C'est l'un des effets attendus de la vague bleue qui a déferlé mercredi 4 novembre lors des midterms aux États-Unis : les démocrates, désormais en position de force au Congrès, entendent lancer dès janvier une série d'enquêtes parlementaires sur le clan et les soutiens du président Donald Trump qu'ils accusent de corruption, d'abus de pouvoir et de conflits d'intérêts.

Majoritaires à la Chambre des représentants et au Sénat, les démocrates vont disposer en janvier du contrôle des commissions, de budgets et d’effectifs plus importants, ainsi que de pouvoirs d’assignation à comparaître qui pourraient contraindre l’administration Trump à se montrer réceptive aux demandes du Congrès.

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Sur le volet des activités commerciales de la famille Trump et plus généralement sur les allégations de corruption, le député californien Robert Garcia devrait être en première ligne en prenant la tête de la puissante commission de surveillance de la Chambre des représentants.

Robert Garcia a notamment publié un décompte en temps réel des profits réalisés par Donald Trump et sa famille. Depuis le début de son second mandat, le clan Trump a démultiplié sa fortune. Donald Trump lui-même a presque triplé sa richesse personnelle grâce aux cryptomonnaies, selon des documents officiels dévoilés début juillet.

"Il y a tellement de corruption et d’escroqueries qu’il faudra que l’ensemble des députés démocrates de la Chambre des représentants se mobilisent pour mener des enquêtes en bonne et due forme", estimait Robert Garcia auprès du Washington Post.

Le député Robert Garcia, chef de file démocrate au sein de la commission de contrôle de la Chambre des députés, montre une photo de Lorenzo Salgado Araujo, abattu en 2025 par un agent de l'agence ICE.
Le député Robert Garcia, chef de file démocrate au sein de la commission de contrôle de la Chambre des députés, montre une photo de Lorenzo Salgado Araujo, abattu en 2025 sur le chemin du travail à Houston par un agent de l'agence ICE. © J. Scott Applewhite, AP

Intérêts privés et dépenses superflues

Les démocrates ont déjà demandé des comptes sur les activités commerciales de Jared Kushner, le gendre de Trump, pointant du doigt son double rôle de conseiller informel en matière de politique étrangère et de dirigeant d’une société de capital-investissement qui fait affaire avec des gouvernements étrangers. Ils réclament également des enquêtes sur les investissements massifs de la famille Trump dans le secteur des cryptomonnaies et cherchent à déterminer si ces investissements ont permis à des intérêts étrangers d’influencer le président.

De son côté, le sénateur Ron Wyden, qui espère prendre la tête de la commission des finances, compte également donner la priorité aux questions de corruption et d’accessibilité financière, ou interroger comment des intérêts privés ont supplanté l'intérêt général en raison de la multiplication des mesures de dérégulation financière et bancaire aux États-Unis.

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"Le capital-investissement est au cœur des préoccupations de nombreux sénateurs, notamment la manière dont les structures financières de ce secteur peuvent influer sur les coûts des soins de santé, du logement et d’autres besoins essentiels de ce type", indique Daniel Goshorn, conseiller principal chargé des enquêtes pour les démocrates au sein de la commission des finances, qui évoque notamment la fiscalité avantageuse des centres de données liés à l'essor de l’intelligence artificielle.

Alors que l'inflation et les prix à la pompe pèsent durement sur le portefeuille des Américains, les démocrates devraient s'intéresser aux dépenses jugées superflues de l'administration Trump, en particulier les "vanity projects" ("projets d'ego") censés transformer le paysage de la capitale américaine. Exemples avec le "Reflecting Pool" du Lincoln Memorial, la gigantesque salle de bal de la Maison Blanche ou encore le projet d’Arc de Triomphe de 76 mètres, estimé à plusieurs centaines de millions de dollars.

Un groupe de travail sur le dossier Epstein

Les démocrates prévoient également d'enquêter sur les nombreuses grâces présidentielles accordées sous le second mandat de Donald Trump. Dans leur viseur, des versements d'argent effectués par des particuliers ou de riches familles en échange d'une mesure de clémence.

Le New York Times a rapporté qu’Alina Habba Mildon, l’une des anciennes avocates de Donald Trump, avait perçu 50 millions de dollars pour aider à obtenir une grâce en faveur d’un membre d’une riche famille vénézuélienne, entre autres missions. Les démocrates souhaitent également enquêter sur la grâce accordée au fondateur et ancien PDG de Binance, Changpeng Zhao, qui a plaidé coupable d’infraction à la législation sur le blanchiment d’argent.

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Vers la fin de son premier mandat, Donald Trump avait commué la peine de 40 mois de prison de son collaborateur de longue date Roger Stone, qui avait été reconnu coupable par un jury de crimes graves, notamment pour avoir menti au Congrès et suborné des témoins dans le cadre de l’enquête sur les liens entre la Russie et la campagne électorale de Donald Trump en 2016. Cette décision avait suscité de vives condamnations au Congrès de la part de membres des deux partis, notamment du sénateur républicain Mitt Romney, qui l’avait qualifiée de "corruption historique et sans précédent".

