi a donné lieu à des heurts entre des manifestants et la police, qui a fait usage de canons à eau et des gaz lacrymogènes.

Des personnes font la queue devant une agence de la Banco Familiar, dans l'espoir de retirer leurs économies ou leurs fonds, au lendemain de l'intervention de la banque Ueno par la Banque centrale du Paraguay, à Asuncion, le 4 novembre 2026
Des personnes font la queue devant une agence de la Banco Familiar, dans l'espoir de retirer leurs économies ou leurs fonds, au lendemain de l'intervention de la banque Ueno par la Banque centrale du Paraguay, à Asuncion, le 4 novembre 2026 © DANIEL DUARTE / AFP

"Aujourd'hui, je n'ai qu'une priorité : la tranquillité des Paraguayens qui ont confié leurs économies à notre système financier", a déclaré M. Peña dans son message de démission.

"Je veux demander pardon au peuple si, à un moment donné, j'ai failli. Je n'ai jamais eu l'intention de trahir la confiance que vous aviez placée en moi", a-t-il affirmé.

Santiago Peña avait été élu confortablement en 2023. Cet économiste, passé notamment par la BCP et le Fonds monétaire international, incarnait la jeune génération du Parti Colorado, hégémonique depuis sept décennies sur la politique paraguayenne.

Source: France 24

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