Autre priorité des législateurs démocrates : les liens troubles entre le milliardaire républicain et le financier déchu Jeffrey Epstein. Objectif : déterminer si le ministère de la Justice a enfreint la loi sur la transparence des dossiers Epstein (Epstein Files Transparency Act) en dissimulant ou en caviardant indûment des documents.

Le chef de la minorité au Sénat, Chuck Schumer, qui devrait reprendre le poste de chef de la majorité démocrate en début d'année, a déjà préparé le terrain en créant en février un groupe de travail spécial au Sénat chargé d’examiner en profondeur les informations liées au financier mort en prison que le ministère de la Justice a dissimulées au public.

Le piège de l'impeachment

Même s'ils ne se ferment aucune porte, les démocrates pourraient en revanche s'abstenir de lancer une nouvelle procédure de destitution contre Donald Trump, déjà acquitté deux fois par le Sénat. "Je suis devenu très doué pour les battre en matière de destitution", a récemment ironisé le président américain lors d’un rassemblement dans l’Oklahoma.

Les démocrates savent désormais qu'une procédure de destitution est longue et truffée d'embûches. Elle n'a par ailleurs presque aucune chance d'aboutir car elle nécessite une majorité des deux tiers au Sénat. Par ailleurs, elle accapare les affaires du Congrès tout en permettant au président de se présenter comme la victime d’une campagne partisane.

Pour éviter cet écueil, une autre stratégie consistant à cibler les plus proches alliés du locataire de la Maison Blanche émerge, à commencer par le controversé ministre de la Défense Pete Hegseth. Une croisade dans laquelle les démocrates n'auront aucun mal à embarquer une bonne partie des républicains, excédés par la guerre en Iran et le manque de transparence du Pentagone.

"Je suis ici pour vous dire que l’une des premières mesures que nous prendrons une fois majoritaires sera de chasser Pete Hegseth de la ville", a déclaré le chef de file de l’opposition, Hakeem Jeffries – qui pourrait prendre le poste de président de la Chambre des représentants –, lors d’un rassemblement en octobre.

Le chef des démocrates à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, lors d'une soirée électorale à Washington, le 3 novembre 2026.
Le chef des démocrates à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, lors d'une soirée électorale à Washington, le 3 novembre 2026. © Jonathan Ernst, Reuters

Pete Hegseth pourrait bientôt faire face à une avalanche d'enquêtes parlementaires allant du ciblage de civils en Iran à la compromission d'informations classifiées, en passant par ses frappes illégales menées sur de supposés navires de narcotrafiquants en Amérique du Sud ou encore des soupçons de discrimination dans les promotions militaires.

Selon Politico, les démocrates envisagent également des enquêtes sur Elon Musk. Parmi les sujets évoqués : le bridage du réseau satellitaire Starshield en Ukraine, les coupes effectuées dans l’administration fédérale par sa Commission pour l’efficacité gouvernementale (Doge) et de possibles conflits d’intérêts liés aux contrats publics attribués aux entreprises SpaceX et Tesla.

Obstruction à la Maison Blanche

Face à cette inévitable offensive démocrate, les juristes de la Maison Blanche ont déjà briefé les dirigeants des agences fédérales sur la manière de répondre aux demandes de documents et aux citations à comparaître, ont confié à l'agence Reuters des responsables de l’administration Trump.

La Maison Blanche devrait également mettre en œuvre la stratégie utilisée lors du premier mandat de Trump consistant à traîner les pieds face aux demandes du Congrès. Bien que les enquêtes parlementaires puissent contraindre des individus à témoigner et à remettre des preuves, le ministère de la Justice restera sous le contrôle de Donald Trump, rendant d'éventuelles poursuites pénales peu probables.

Par ailleurs, le président américain a assuré dans un podcast du New York Post publié lundi qu'il accorderait son pardon à tous ses alliés, rappelant qu'il avait gracié dès son premier jour au pouvoir 1 500 de ses partisans condamnés ou en attente de jugement pour leur participation à l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021. Dans cet entretien, le président a également laissé entendre qu’il pourrait intervenir pour "protéger" Elon Musk, qui a versé près d’un demi-milliard de dollars aux candidats républicains en amont des élections de mi-mandat.

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Anticipant la résistance de la Maison Blanche, les législateurs démocrates prévoient donc de contourner l'obstacle en se concentrant sur des entités privées liées au président américain. La tâche s'annonce titanesque pour les démocrates, qui devront trouver l'équilibre entre leur volonté de demander des comptes et celle de répondre aux préoccupations urgentes des électeurs américains.

"Plus de 90 % des électeurs estiment que le gouvernement est corrompu", note le sénateur Sheldon Whitehouse, en référence à un sondage paru début septembre. "Nous devrons faire preuve de réflexion et de stratégie quant à l’orientation des enquêtes, sans pour autant laisser cela nous détourner des problèmes de pouvoir d'achat immédiats auxquels sont confrontées les familles américaines."

Cet article a été adapté de l'anglais et mis à jour par Grégoire Sauvage. L'original est à retrouver ici.

Source: France 24 · Benjamin DODMAN

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